Demain, l’hôtel : les clés du futur

Alors que les frontières entre vie active et vie personnelle sont de plus en plus floues, les hôtels poursuivront leur mutation lifestyle. Avec des recettes d’ores et déjà couronnées de succès : un design pointu, des technologies dernier cri et une architecture détonnante.

L’hôtellerie de demain ressemblera-t-elle à un inventaire à la Jules Verne, fait d’hôtels spatiaux, de resorts flottants et de vaisseaux sous-marins ? Rien, bien sûr, n’interdit les plus beaux rêves, mais rien n’empêche non plus un certain réalisme… Dans un univers toujours plus urbanisé, c’est au milieu des skylines futuristes des métropoles émergentes – celles d’Asie et du Moyen-Orient – qu’il faut s’attendre à la voir s’épanouir. Dans les villes en pleine expansion d’Afrique et d’Amérique du Sud également, là où les groupes hôteliers fondent leurs nouveaux espoirs de croissance. En effet, avec la demande grandissante d’hôtels de standing international du côté des voyageurs d’affaires et de l’autre l’attente d’établissements plus économiques, surfant sur l’émergence de la classe moyenne locale, les perspectives de développement ne semblent pas connaître de limites.

Pour autant, les marchés matures ne sont pas mis au régime sec. A titre d’exemple, le leader mondial IHG attend la moitié de ses futurs développements sur les continents américain et européen. C’est aussi dans les quartiers du Vieux Monde en pleine gentrification, là où sont nées ces dernières années des enseignes comme Mama Shelter en France ou Room Mate en Espagne, qu’on continuera à regarder l’émergence de la nouvelle vague hôtelière.

Si le milieu des années 80 a vu naître les boutiques-hôtels, avec le succès que l’on sait, la décennie à venir pourrait marquer la généralisation d’une hôtellerie décomplexée. De nouveaux acteurs apparaissent déjà comme Okko en France, HTL en Scandinavie ou Ruby Hotel en Autriche. Ce parti-pris, commun aux hôteliers indépendants comme aux géants du secteur, correspond aussi bien au mode de vie du geek en goguette que du voyageur d’affaires moderne. Chambres high-tech et lobby animé où grignoter et boire un verre à toute heure : quelle que soit leur gamme, les établissements poursuivront leur mue lifestyle, faite d’espaces décloisonnés et de touches arty, pour offrir aux clients le sentiment de vivre intensément la ville où il se trouve. Une autre tendance se consolide en parallèle, celle du “comme chez soi”. L’attractivité croissante des résidences hôtelières au look réactualisé et le succès fulgurant d’AirBnb, le site de location d’appartements privés, témoignent d’une attente de liberté de la part de la clientèle qui devrait influer sur l’hôtellerie “classique”.

S’il est un autre fait certain concernant le futur de l’hôtellerie, c’est qu’elle sera ultra technologique. Elle l’est déjà d’ailleurs sur bien des points. Attendue à l’aéroport de Paris Charles de Gaulle ainsi qu’à New York, la marque hollandaise Citizen M s’est adressée dès ses débuts, en 2008, au voyageur mobile, proposant le WiFi gratuit, des appels internationaux aux tarifs Skype et dans la chambre, un écran tactile MoodPad. Le Nine Zero Hotel de Boston a mis en place un système d’ouverture de porte par reconnaissance de l’iris. A l’Yotel de New York, c’est un robot qui met les bagages en consigne… Les concierges virtuels, écrans tactiles où trouver toutes les informations nécessaires sur l’hôtel ou sur la ville, ont pris la place des “clés d’or” au sein des lobbies de Courtyard by Marriott ou plus récemment des Novotel. Même les palaces et leur chic osant défier le temps sont à la pointe en ce domaine. Ainsi, le Peninsula de Hong Kong place dans ses chambres une tablette tactile permettant d’en commander toute la domotique.

Les nouvelles technologies vont participer à réinventer le service hôtelier. Dans nombre établissements, le check-in dématérialisé, avec un personnel muni de tablettes tactiles, sonne déjà le glas des desks de réception tout en renforçant la qualité de l’accueil. Et demain ? Toute une panoplie de services pratiques sera à portée de main du client, à travers le développement en cours d’applications pour smartphones. Elles permettront entre autres de s’enregistrer et de recevoir sa clé de chambre avant son arrivée, de commander un plat au room service depuis un taxi, d’être prévenu que la chambre est prête, de fermer les rideaux de la chambre, voire d’interagir lors des réunions et séminaires. Une multiplicité d’usages qui rendra l’expérience hôtelière libre et flexible. Vaste programme.

Concours d’architecture

Boostée par le secteur des hydrocarbures, Bakou est prise d’une douce folie des grandeurs. Après l’inauguration des Flame Towers, en forme de torches géantes dans lesquelles a pris place un hôtel Fairmont, Bakou attend l’achèvement du complexe Crescent. En son centre, une île artificielle supporte un hôtel aux allures d’arche courbe, de disque percé.

À la manière de Dubai en son temps, la plupart des villes émergentes comme la capitale de l’Azerbaidjan veulent marquer les esprits en conjuguant leurs skylines au futur, frénésie de développements ambitieux où l’hôtellerie de demain prendra une place toute naturelle.

Les murs ont la parole

Demain, c’est sûr, les murs des chambres parleront ! Ils pourront souhaiter une bonne journée au client à peine éveillé, lui rappeller d’une voie douce ses rendez-vous de la journée. À l’inverse, il sera aussi possible de leur donner des ordres par reconnaissance vocale, comme baisser l’intensité de la lumière ou le son de la télévision.

Chambres en mode “matrix”

Le cabinet d’architectes espagnols Serrano Brothers a présenté en début d’année sa vision de la chambre du futur, l’ITH Room Xprience. Conçu autour de solutions Microsoft, Toshiba ou Guardian Glass, le prototype est un vrai showroom technologique. Murs tactiles, planchers et miroirs interactifs : le client modifie l’aspect de la chambre depuis un smartphone ou simplement du bout des doigts. Au fil des envies ou des besoins apparaissent sur les murs le plan du métro, l’agenda du jour, des photos de famille pour se sentir comme à la maison ou des cartes du ciel. Pour faire de beaux rêves.

Nouveaux lieux sous les mers

Annoncés comme imminents au milieu des années 2000, l’Hydropolis à Dubai et le Poseidon Undersea Resort, aux Fidji, n’ont pas vu le jour. Mais la société polonaise Deep Ocean Technology a redonné espoir aux fans du Monde du silence, qui n’ont pour l’instant que le restaurant Ithaa, au Conrad Rangali Island, et le spa de l’hôtel Huvafen Fushi – tous deux aux Maldives – pour assouvir leurs désirs subaquatiques. Toujours aux Maldives, Ridgewood Hotels a passé commande d’un Water Discus Hotel proposant 21 chambres immergées à 10 m sous la surface de l’eau.

Dormir la tête dans les étoiles

À la fin des années 60, Barron Hilton fondait l’espoir de voir son enseigne s’implanter sur la lune de son vivant. Ce rêve s’est évidemment envolé. Coup de pub ou ivresse de l’espace ? L’enseigne Premier Inn reprenait à son compte cette idée il y a quelques années. Mais, aujourd’hui encore, le premier resort cinq étoiles au bord de la mer de la Tranquilité semble loin à l’horizon. Quoique… Des spécialistes du transport spatial comme Bigelow Aerospaces ou Orbital Technologies ont au fond de leurs cartons des projets d’hôtels cosmiques.

Et Richard Branson, interrogé lors de la conférence annuelle du très sérieux Institute of Directors, n’excluait plus cette possibilité, en prolongement logique des premiers vols de Virgin Galactic.