Ferroviaire : la voie est libre pour les solutions mobiles

Grâce au numérique, les compagnies ferroviaires développent des solutions mobiles pour proposer aux passagers affaires des offres de “porte-à-porte” tout en continuant d’améliorer les services mis à leur disposition pendant le voyage.
© SNCF Médiathèque - Patrick Messina

C’est tout sourire que quatre grands patrons se sont réunis jeudi 3 décembre 2015 dans un salon cossu du pavillon Gabriel, à deux pas de l’Élysée, pour présenter un partenariat qui devrait révolutionner la façon de voyager en France. Guillaume Pepy, président de la SNCF, Elisabeth Borne, Pdg de la RATP, Stéphane Richard, Pdg d’Orange, et Olivier Piou, directeur général de Gemalto, ont dévoilé ce jour-là la création de Wizway Solutions. Cette joint-venture permettra, à partir de 2017, d’acheter avec un téléphone portable des billets de train, de métro, de RER et de tramway. Outre l’investissement de plusieurs millions d’euros, chaque entre prise apporte son expertise dans le développement de la plate-forme : Gemalto en matière de sécurité numérique, Orange pour la technologie NFC sans contact, la RATP et la SNCF dans la multimodalité, le parcours client, la billettique et le contrôle.

Parmi les grandes innovations, les billets, stockés dans la carte SIM du téléphone, pourront être lus par les contrôleurs dans les trains et être reconnus par les portiques du métro. Le tout, technologie NFC aidant, sans connexion réseau, même si le téléphone mobile est éteint ou que sa batterie est déchargée. “Wizway Solutions marque une nouvelle étape du mariage entre le numérique et la mobilité”, estime Guillaume Pepy. “Nous allons mettre en place depuis le site Voyages-sncf.com une interface pour discuter avec la plate-forme et permettre le chargement des billets sur un téléphone portable”, explique pour sa part Barbara Dalibard, directrice générale Voyageurs à la SNCF, qui était également présente lors de ce grand raout.

Pour assurer le succès du projet et favoriser l’adoption rapide de l’application par les voyageurs, la plate-forme est d’ores et déjà ouverte à d’autres partenaires. Des contacts existent notamment avec les opérateurs SFR et Bouygues Telecom, ainsi qu’avec d’autres transporteurs. En parallèle, les villes utilisant déjà des solutions NFC dans leurs transports urbains (Nice, Strasbourg, Caen…) seront également incitées à rejoindre Wizway Solutions. “Nous allons créer un standard unique pour tous les opérateurs et les transporteurs afin de travailler ensemble”, ajoute Barbara Dalibard, qui prévoit déjà l’ajout de services annexes qui favoriseront d’autant la mobilité.

En attendant l’arrivée de cette solution qui sera testée dans le courant de l’année, la SNCF a déjà réalisé d’importantes avancées pour proposer un voyage “sans couture”, fondé sur la dématérialisation des titres de transport. La clientèle professionnelle, dont 80 % utilise un smartphone pendant ses déplacements ferroviaires, est la première concernée par ces nouveautés. La compagnie a de ce fait intégré au sein de l’application mobile TGV Pro sa nouvelle offre iDPass. Ce service permet d’élaborer un voyage “porte-à-porte” en complétant le déplacement en train par d’autres offres de mobilité, par exemple la réservation d’un taxi ou d’un véhicule de transport avec chauffeur (VTC), l’accès à un service d’autopartage ou bien encore la réservation d’une place de parking en gare et la géolocalisation des bornes de vélos en libre-service situées à proximité des gares…

Au-delà du train, nous voulons être capables d’offrir un parcours de bout en bout à nos clients”, précise Barbara Dalibard. iDPass est notamment connecté à Ouicar, loueur de voitures entre particuliers dont la SNCF possède 75 % du capital depuis le printemps 2015, et à Zipcar, société d’autopartage filiale d’Avis. Ce qui permet au voyageur de louer un véhicule en libre-service à l’heure ou à la journée, que ce soit à Paris ou dans les principales gares TGV en France. La SNCF entend ainsi ne pas rater le train – si l’on peut dire – de la mobilité partagée qui représente aujourd’hui 15 % du marché des déplacements, mais devrait grimper à 30 % en 2030.

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Le confort des passagers à bord des Eurostar sera bientôt amélioré avec la mise en service des rames Siemens e320, redesignées et disposant du WiFi à bord.
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Le voyage “porte-à-porte” est le credo des compagnies ferroviaires qui, comme la Deutsche Bahn, s’allient aux nouveaux acteurs de la mobilité.
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Les compagnies ferroviaires poursuivent la dématérialisation des billets de train qui pourront être stockés directement dans la carte SIM des smartphones.

CONCIERGERIE NUMÉRIQUE

Parmi les multiples développements technologiques opérés par le transporteur, l’appli TGV Pro devient de plus en plus incontournable pour les passagers affaires. Depuis la rentrée 2015, les abonnés Fréquence et Fréquence 25 peuvent l’utiliser pour charger à la fois le billet de train, la carte de fidélité Voyageur et la carte d’abonnement Fréquence sur leur téléphone portable, préfigurant d’une certaine manière ce que pourra apporter la SNCF à la JV Wizway Solutions. Pendant le voyage, TGV Pro permet en plus d’accéder au Kiosque Presse, un portail numérique qui offre aux passagers Pro 1ère ou Fréquence 1ère le téléchargement gracieux de deux titres de presse.

Ce service online complète les journaux qui sont distribués chaque jour gratuitement dans les 12 salons Grand Voyageur, notamment les nouveaux lounges à Lille Flandres, Marseille, Paris-Est et Paris- Nord. Dans le cadre des nouveaux services sur mesure, une offre de conciergerie en ligne a aussi vu le jour avec des propositions allant du pressing à la garde d’enfants, de la cordonnerie à la location de salles de réunions…

Outre-Rhin, la Deutsche Bahn (DB), les chemins de fer allemands, a la même volonté d’associer dans son offre les différents modes de transport. Lors de la réservation en ligne d’un billet de train, l’option City Mobil propose l’achat d’un titre de transport urbain permettant au voyageur d’emprunter le réseau ferré régional S-Bahn, le métro U-Bahn ou les tramways, soit pour une durée de deux à trois heures, soit à la journée. Le site de la compagnie s’est également enrichi des offres du réseau d’autopartage de véhicules Flinkster, qui compte 800 stations dans 140 villes en Allemagne, mais aussi en Suisse et aux Pays-Bas, et du service de location de vélo “Call a Bike”, appartenant à la DB et disponible dans 40 villes allemandes. Certaines localités comme Stuttgart et Hambourg offrent même les trente premières minutes de déplacement en deux roues.

Cette politique du voyage “porte-à-porte” se retrouve chez Eurostar qui a passé un partenariat avec CarTrawler, une plate-forme de transport qui distribue sur le site de la compagnie ferroviaire des transferts préréservés en taxi dans les principales gares desservies comme Paris, Londres, Bruxelles, Lille et Lyon. Avantage : le chauffeur attend le voyageur avec une pancarte en bout de quai à l’arrivée de la rame Eurostar, lui évitant ainsi une attente souvent interminable à la station de taxis. Mais la grande nouveauté attendue chez Eurostar est la prochaine mise en service des trains e320 de Siemens qui disposeront d’un design intérieur plus contemporain dessiné par le cabinet Pininfarina, d’une connexion WiFi à bord opérationnelle durant tout le voyage, mais aussi d’un programme de divertissement accessible via un portail online.

DU WIFI À HAUT DÉBIT

Chez Thalys, il reste en revanche beaucoup de progrès à faire quant au “porte-à-porte”. Si la compagnie propose bien le MobileTicket via un code-barre 2D sur le smartphone, le passager souhaitant poursuivre son voyage en métro doit acheter ses tickets au bar du TGV. Et pour prendre un taxi, que ce soit à Paris ou à Bruxelles, il devra effectuer sa réservation auprès du personnel de bord en Comfort 1. En 2015, les efforts de la compagnie se sont surtout concentrés sur le WiFi à bord, dont le débit a été renforcé, ainsi que sur les salons avec l’ouverture d’un lounge près de la gare du Nord à Paris. Situé 22, rue de Dunkerque, le nouveau Thalys Lounge&More arbore un décor design moderne et épuré et permet aux voyageurs professionnels de se reposer ou de travailler avec une connexion WiFi, de se restaurer, de disposer de journaux ou d’utiliser un service bagages… Cet espace propose en outre une salle de réunions réservable par tranche de deux heures et pouvant accueillir jusqu’à six personnes. Un lounge similaire verra le jour en 2016 dans la gare de Bruxelles-Midi.

Lounge Thalys Paris
Comme dans l’aérien, les compagnies ferroviaires proposent des salons VIP à leurs voyageurs fréquents, à l’image du Lounge&More, un lieu au design épuré inauguré par Thalys près de la gare de Paris-Nord.

Thalys a aussi fait évoluer sa restauration à bord en confiant à Christer Elfving la réalisation des menus proposés à la place en Comfort 1. Pour la saison hiver, le chef suédois a élaboré des recettes associant des produits locaux et une cuisine nordique. “Nous privilégions le goût, l’originalité et la qualité, précise une porte-parole de Thalys. Le fait d’avoir une clientèle très fréquente nécessite de changer souvent les menus”. La carte évolue donc tous les 15 jours. Le repas est en effet inclus dans le prix du billet chez Thalys, à la différence de l’Espace Pro 1ère de la SNCF mis en place aux heures de pointe sur huit dessertes business.

Pour les voyageurs Pro qui ont peur d’avoir un petit creux durant leur voyage, la SNCF prévoit toutefois la mise en place d’un service de réservation online de repas à retirer et à payer au bar du TGV. Le client voyageant en TGV Pro 1ère peut aussi profiter gracieusement d’une boisson chaude lors de son voyage, à moins qu’il ne préfère retirer cette boisson dans l’un des salons SNCF, voire dans les enseignes Paul et Relay situées dans certaines gares. Il suffit, pour en bénéficier, de présenter son justificatif de voyage chargé sur l’appli TGV Pro de son téléphone portable. L’application n’en oublie pas pour autant les services de base : l’achat, l’échange, l’annulation du billet et la diffusion d’informations sur les voyages. Des éléments qui restent les plus importants et les plus utilisés par la clientèle affaires.

La SNCF soutient les start-ups avec Digital Ventures

En marge du projet Wizway Solutions, la SNCF prépare l’explosion attendue du digital dans les déplacements. Elle a pour cela créé un fonds d’investissement, Digital Ventures, qui soutient de “jeunes pousses” actives dans le domaine des transports et des nouvelles technologies. Doté de 30M€, Digital Ventures pourra investir de 500 000 € à 4 M€ par start-up, tout en restant minoritaire au capital de ces sociétés, qu’elles soient françaises, européennes ou encore américaines et israéliennes. “Notre but est d’intensifier les initiatives susceptibles de bouleverser le marché des transports de demain, a expliqué lors de la présentation de ce projet Yves Tyrode, directeur du digital de la compagnie ferroviaire. Nous ne pouvons seulement compter sur nos propres forces. Nous devons nous tourner vers l’extérieur et notamment vers les start-ups. Nous avons besoin d’un écosystème autour de nous. Cet aspect, l’Open innovation, est un point fondamental de notre plan digital”. La SNCF compte en particulier participer au développement de sociétés spécialisées dans l’internet des objets, les drones de surveillance, le big data, les applications mobiles dédiées à l’information et au service client, l’économie de partage, les outils digitaux à destination des agents…