
Flou politique pendant de longs mois, inflation, effet repoussoir des JO à une période clé pour les événements d’entreprise, en juin et en septembre : tous ces éléments ont, selon Perrine Edelman, directrice associée de Coach Omnium, contribué à un recul global de tous les types de manifestations l’an dernier. Poursuivant la tendance, la prudence semble de rigueur pour 2025, entre conjoncture économique tendue et incertitude géopolitique. Les budgets MICE devraient ainsi restés stables pour la plupart des 315 entreprises interrogées dans le cadre de l’étude sur l’évolution du tourisme d’affaires en France, réalisée par le cabinet de conseil pour la 32e fois, depuis trois ans en partenariat avec 1001Salles.
Cette orientation à la baisse se prolonge puisque selon la moitié des commanditaires, l’activité MICE a été en recul ces trois dernières années, les deux tiers s’accordant même pour dire que leurs budgets ont pris du plomb dans l’aile. Pour autant, et c’est paradoxal, les budgets alloués, non pas globalement mais pour un événement en particulier, sont en progression.
Les fourchettes moyennes de dépenses tendent en effet à croître, avec un budget de 241 à 300€ par participant aux séminaires résidentiels, contre 201€ à 240€ l’an dernier. De la même manière, la tranche pour les journées d’études allant de 100 à 160€ est aussi en nette augmentation par rapport à 2023. « Cela peut s’expliquer par le fait que les entreprises organisent moins d’événements à l’extérieur de leurs locaux, sur des durées plus courtes et des localités plus proches, explique Perrine Edelman. On se réunit moins souvent, mais on privilégie la qualité. »
L’évolution de l’immobilier de bureaux poussée par le télétravail se matérialise par une plus large place donnée à des espaces de réunions dernier cri dans leurs locaux, d’où une croissance des réunions en interne, passées de 39% en 2023 à 46% l’an dernier. 38 % des organisateurs interrogés déclarent ainsi utiliser leurs salles pour la plupart de leurs réunions et 41 % pour moins de la moitié. Mais lorsque les entreprises sortent de chez elles, c’est pour aller à l’hôtel, dans 70% des cas, avec une tendance à la fidélité aux établissements habituels. Un retour en grâce alors que la part des hôtels n’était que de 40% en 2019, sans pour autant revenir au niveau ultra majoritaire du début du millénaire (91% en 2005).

Journées d’étude ou en mode résidentiel, les séminaires restent toujours le premier type de manifestations organisées par les entreprises. Et dans ce cadre, les hôtels quatre étoiles sont les plus demandés en 2024 selon Coach Omnium, par presque 9 commanditaires sur 10, contre deux tiers des entreprises en 2022. Derrière ces établissements, les lieux atypiques (55%) et les châteaux et demeures de caractère (54%) sont les autres solutions privilégiées. Rencontres dans un cadre original – anciens sites industriels, rooftop, stade ou golf -, séminaires au grand vert : ces lieux collent à une demande croissante pour l’événementiel – intéressant 56 % des entreprises, contre 39 % en 2017 – et pour les incentives, passés de 17% en en 2017 à 45 % en 2024.
Si la motivation des collaborateurs ou du réseau est le motif numéro un des événements MICE depuis au moins deux décennies, la cohésion des équipes prend une importance nouvelle à l’ère post-covid et des liens distendus par le télétravail. D’où des séminaires moins « business business », mais plus conviviaux, et partant plus fédérateurs. « Le MICE s’est ‘événementialisé’ et a besoin d’impact, d’immersif et d’expérientiel, remarque Delphine Bouclon, en charge de la coordination stratégique du commerce de Châteauform, citée dans l’étude de Coach Omnium. La célébration, la festivité, la cohésion, la récompense sont dans l’air du temps« .
Le ludique fait son come-back
Coach Omnium observe ainsi le grand retour du « ludique » dans les séminaires. Très demandées jusqu’en 2019, les activités et animations complémentaires s’étaient étiolées jusqu’en 2023. Les entreprises sont nombreuses en 2024 à avoir renoué avec ces prestations, en particulier les activités participatives telles les quiz, escapes games, cours de cuisine ou chasses au trésor. Adaptées à chacun, les activités ludiques représentent 85 % de la demande, contre 65 % en 2017, et devancent les activités culturelles (55%), les olympiades et autres team buildings sportifs (43%). Quant aux activités RSE – nettoyages de plages, journées humanitaires, escape game sur le thème de l’écologie… – , elles se développent, mais restent minoritaires.

« La thématique RSE est beaucoup demandée dans les activités de team building, mais pas forcément retenue« , souligne Olivier Gouvernal, PDG de For Event, également cité dans l’étude. Pour autant, et dans un cadre plus général, le sujet de la RSE encadre les événements professionnels, les trois-quarts des commanditaires d’événements disant tenir compte de l’impact environnemental de leurs manifestations. Les entreprises privilégient notamment des destinations accessibles en train en France (67 %) ou en Europe (10 %).
Vis-à-vis des prestataires, elles sont 84% à inclure des critères RSE dans leur cahier des charges. En parallèle, 35 % des entreprises réalisent un bilan carbone de leurs événements MICE, le plus souvent à partir d’outils internes ou de solutions comme Climeet et Greenly. Cependant, selon Nathalie Leduc, directrice de la communication et marketing du Groupe 1001Salles, « nous constatons un écart sur le terrain, où des facteurs tels que la disponibilité, l’accessibilité et les contraintes budgétaires des services achats restent déterminants« . La capacité d’accueil en premier, la localisation dans un deuxième temps, le prix pour finir : ce sont les trois grands critères de choix d’un lieu, loin devant l’engagement éco-responsable (2%).

















