Peut-on se passer des vols domestiques en France ?

La dernière polémique sur le transport aérien en France émane d’une proposition de députés France Insoumise et écologiste, François Ruffin et Delphine Batho : supprimer les lignes aériennes domestiques et régionales lorsque le train peut offrir un parcours en moins de cinq heures. Coup de bluff ? Probablement, même si des aménagements sont probables…

Certains députés s'interrogent sur l'avenir des vols domestiques en France

Est-ce que le voyageur d’affaires en région devra un jour choisir entre un train SNCF ou… un autre TGV ? C’est la proposition – à peine caricaturale – que proposaient en début de semaine les députés François Ruffin (LFI) et Delphine Batho (Ecologie) lors des discussions sur la Loi d’orientation des mobilités (LOM). L’objectif serait de réduire l’impact du transport aérien sur le climat en raison d’une empreinte carbone d’au moins 60% supérieure à celle du train sur des trajets courts.

La proposition pourrait paraître bien séduisante. On sait que sur les trajets très courts, l’avion ne fait pas le poids face à des trajets de trois heures en TGV. Au-delà, l’avion garde tout son attrait. En supprimant les lignes aériennes là où le train met cinq heures, seules les lignes sur Nice (5h45 pour le trajet le plus rapide), Perpignan et la Corse échapperaient au couperet. Au total, les deux députés parlent là de la suppression de plus de 70 vols quotidiens

L’effet TGV a déjà été mesuré dans le passé sur le trafic intérieur. Paris-Strasbourg a éliminé la moitié du trafic de la plate-forme alsacienne, faisant chuter le nombre total de passagers de 2,5 millions de passagers avant l’arrivée du train à grande vitesse à 1,3 million l’an passé. La ligne Paris-Lyon est passée d’un trafic de 1,5 million de passagers à un peu moins de 640 000 voyageurs l’an dernier. Mais justement, Paris-Lyon prouve que malgré le TGV, qui met les deux villes à deux heures l’une de l’autre, il reste une clientèle pour le produit avion. De fait, le trafic aérien sur les deux villes n’a pratiquement pas bougé. En 2003 par exemple, Paris-Lyon générait 630 000 passagers…

En fait, le raisonnement des deux députés est simpliste car ne prenant pas en compte la réalité économique de l’avion. Sur le trafic intérieur, beaucoup de passagers sont en fait en correspondance sur des vols long-courriers ou des destinations peu ou pas desservies en vol direct. Supprimer les vols domestiques d’appoint pourrait en fait compromettre le rôle de hub international de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Selon les statistiques d’Aéroports de Paris, près d’un tiers des passagers sont de fait en transfert.

La disparition des vols domestiques – même si ils pourraient éventuellement être remplacés par des lignes TGV directes sur CDG – devrait pourtant avoir un effet négatif, en réduisant probablement d’au moins cinq points le trafic en correspondance.

Il faudrait d’ailleurs que la SNCF, ADP et les compagnies aériennes travaillent sur un système de transfert sans rupture de charge, offrant le même niveau de protection que sur des correspondances de vol à vol… Car l’angoisse de la rupture de charge d’un transport à l’autre est réelle. Elle pousse d’ailleurs le passager à ne pas quitter l’enceinte de l’aéroport pour ses correspondances, car il a psychologiquement l’impression de mieux maîtriser l’environnement de son voyage.

Les passagers en régions devraient donc se tourner plutôt vers d’autres hubs dans le reste de l’Europe pour gagner leur destination finale. Les autorités aéroportuaires à Amsterdam, Bruxelles, Francfort, Londres Heathrow, Madrid ou Munich se frottent probablement déjà les mains…