Frais ancillaires : pourquoi vont-ils se développer ?
Dans l’offre des compagnies aériennes, apparaissent aujourd'hui des services facturés en plus du prix du billet. Ce principe s’inspire des compagnies low cost, non sans lien avec d’autres dynamiques à l’œuvre dans l’hôtellerie ou la location de voiture. Comment le voyage d’affaires appréhende-t-il cette vague de fond en passe de traverser l’Atlantique ? Cette semaine, la parole est donnée à des acteurs clés du secteur.
Par La Rédaction -
Outre-Atlantique, les “ancillary fees” (les frais ancillaires ou frais annexes en VF) ont contribué à sortir le secteur aérien de la crise. Depuis 2009, ces services additionnels facturés en plus des billets ont généré des milliards de revenus pour les compagnies. Pour l’année dernière, le cabinet IdeaWorks a ainsi estimé à 18,4 milliards d’euros les recettes ainsi engrangées par les 150 compagnies interrogées. C’était moins de 5% de leurs revenus d’exploitation, mais le montant frisait les 50% de croissance sur un an, selon Amadeus, commanditaire de l’étude1. “C’est une évolution de l’offre qui devient fondamentale, prévoit Arnaud Debuchy, son PDG pour la France. Surtout que nous préparons l’élargissement de la distribution de ces services via le GDS, et que nombre de compagnies européennes et internationales devraient se joindre au mouvement.” (voir interview).
En revenus générés, les frais liés à la politique bagages viennent en tête, notamment chez United, Delta ou American Airlines. Mais la palette des frais ancillaires est large : collation payante, embarquement prioritaire, sélection du siège, accès à des salons, frais de carte de paiement… Soit un mélange de prestations jusque-là incluses dans le prix du billet des compagnies “classiques”, mais autant de services qui étaient déjà facturés – et de longue date – par les compagnies à bas coûts.
Claire filiation avec le low cost
“La parenté avec le modèle low cost est indéniable, et le développement de ces frais ancillaires est d’abord une réaction des compagnies traditionnelles à cette concurrence qui lui prend des parts de marché, y compris dans le voyage d’affaires, assure Jean-Marc Dandurand, directeur au sein du cabinet de conseil EPSA, après des années chez Amex France. Dissocier ces services leur permet de développer une offre de billets aux prix de base plus intéressants, en tout cas avant d’ajouter les frais ancillaires en question.” La formule a fait ses preuves pour restaurer les marges des transporteurs, avec la multiplication de services facturés souvent quelques euros. Surtout quand les coûts associés sont quasi nuls pour la compagnie, comme pour le placement préférentiel.
“Les compagnies savent d’expérience que les voyageurs d’affaires seront sensibles à une offre de tarifs facialement inférieurs à ceux négociés par leur entreprise. La preuve en est le succès des billets “low fare” ou à contraintes, et la place qu’ils ont pris en quelques années dans les politiques voyages, sur fond de crise”, poursuit Jean-Marc Dandurand. Avec une différence : les fondamentaux de cette tendance un peu plus ancienne tiennent aux principes du yield management, plutôt qu’à ceux du low cost.
Prix sous pression
En filigrane du développement des low fare, et celui annoncé des frais ancillaires, figure la même pression sur les prix. “Nul doute que les outils de réservation en ligne jouent un rôle d’aiguillon, en favorisant une concurrence transparente sur les prix dans le voyage d’affaires”, relève Pierre-Emmanuel Tetaz, directeur régional Europe de Concur. Et d’ajouter que la logique de dégroupage qui structure ces services additionnels est déjà opérationnelle ailleurs que dans l’aérien. Surtout dans la location de voitures, avec la facturation à part de l’assurance, de la surcharge aéroport ou du GPS… Mais aussi dans l’hôtellerie, où la facturation de frais annexes a longtemps défié toute velléité de maîtrise et de contrôle des dépenses.
“Avec les frais ancillaires, on aura cette même problématique de rapprochement entre ce qui a initialement été réservé et le montant effectivement payé, dont les éléments sont plus ou moins bien identifiés et consolidés”, poursuit Pierre-Emmanuel Tetaz. C’est d’ailleurs l’enjeu clé des solutions end-to-end que propose Concur, imbriquant réservation en ligne et gestion de notes de frais.
Mais l’analogie avec les frais annexes à la nuitée dans l’hôtellerie n’est pas complètement recevable, selon Jean-Marc Dandurand, d’EPSA. “Qu’il s’agisse de petit-déjeuner, wifi, parking, de salle de travail ou de navette aéroport, ces services se sont d’emblée développés comme autant de marges de négociation entre les acheteurs et les hôteliers. Leur facturation est donc très variable d’un client à l’autre, ce qui n’est clairement pas l’idée pour les nouveaux services aériens”, note-il.
Les frais ancillaires empruntent ainsi à plusieurs dynamiques à l’œuvre dans le voyage d’affaires. La plus évidente est l’influence du modèle low cost, d’où l’hésitation des compagnies traditionnelles à être trop explicites dans leur stratégie. “Il ne s’agit pas de copier les compagnies low cost en tous points”, tempère Jean-Marc Dandurand. Ces dernières se sont développées sur un modèle de distribution directe sur internet, même si certaines s’appuient désormais sur les GDS pour toucher la clientèle affaires. A contrario, pour délivrer leur promesse de revenus, de prix ou de services – selon le point de vue de chacun –, les frais ancillaires devront avoir un maximum de visibilité, et donc une distribution très ouverte. D’où la mobilisation de tous les maillons de la chaîne de valeur, de la compagnie aérienne aux fournisseurs d’outils en passant par les GDS et les agences.
En utilisant notre site, vous consentez à l'utilisation des cookies.
Nous utilisons des cookies sur notre site pour stocker et/ou accéder à des informations sur votre appareil, notamment pour vous proposer des publicités et réaliser des statistiques afin d'améliorer l'ergonomie, la navigation et les contenus éditoriaux.
Les cookies analytiques nous permettent de recueillir des informations précieuses pour optimiser les performances de notre site et améliorer votre expérience utilisateur.
En acceptant les cookies, vous soutenez le travail de notre rédaction, qui vous offre des informations de qualité, tout en nous permettant de vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêt.