Programmes de fidélisation : derrière la « simplification », le durcissement

United Airlines et Lufthansa vont modifier leurs programmes de fidélisation respectifs. Derrière l’argument de la simplification se cache en fait un vrai durcissement des conditions de collecte de miles. Les programmes FFP auraient-ils donc vécu ?

Lufthansa
La "simplification" du programme Miles & More annoncée par Lufthansa entrera en vigueur au 1er janvier 2021

En deux mois, deux compagnies aériennes viennent d’annoncer procéder à des changements dans leur programme de fidélisation, ces fameux FFP (Frequent Flyer Program). Et malheureusement pour les membres concernés, toutes les nouvelles règles adoptées depuis quelques années correspondent à une dévalorisation de leur programme et maintenant de leur statut. Aujourd’hui, presque toutes les compagnies attribuent des miles selon la classe de vol choisie – 25% des miles d’un trajet X pour les tarifs les plus bas en classe Eco jusqu’à un bonus de 25% ou 50% des miles en Eco Premium ou Classe affaires. Dans le même temps, les périodes de réservation ainsi que le nombre de sièges attribués pour un billet prime FFP sont en forte diminution.

United Airlines a décidé d’aller encore un peu plus loin. A partir du 15 novembre, le transporteur américain introduit une totale flexibilité sur le nombre de miles nécessaires pour obtenir un billet gratuit. Ce qui veut dire que selon la période où l’heure de décollage, un vol pour une même destination pourra coûter plus ou moins de miles. Plus de charte donc, mais un système de récompense totalement aléatoire

Par ailleurs, à partir du 1er janvier 2020, les statuts Premier sur les programmes de fidélisation changent. Ils ne seront plus basés sur la distance mais sur un total combiné de vols et de points de qualification, un dollar équivalant à un point. Chaque vol qualifie pour un point de vol (PQF) – quelle que soit la classe choisie – sauf sur les tarifs éco les plus bas. Ce point de vol sera le même dans toutes les classes.

En revanche, les points de qualification (PQP) calculés sur le prix paye varieront selon la classe et la distance. La compagnie comptabilisera également dans ses PQP les suppléments ajoutés au tarif de base, les sièges Economy Plus, l’achat de sièges préférés, les surclassements payants et un vol sur une compagnie partenaire. En fait, United souhaite surtout récompenser les passagers qui volent et dépensent beaucoup. Ce qui va naturellement défavoriser les passagers long-courriers, sauf les très grands voyageurs.

Quant à Miles & More de Lufthansa, le programme a déjà considérablement perdu de sa valeur l’année dernière, d’abord en liant les miles de récompense attribuées à la valeur du billet, puis en rendant les vols de primes plus chers. A partir du 1er janvier 2021, Lufthansa « simplifie » son programme d’attribution du statut premium en les calculant non plus sur le nombre de miles et la classe de voyage mais sur le prix du billet. Des points seront attribués selon le montant de la dépense et le membre de Miles & More en gagnera plus si les vols sont effectués sur des compagnies du groupe Lufthansa. Les statuts Premium attribués seront valables pour une année seulement au lieu de deux ans à présent. Le statut de « Grand Voyageur » et de « Senator » à vie deviendra cependant un avantage officiel du programme.

Ces changements interviennent alors qu’en Europe apparaît une nouvelle fronde contre les FFP. Au Royaume-Uni, une étude du Imperial College London, réclamée par le Comité sur les Changements Climatiques (CCC) indique que les FFP encourageraient les voyageurs à voler plus qu’il ne le faut pour accumuler des miles et des récompenses. Le CCC souhaiterait donc que les FFP soient tout bonnement abolis. Les passagers les plus fréquents seraient en revanche distingués d’une façon totalement différente. Ils payeraient une taxe environnement supplémentaire pour compenser leur contribution au réchauffement climatique par leur surcroît de déplacement…