L’ouverture à la concurrence en ligne de mire du rail espagnol

Suivant les directives de l’Union Européenne sur la libéralisation des services ferroviaires, le gouvernement espagnol vient d’annoncer qu’il allait autoriser des opérateurs privés sur les lignes AVE, le TGV espagnol.

RENFE
La RENFE se prépare à l'ouverture du rail à la concurrence, attendue fin 2020

Encore un peu plus d’un an et les voyageurs d’affaires auront enfin le choix de leur opérateur ferroviaire en Espagne. Mais pour le gouvernement et les futurs exploitants, l’avenir a déjà commencé ! En effet, le Conseil des ministres avait approuvé en décembre dernier un décret royal visant à libéraliser le trafic ferroviaire en Espagne. Les futurs opérateurs doivent obtenir au préalable une certification du ministère des Travaux publics pour entrer en concurrence avec l’entreprise ferroviaire publique, RENFE. Cette dernière avait été à l’époque confirmée pour l’exploitation de ses lignes AVE Madrid jusqu’en 2030, permettant ainsi une concurrence dynamique des prix et services.

Le gouvernement vient cette semaine de préciser les trois lignes ouvertes aux opérateurs privés à partir du 31 décembre 2020. Elles comprendront trois axes principaux de l’AVE : un premier axe reliant Madrid à Barcelone et la France avec prolongation de la ligne entre Barcelone et Valencia. Un second axe concerne l’AVE de Madrid vers Murcia, Valencia et Alicante ; enfin, le troisième axe est la ligne AVE qui relie Madrid à Tolède, Séville et Malaga.

La SNCF sur les rangs

L’ADIF, Agence de gestion des réseaux ferrés espagnols, a précisé que les entreprises intéressées devront se déclarer d’ici juillet et présenter leur projet d’exploitation. Trois entreprises privées devraient former cette nouvelle concurrence ferroviaire sur le rail espagnol. La SNCF a déjà manifesté son intérêt. Elle s’associerait éventuellement à une autre entreprise privée espagnole, Acciona, pour mieux contrer la RENFE. Parmi les autres entreprises attendues en Espagne figurent les Autocars Alsa ainsi qu’Arriva-Deutsche Bahn.

L’ADIF a posé des conditions d’exploitation souples pour les futurs exploitants, avec trois packages d’exploitation auxquels ils devront adhérer. Dans un premier package, le futur opérateur s’engage à faire circuler 48 trains par jour, soit trois trains par heure et par direction. Le deuxième type de package intègre la circulation de 16 trains par jour (1 train par heure et par direction), et le troisième 5 trains par jour (1 train toutes les trois heures dans chaque direction).

une augmentation de l’offre de 60% sur les lignes AVE concernées

L’ADIF estime que l’arrivée des nouveaux venus devrait conduire à une augmentation de l’offre de 60% sur les lignes AVE concernées. Au total, cet AVE permettra de mettre en circulation en moyenne 69 véhicules par jour, contre 43 actuellement, ce qui représente une augmentation de 60% du trafic par rapport au trafic actuel. Ce qui pourrait signifier la circulation de 189 trains par direction et par jour au lieu de 119 actuellement.

Les autres lignes ferroviaires – celles de proximité ou intercity – qui peuvent être sous OSP (Obligation de Service Public), sont quant à elles exclues des appels d’offres jusqu’en 2023.

La RENFE investit dans ses services

La RENFE de son côté se prépare déjà à affronter cette concurrence. L’entreprise ferroviaire nationale espagnole se porte en fait très bien. En 2018, elle a réalisé un bénéfice de 111,4 millions d’euros, en hausse de 59% sur 2017 alors que son chiffre d’affaires a atteint 3,979 millions d’euros, en hausse de 11,2%. RENFE a terminé l’année 2018 avec une hausse de 4% de la demande passagers, soit 507 millions de voyageurs. Elle a pour la première fois dépassé ses résultats de fréquentation d’avant la crise économique des années 2000.

Le budget 2019, qui a récemment été présenté par le Président de la RENFE, Isaías Táboas, se prépare donc à la future libéralisation. Le plan stratégique prévoit un investissement de 855 millions d’euros autour de trois axes stratégiques : la reconquête des clients, l’internationalisation de l’offre et l’amélioration de la sécurité et des performances. 838 millions d’euros sont uniquement destinés à améliorer le confort et le service client. Plus de 400 millions sont affectés à la mise en service de nouveaux trains et à augmenter les fréquences. Le plan d’investissement prévoit entre autres 58 millions d’euros pour la sécurité ainsi que 34 millions d’euros pour l’amélioration des systèmes d’information et autres services offerts au voyageur.

En 2018, 38,5 millions de voyageurs ont empreinte des lignes à grande vitesse. Ce chiffre se répartit entre les lignes grande vitesse AVE (21,33 millions de voyages) et les lignes des trains AVANT – trains circulant à grande vitesse sur des moyennes distances (8,68 millions de voyages), soit une croissance respective de 3,7% et 6%.