Cathay Pacific dans la tourmente hong-kongaise

Cathay Pacific, la compagnie de Hong Kong, est dans une délicate posture, devenant l’une des premières victimes de la crise sociale et politique dans l’ancien territoire britannique, alors qu’elle est sommée par Pékin de prendre position contre les manifestants.

Cathay Pacific, victime collatérale de la situation à Hong Kong

‘To be or not to be’ avec les manifestants. Cathay Pacific est depuis une semaine dans une tourmente à la fois économique et psychologique. Economique d’abord : le sit-in à l’aéroport de Hong Kong de vendredi à dimanche avait déjà causé des dégâts pour l’image de Hong Kong, même si Cathay avait alors assuré l’ensemble de ses vols. Mais, lundi, l’invasion de l’aéroport par les manifestants opposés au gouvernement de Carrie Lam – la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, sélectionnée par les dirigeants de Pékin – s’est traduite par la fermeture complète de la plate-forme. Mardi, après avoir annoncé un retour à la normale, les autorités aéroportuaires ont été prises de cours dans l’après-midi par le retour des manifestants. Plusieurs centaines de vols ont de nouveau été annulés… Cathay Pacific ainsi a dû suspendre quelque 200 vols lundi et mardi, avec les répercussions économiques que l’on imagine.

Mais ce n’est pas le seul problème auquel la compagnie est confrontée. Lors des manifestations, un pilote et des employés de Cathay Pacific avaient montré leur soutien au mouvement. Les réseaux sociaux chinois se sont emballés et Pékin est alors intervenu. Alors que, la semaine dernière, la direction du transporteur hong-kongais déclarait ne pas pouvoir empêcher ses 27 000 employés de prendre position pour ou contre le mouvement et respectait leur liberté d’opinion, voilà qu’elle a dû faire volte-face devant la rage du gouvernement chinois. La compagnie a mis à pied le pilote et deux de ses employés et s’est vu contrainte de fournir désormais à l’aviation civile chinoise la liste des personnels volant de, vers et via la Chine pour chacune de ses fréquences. Pékin justifie la communication de ces données pour des raisons de sécurité.

Il semblerait que lundi, un problème soit survenu sur un vol New York-Hong Kong, l’aviation civile chinoise refusant à l’avion de pénétrer dans l’espace aérien chinois. A priori, un tel événement serait plus improbable pour des vols vers ou depuis l’Europe, les avions de Cathay pouvant passer un peu plus au sud, via l’espace aérien philippin ou vietnamien.

Cathay Pacific a dû plaider sa cause à Pékin et a finalement strictement interdit, sous peine de renvoi, à tout son personnel de soutenir la fronde contre Pékin. Elle suit en cela sa maison-mère, le groupe Swire, qui a annoncé son soutien inconditionnel au gouvernement de Hong Kong.

De Charybde en Scylla…

La compagnie n’a guère le choix : plus de 50 % de ses recettes sont générées en Chine continentale et à Hong Kong, tandis que 20 % de tous ses vols sont effectués vers des villes chinoises. De plus, l’actionnariat de Cathay est en partie entre les mains de l’Industrial and Commercial Bank of China, un institut d’Etat, qui a déjà recommandé aux actionnaires de vendre leurs actions, faisant plonger la cotation de Cathay en bourse. La compagnie doit aussi faire face à des appels au boycott sur les réseaux sociaux et les journaux officiels chinois.

Avec Cathay Pacific, la Chine indique clairement aux milieux d’affaires de Hong Kong de quel côté ils doivent se trouver. La capitulation de Cathay va certes protéger la compagnie des ires de Pékin. Mais elle risque aussi d’attiser la rancœur de nombreux habitants de Hong Kong et de certains voyageurs, locaux ou étrangers, mal à l’aise devant le revirement de la compagnie.

Un premier signal d’alarme vient d’être donné par ForwardKeys, un cabinet de consultants qui traque l’état des réservations aériennes dans le monde. Alors que, dans une précédente analyse, ForwardKeys, parlait d’une stabilité des réservations des marchés long-courriers, le cabinet désormais indique que les réservations sont en baisse de 4,7 % sur la période entre le 16 juin et le 9 août. Et cette baisse ne prend pas en compte les derniers événements sur l’aéroport…

Le 16 août, la compagnie a par ailleurs annoncé les départs du chef de la clientèle et des affaires commerciales, Paul Loo, et surtout du directeur général Rupert Hogg, remplacés respectivement par Ronald Lam et Augustus Tang, l’un des dirigeants du groupe Swire.

Des événements récents ont remis en question l’engagement de Cathay Pacific à l’égard de la sécurité et de la sûreté aériennes et ont mis sous pression notre réputation et notre marque

A l’heure de quitter ses fonctions, Rupert Hogg a évoqué des « semaines (…) difficiles pour la compagnie aérienne« , ajoutant : « il est juste que Paul et moi prenions nos responsabilités en tant que dirigeants de la compagnie. »

John Slosar, président du conseil d’administration de Cathay Pacific, a déclaré pour sa part : « Des événements récents ont remis en question l’engagement de Cathay Pacific à l’égard de la sécurité et de la sûreté aériennes et ont mis sous pression notre réputation et notre marque. C’est regrettable, car nous avons toujours fait de la sûreté et de la sécurité notre priorité absolue. Nous pensons donc qu’il est temps de mettre en place une nouvelle équipe de direction qui puisse rétablir la confiance et mener la compagnie vers de nouveaux sommets. Cathay Pacific s’est pleinement engagée à Hong Kong en vertu du principe « Un pays, deux systèmes » tel qu’il est consacré dans la Loi fondamentale. Nous sommes confiants dans le fait que Hong Kong aura un grand avenir.«