Deutsche Bahn : un démantèlement pour stimuler la concurrence ?

L'une des plus grandes entreprises ferroviaires d'Europe, la Deutsche Bahn, pourrait être démantelée. Les voix se multiplient en Allemagne pour une évolution qui favoriserait un meilleur réseau et plus de concurrence.
(Photo: LC)

Il y eut les conservateurs allemands de la CDU et CSU. Puis la Cour fédérale des comptes. Et ce lundi 24 avril, la Commission des monopoles. Les trois formulent la même demande : des réformes fondamentales dans la structure de la Deutsche Bahn, dont un possible démantèlement.

« De l’avis de la Commission des monopoles, les avantages d’une séparation complète des secteurs de l’infrastructure et du transport l’emportent. L’objectif doit être de séparer les gestionnaires de l’infrastructure et les utilisateurs de cette infrastructure« , a déclaré le président de cette Commission, Jürgen Kühling, dans un entretien avec le quotidien munichois, Süddeutsche Zeitung.

On est cependant loin du modèle britannique, dont le gouvernement avait totalement démantelé British Rail, il y aura 30 ans en 2024. L’exemple britannique fut en effet tout sauf une réussite. Œuvrent aujourd’hui une dizaine de transporteurs privés au Royaume-Uni. Et qui se révèlent incapables de faire face aux besoins des voyageurs…

De meilleures infrastructures pour une meilleure concurrence

Selon les idées de la commission des monopoles, il y aurait à l’avenir une société qui organiserait le trafic ferroviaire proprement dit. Une autre société serait en charge des 33 000 km du réseau. La première serait totalement indépendante et neutre, permettant à tout opérateur d’utiliser ce réseau. Ce serait l’élément clé de cette réforme car il favoriserait la compétition.

« Selon nous, cela changerait assez rapidement la situation du ferroviaire, pour les clients, pour les autres opérateurs ferroviaires et pour les investissements dans le réseau« , a souligné le président de la Commission.

En se concentrant uniquement sur les investissements physiques du réseau, cette entité neutre garantirait donc une meilleure concurrence. Selon MOFAIR, Association pour une Concurrence Impartiale dans les Réseaux Ferrés Publics, un réseau plus performant augmenterait les capacités de circulation. Et donc donnerait un nouvel élan à la concurrence.

Depuis une réforme ferroviaire de 1994, l’offre comme l’infrastructure sont de la responsabilité de la DB. Qui semble ne plus pouvoir faire face à ses obligations. Le sous-investissement dans le réseau est criant, notamment à l’Ouest du pays. De fait, après la réunification de l’Allemagne, l’essentiel des investissements dans les infrastructures se sont tournées vers la partie orientale du pays, pour la remettre à niveau.

La Cour des comptes fédérale est ainsi arrivée à la conclusion qu’il faudrait dépenser 89 milliards d’euros pour rénover le réseau ferroviaire allemand. Et qu’elle est l’obligation de l’État fédéral, qui, selon la loi fondamentale, « garantit que le bien-être de la collectivité, en particulier les besoins en matière de transport, soient pris en compte dans l’aménagement et l’entretien du réseau ferroviaire des chemins de fer fédéraux ainsi que dans leurs offres de transport sur ce réseau, dans la mesure où celles-ci ne concernent pas le transport ferroviaire local de passagers« .

La Cour des comptes fédérale demande en outre que l’État fédéral encourage la concurrence sur le rail, « ses propres entreprises de transport ferroviaire ne sont pas absolument nécessaires à cet égard« .

Concurrence anémique à l’international

Les associations de voyageurs sont plutôt en faveur de cette réforme. L’association des voyageurs Pro Bahn réclame de fait une telle solution de séparation de la gestion ferroviaire et des infrastructures. Ces dernières doivent appartenir à l’Etat, estime Pro Bahn dans une position officielle.

Selon les statistiques de MOFAIR, la concurrence est quasi inexistante sur les lignes internationales. Certes, on trouve bien des trains de Flixtrain, SNCF et ÖBB (Autriche). Mais les trois ne représentent que 2% de part de marché de l’offre totale. Cette part a baissé depuis le Covid puisqu’elle était de 4% en 2019. En revanche, sur les lignes régionales, les concurrents de la Deutsche Bahn ont déjà une part de marché de 40% de l’offre totale.

Si cette réforme venait à se réaliser, elle devrait en revanche susciter le rejet des syndicats. Qui déjà multiplient depuis quelques mois les grèves sur le réseau de la DB…