
Châteauform’ commencera bien l’année 2025 avec les débuts de l’exploitation en janvier du 3 Mazarium, l’espace événementiel de l’Institut de France. Quelles perspectives cette attribution vous offrent-elles ?
Benjamin Abittan – Nous y croyons beaucoup. C’est un lieu de caractère comme on les aime chez Châteauform’, encore plus chargé d’histoire qu’à l’habitude. Si nous avons remporté cet appel d’offres lancé par l’Institut de France pour une concession de cinq ans, c’est sans aucun doute, au delà de notre savoir-faire commercial, grâce à notre engagement RSE, notamment celui de notre traiteur Nomad. La volonté de l’Institut de France et de leurs académies est d’abord de bien recevoir leurs manifestations à un prix avantageux, mais aussi, autour de ces besoins internes, de commercialiser le 3 Mazarium auprès des entreprises. Ce sera un produit très attractif pour elles, en plein cœur de Paris, avec un somptueux auditorium, offert par la famille Bettencourt, pour lequel nous sommes en train d’investir avec notre partenaire Stardust pour encore relever son niveau technologique.
Avant de se projeter vers l’avenir, tournons-nous brièvement vers le passé. 2024 a-t-elle été une bonne année pour Châteauform’ ?
B. A. – Ce sera notre meilleure année, avec un chiffre d’affaires proche des 300 millions d’euros. Et cela, malgré les Jeux Olympiques qui ont, de manière contre-intuitive, ralenti notre activité en Ile-de-France, de nombreuses entreprises ayant mis leurs collaborateurs en télétravail tandis que d’autres ont évité de tenir leurs événements en région parisienne. Ce qui explique d’ailleurs que nos établissements en région et hors de France aient très bien performé de leur côté. En revanche, notre traiteur Nomad a largement profité des J.O.. Son engagement écoresponsable lui a permis de décrocher six bateaux pour la cérémonie d’ouverture et d’assurer la restauration et les hospitalités sur quatre sites clés pendant les Paralympiques. Une reconnaissance qui a joué dans l’appel d’offres du 3 Mazarium, alors que, sur la partie événementielle et traiteur, nous étions l’outsider, mais qui vient aussi lui ouvrir les portes de nouvelles adresses. Les organisateurs peuvent notamment faire appel à Nomad Traiteur au château de Versailles ou au Grand Palais. Je suis très fier de ce que nos équipes ont réussi à faire.

L’année 2025 se présente-t-elle sous les mêmes auspices ?
B. A. – Je ne m’attends pas à une forte croissance en 2025 par rapport à 2024. Je vois s’installer, avec la chute du gouvernement Barnier, un climat attentiste dans les entreprises. Parmi mon réseau d’amis entrepreneurs, la plupart me disent envisager de tenir leurs événements au second semestre, en attendant de voir ce qu’il va se passer. Plus globalement, il y a une forme d’incertitude en Europe, en France et en Allemagne notamment. Donc, comme je pense que les entreprises vont être prudentes, je serai moi aussi prudent. A part les choses déjà engagées, je ne lance pas de révolution cette année, avec un budget à un niveau à peu près stable. Nous avons pas mal de projets dans notre pipeline, mais nous ne devrions ouvrir que quatre ou cinq nouveaux lieux cette année, en Allemagne notamment.
Trois nouvelles maisons sont en effet attendues en Allemagne dans les prochains mois. Pouvez-vous nous les présenter ?
B. A. – Nous ouvrons cette année une maison de soixante chambres près de Berlin. Dans un beau château, très allemand, avec sa façade blanche et son toit rouge, ses douves et son petit pont-levis. Une autre maison, d’une centaine de chambres, est aussi attendue cette année près de Munich. Puis, début 2026, nous aurons une nouvelle maison de 160 chambres près de Francfort. L’Allemagne étant moins centralisée que la France, où tout se joue en région parisienne, ces développements renforcent notre présence dans trois nouveaux bassins économiques. Nous avons volontairement mis le focus sur ce pays pour avoir une stratégie plus paneuropéenne. Je veux que la France représente à terme moins de 50% de notre chiffre d’affaires. On a vu le gros coup de frein qu’un événement dramatique à Paris en 2015 a pu mettre à notre activité parce que nous étions très « Paris centric ». A partir de là, nous avons mis l’accent sur d’autres destinations pour nous diversifier. Comme l’Allemagne qui est aujourd’hui notre deuxième marché avec six maisons aujourd’hui, et donc neuf très bientôt.
Ce développement paneuropéen va-t-il se poursuivre, que ce soit en Allemagne, mais aussi en Italie ou en Espagne, où vous avez ouvert un nouveau Campus près de Barcelone l’an dernier ?
B. A. – Il faut qu’on se densifie là où nous sommes déjà présents. Une ville comme Francfort mérite plus qu’un seul Châteauform’, compte tenu du nombre d’entreprises à proximité, plus proche de notre cœur de métier, la formation de cadres, que Berlin, très portée sur les start-up, celles-ci plus orientées sur la formation sur le terrain. Quant à l’Espagne ou l’Italie, nous continuons à y chercher de grandes maisons. Mais, comme je ne transige pas sur le charme et la qualité, c’est plus difficile à trouver, même si nous travaillons sur un projet en Italie, le marché qui a le mieux performé en 2024. Les entreprises italiennes se portent très bien au plan local et la destination Europe du Sud continue à plaire à notre clientèle.

Il y a donc des reports de clientèle, non seulement entre vos maisons en région parisienne, mais aussi de pays à pays ?
B. A. – Tout à fait. Cette année par exemple, nos clients internationaux ont pu se reporter sur l’Italie parce qu’ils ne pouvaient ou ne voulaient pas venir à Paris, Milan étant une bonne alternative dans ce cadre. Plus globalement, notre clientèle française organise pas mal d’événements à l’étranger. Nous avons également une équipe en Angleterre qui nous commercialise dans de nombreux pays, notamment le Royaume-Uni, la Suède ou encore les Etats-Unis. Notre marque et notre réseau nous permet d’avoir des contrats européens avec certains de nos clients, leurs différentes filiales venant chez nous.
Venons-en aux grandes tendances. Le télétravail et le besoin en parallèle de se réunir en équipe ont alimenté l’activité ces dernières années. N’est-on pas entré dans une phase de normalisation, voire de coup de vis de la part des entreprises à ce sujet ?
B. A. – J’ai moins peur de ça. D’autant que ce besoin d’être ensemble est, je pense, la source de l’accélération de Châteauform’ Inside (NDLR : l’offre de gestions des espaces de travail et des lieux de vie au sein des entreprises). En douze mois, nous avons signé dix nouveaux lieux, que ce soit des tours à la Défense, des immeubles de bureaux au centre de Paris ou de marques reconnues comme Dior, Chanel ou L’Oréal. Avec le changement de la nature du bureau, les gens veulent la moitié de l’espace pour le double d’expérience. Ainsi Châteauform’ Inside n’est pas un élargissement de notre activité, mais une autre manière de faire la même chose, avec le même savoir-faire, cette fois-ci chez le client et non plus chez nous. En revanche, cette évolution a un impact sur l’offre de nos Chateauform’ City. Les entreprises ayant repensé leurs bureaux en ajoutant de belles salles pour de petites réunions, elles ont moins besoin de solutions pour des rencontres de 6 ou 8 personnes. En parallèle, cette réduction des espaces dans les bureaux fait qu’elles recherchent à l’extérieur de grandes salles pour pouvoir réunir 50 ou 80 personnes. Cela nous amène à ajuster l’inventaire des City pour répondre à ce changement.
Cela explique-t-il aussi que plusieurs Châteauform’ City à Paris se soient ouverts à une nouvelle activité avec les Tables Privées Parisiennes ?
B. A. – Nous faisons évoluer l’offre en réfléchissant aux différents besoins de nos clients. Et cela en partant de nos propres constatations : trouver un restaurant dans Paris pour un groupe de 20 ou 25 personnes, c’est un enfer. ET, quand bien même on trouve de la place pour un repas d’équipe, on a envie d’être dans une salle privée, de pouvoir se lever pour dire un mot, ce qui est impossible dans une salle de restaurant. C’est à partir de ce constat que nous avons créé les Tables Privées Parisiennes dans quatre de nos maisons. Cette expérience de restauration a été scénarisée pour se démarquer de l’esprit séminaires de Châteauform’ avec des noms pour chacune des Tables Privées, des menus raffinés. Cette offre qui garantit une salle privée sur réservation, même le week-end, marche très fort, et curieusement moins avec nos clients habituels qu’avec d’autres qui cherchent des lieux privatifs pour des dîners d’affaires ou des fêtes d’équipe.
Vous parliez au début de cet entretien de l’engagement RSE de votre groupe, devenu société à mission en 2023. Comment ces gages d’écoresponsabilité sont-ils vus par vos clients ?
B. A. – Ils sont contents d’en entendre parler. Ce positionnement peut les conforter dans leur choix. Mais, contrairement à ce que j’aurais pensé, ce n’est pas l’élément déclencheur de l’acte d’achat. Notre proposition de valeur prime. C’est vieux comme le monde : la RSE, ça plaît intellectuellement, mais ça ne se traduit pas directement dans le comportement d’achat. Pour autant, du point de vue du dirigeant, être devenu société à mission est un élément très fort pour le recrutement comme pour l’engagement de nos talents en interne. Ce sont eux qui nous ont poussé à aller plus loin, dans l’idée non pas d’amoindrir notre impact, mais de le rendre positif pour la planète et pour le territoire. D’où le lancement de l’expérimentation Regen’ Roqueux, pour des séminaires à impact positif.


En quoi consiste plus précisément Regen’ Roqueux ?
B. A. – Ils se sont lancés dans la réécriture du projet de cette maison labellisée LEAD et axée sur la production de légumes bio et la permaculture. Circuits courts, consommation végétale – le végétarien est un aspect sur lequel cette maison ne transige pas -, travail sur la réduction des déchets exigeant, implication des associations et artisans locaux : le fait d’être allé aussi loin parle à certains de nos clients. Un grand groupe du luxe français a par exemple choisi cette maison pour un programme de formation autour de la RSE, pour la cohérence entre son propos et l’expérience que les participants vont vivre. Après, c’est un peu le clash des générations. D’autres clients pourront nous dire « c’est super, votre projet, mais je n’ai pas envie de venir ici » ou « je n’ai pas envie de prendre de risque » et choisiront une de nos autres maisons en conséquence.
A Paris, le Metropolitan est aussi labellisé LEAD. Vous avez récemment renforcé la coopération entre Châteauform’ Event et Icade à travers un nouveau Bail Engagé Climat pour les Docks de Paris. Allez-vous poursuivre ce dans la RSE ?
B. A. – Je n’ai pas envie de ralentir ces projets-là, mais pour l’instant, j’attends de voir qu’il y ait une validation du concept Regen’ Roqueux par nos clients pour aller plus loin, qu’ils nous disent venir spécifiquement pour cela. Je crois au modèle de la société à mission, mais nous restons une entreprise, pas une association. Réussir à avoir un impact positif, c’est aussi grâce à la robustesse de notre modèle économique, notre capacité à attirer des clients. Il faut que les deux se nourrissent. On investit dans tous ces projets RSE, parce qu’ils nous donneront de l’avance quand les clients chercheront massivement ce genre de solutions. Mais aujourd’hui, il y a encore un décalage entre notre perception de la nécessité d’aller plus loin et la consommation du client.
Votre engagement RSE a-t-il une influence sur votre stratégie de développement ?
B. A. – Notre premier bilan carbone complet, couvrant les scopes 1, 2 et 3, montre qu’une large majorité des émissions provient du transport des participants. On peut toujours travailler sur le reste, mais ce à quoi on doit s’attaquer, c’est le transport. Dans ce sens, nous avons renforcé le cahier des charges pour nos futurs développements. Avant, nous regardions surtout la distance château/centre-ville et château/aéroport. Aujourd’hui, la proximité d’une gare ou d’un accès au transport en public devient un élément important, surtout quand on signe pour des périodes de 15 ou 30 ans. Être connecté au réseau de transports devient un facteur décisif.

















