S. Lerendu (SNCF Gares & Connexions) : « faire des gares plus business »

Stéphane Lerendu, directeur exécutif des Grands Projets chez SNCF Gares & Connexions, revient sur les nombreuses évolutions en cours dans les grandes gares françaises.
Stéphane Lerendu, Directeur exécutif des Grands Projets et des SERM chez SNCF Gares & Connexions
Stéphane Lerendu, Directeur exécutif des Grands Projets et des SERM chez SNCF Gares & Connexions

Quels sont les montants investis par SNCF Gares & Connexions chaque année ? Quelles implantations privilégiez-vous dans les gares ?

Stéphane Lerendu – Les investissements sont de l’ordre d’un milliard d’euros par an, financés à 60% par nos recettes externes et à 40% par l’Etat et les collectivités territoriales. Les redevances commerciales ont généré 350 millions d’euros en 2024, soit une hausse de 40% depuis 2019. Les commerces sont un élément d’attractivité qui génèrent des flux dans nos gares. Nous privilégions d’abord le travel retail, c’est-à-dire la vente de boissons et de sandwichs ou les offres de restauration dotées de places assises pour apporter plus de confort aux voyageurs… La mixité des services vient ensuite à travers des commerces alimentaires, des laboratoires d’analyses, des réparateurs de vélos, mais aussi des espaces de coworking comme dans les gares de Lyon et de Saint-Lazare. L’objectif est de faire des gares plus business, des hubs de mobilité où les voyageurs peuvent se retrouver pour travailler. 

Où en sont les travaux d’agrandissement de la gare de Lyon Part-Dieu, de même que d’autres grandes villes de province ?

S. L. – SNCF Gares & Connexions achèvera en fin d’année le vaste chantier de Lyon Part-Dieu après dix années de travaux pour un montant de plus de 300 M€. Les voyageurs vont pouvoir profiter de nouveaux accès, d’un long hall de 210 mètres, d’une place arborée surmontée d’un auvent, d’un parking à vélo de 1300 places… Nous allons désormais voir ce que nous pouvons faire pour moderniser la gare de Perrache dans le cadre du réaménagement du Centre d’échanges qui vient de débuter et qui dépend lui de la Métropole. Des travaux sont également prévus d’ici 2030 à Bordeaux afin de revoir les circulations et d’aménager un pôle multimodal sur le parvis. Le franchissement des voies sera également amélioré via une passerelle qui reliera le bâtiment historique et le hall Belcier afin d’accéder notamment à la gare routière qui doit voir le jour à proximité. À Strasbourg, la création d’un pôle d’échange multimodal et une ouverture de la gare sur sa partie Ouest sont programmées. 

La rénovation de la gare de Lyon Part-Dieu sera bientôt achevée.
La rénovation de la gare de Lyon Part-Dieu sera bientôt achevée.

Avez-vous d’autres projets en région ?

S. L. – SNCF Gares & Connexions travaille également à accompagner les collectivités territoriales et les autorités organisatrices de mobilité (AOM) dans leur projet de services express régionaux métropolitains (SERM). Vingt-quatre métropoles sont labellisées, disposées à développer des réseaux de transport en commun avec une forte intermodalité et des fréquences élevées. Compte tenu de notre expertise, SNCF Gares & Connexions mène dans ce cadre des études prospectives, réalise des cartographies, liste les besoins et identifie les investissements prioritaires à opérer dans chaque gare ou halte. Notamment en ce qui concerne les circulations, le dimensionnement des quais et les connexions intermodales en fonction des trafics envisagées pour ces SERM.

Existe-t-il encore des projets de créations de gares en France ? 

S. L. – Plusieurs projets sont dans les cartons. Les premiers concernent la création de gares nouvelles sur la ligne Provence Alpes Côté d’Azur. Le permis a été déposé pour la gare de Nice Aéroport qui sera édifiée sur l’actuelle gare Saint-Augustin, pour un investissement de 130M€ . Elle sera composée d’une grande ombrière, véritable halle bioclimatique portant 2000 m² de panneaux photovoltaïques et abritant 4000 m² de jardin qui aura pour vocation d’être un îlot de fraîcheur l’été. Son inauguration est programmée en octobre 2029, juste avant les Jeux olympiques d’hiver 2030. Cette gare pourra absorber un trafic de cinq millions de voyageurs annuels et de 10 millions en 2035. Les études de conception ont ensuite été lancée concernant l’extension de la gare de Marseille Saint-Charles qui sera toute en longueur et en souterrain, pour que les TGV poursuivent leur trajet vers Nice. Elle permettra aussi de fiabiliser les horaires de la ligne, notamment pour les trains du quotidien, ces aménagements étant l’un des éléments de la mise en place d’un services express régional sur le territoire de la Métropole Aix-Marseille Provence. Dix ans de travaux sont prévus et la construction de la gare, dont le projet architectural a été validé, ne devrait débuter qu’en 2029 pour une inauguration en 2035. A un même horizon, trois gares TGV seront par ailleurs édifiées de toutes pièces à Agen, Montauban et Mont-de-Marsan sur la ligne nouvelle du Sud-Ouest reliant Bordeaux et Dax d’une part, Bordeaux à Toulouse d’autre part.

Les gares parisiennes font-elles toujours partie de vos priorités après les travaux déjà réalisés dans la capitale ?

S. L. – Plus que jamais. Le projet plus important concerne actuellement la gare d’Austerlitz avec l’aménagement d’un espace de boutiques et de restauration sous la grande halle. Nous allons commencer ensuite en septembre le réaménagement de la Gare de Lyon côté rue de Bercy afin de créer un véritable hall abritant des services, des commerces et proposant un nouvel accès au métro, la ligne 14 en particulier. La végétalisation du cours au dessus filant jusqu’au ministère des Finances est également prévue afin de donner naissance à une vraie promenade plantée. Quelques travaux d’aménagement sont aussi programmés à la Gare de Paris Est dans le cadre de l’accueil en 2027 du CDG Express qui reliera en 20 minutes la gare à l’aéroport Roissy-CDG. L’ex-hôtel Kyriad situé dans les étages de la gare sera transformé en espaces de coworking de 2700 m² et de restauration sur 400 m².

Qu’en est-il de la Gare du Nord après l’abandon du projet avec Ceetrus ?

S. L. – Notre nouveau projet est réalisé par phases. Les premiers aménagements – les plus urgents – ont été réalisés pour les Jeux olympiques de Paris 2024 en facilitant les parcours et connexions entre les différents modes de transport, et notamment les circulations verticales vers le RER, en créant une vraie station de bus ainsi qu’une desserte taxi et un vaste parking à vélo de près de 1200 places. La seconde phase, programmée entre 2026 et 2029, vise à répondre à l’augmentation prévue du nombre de voyageurs sur les lignes ferroviaires internationales. Elle prévoit notamment l’extension du terminal transmanche d’Eurostar où des travaux de rénovation sont d’ailleurs déjà en cours. Leur achèvement est prévu fin mars. La gare du Nord verra également la régénération des quais 8 à 10 de Transilien, après celle déjà réalisée des quais 7 et 8. 

Projet à la gare de Paris Lyon Bercy.

Ces travaux donnent-ils aussi l’occasion d’améliorer l’accessibilité des gares aux personnes à mobilité réduite ?

S. L. – Oui, tout à fait. 736 gares SNCF sont inscrites au Schéma directeur d’accessibilité. En 2023 comme en 2024, 60 d’entre elles ont été rendues accessibles sur l’ensemble du territoire. Et, en cinq ans, SNCF Gares & Connexions a doublé le nombre de gares accessibles en France, soit 75% du programme réalisé en 2024 et 80% de celui prévu d’ici fin 2025.

Quelle place accordez-vous aux nouveaux opérateurs ferroviaires qui viennent concurrencer SNCF Voyageurs ? 

S. L. – En tant que gestionnaire d’infrastructures, SNCF Gares & Connexions accueille les nouvelles compagnies pour peu qu’elles aient obtenu leurs certifications, des sillons de SNCF Réseaux et disposent d’un plan de transport. Nous étudions alors leurs besoins en terme d’espaces de vente, d’attente voire de salon VIP. Trenitalia dispose par exemple d’un espace de vente en Gare de Paris Lyon. Nous devons aussi leur faire de la place dans les centres opérationnels en gare.