Singapour : les hôtels passent à la reconnaissance faciale

Sous couvert d’un check-in plus efficace, Singapour lance un nouveau système de reconnaissance faciale pour identifier les voyageurs dans les hôtels. Une mesure qui pourrait rendre certains voyageurs d'affaires suspicieux...

Ascott Singapour DR
Trois hôtels de Singapour vont bientôt expérimenter la reconnaissance faciale des voyageurs

Le Singapore Tourism Board (STB) et l’Association des Hôtels de Singapour (SHA) ont récemment dévoilé une série d’initiatives visant à augmenter la productivité et l’efficacité des établissements hôteliers. La productivité a déjà grimpé de 4,5 % en moyenne chaque année depuis 2015. Mais les responsables de l’industrie touristique entendent faire encore mieux. « Pour transformer l’industrie hôtelière et soutenir nos hôtels afin qu’ils soient plus compétitifs et innovants dans une perspective de croissance durable, nous continuons à travailler en étroite collaboration avec nos partenaires de l’industrie pour améliorer l’expérience client grâce à de nouvelles solutions et initiatives », décrivait Tan Yen Nee, Directrice Hotels et Ressources Humaines pour le Singapore Tourism Board lors d’un séminaire hôtelier. Et d’ajouter : « Nous nous nous concentrons certes sur les aspects technologiques mais l’aspect humain est au cœur de l’entreprise, et la passion et les compétences du personnel hôtelier sont les moteurs de l’industrie« . Une mesure risque d’être contestée par certains voyageurs : le E-Visitor Authentication (EVA), qui permet aux hôtels de vérifier immédiatement la validité de séjour d’un client et de rendre plus rapides les procédés d’enregistrement-que Singapour indique vouloir réduire de 70%. Les hôtels participants ont la possibilité d’utiliser une technologie de reconnaissance faciale pour authentifier l’identité de leurs clients, tandis que les données du voyageur sont en même temps envoyées aux services d’immigration de la ville-Etat, qui vérifient la validité du séjour. Les échanges de données avec les services d’immigration (ICA) ont été confirmés au média en ligne Skift par le STB.

Certes, le STB et le CSA soulignent que le dispositif va permettre aux réceptionnistes des hôtels de disposer de plus de temps pour satisfaire et conseiller leurs hôtes. Donc d’offrir un meilleur service… Mais les voyageurs peuvent se demander ce qu’il va advenir des données collectées. Le ministre du commerce de l’industrie de Singapour, Chee Hong Tat, assure que la nouvelle technologie ne permettra pas d’identifier si le client est légalement dans le pays. Cela pose pourtant la question de la protection de la vie privée des visiteurs qui entrent à Singapour et de la surveillance des mouvements des visiteurs. Car que se passera-t-il si un voyageur décide à la dernière minute de changer d’hôtel pour une quelconque raison et que l’hôtel voit que ce client n’a pas été préalablement réservé ? Que faire des voyageurs choisissant une solution de partage d’appartement de type Airbnb ? Enfin, comment certains pays réagiront-ils si leurs citoyens protestent contre l’usage de leurs données privées par les autorités singapouriennes ? Interrogés par e-mail, le STB tout comme les services d’immigration ICA se renvoient la balle et renvoient à leurs communiqués de presse respectifs.

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Selon les informations du site internet de la Commission de Protection des Données Personnelles de Singapour (PDPC), les informations collectées sont protégées en vertu d’une loi datant de 2012 (PDPA). La PDPA comprend diverses règles régissant la collecte, l’utilisation, la divulgation et la conservation des données personnelles. Elle reconnaît à la fois le droit des individus à protéger leurs données personnelles, y compris les droits d’accès et de rectification, et le besoin des organisations de collecter, utiliser ou divulguer des données personnelles à des fins légitimes et raisonnables.

La loi permettra-t-elle aux voyageurs de se sentir plus à l’aise ? Le système doit entrer en vigueur quelques mois après un test dans trois hôtels de la métropole, à savoir Ascott Orchard, Swissotel The Stamford et Grand Park City Hall. Un important effort de relations publiques à l’étranger sera probablement nécessaire.

Reconnaissance faciale obligatoire pour les réseaux de téléphonie en Chine

A trois heures de vol de Singapour, la Chine a développé au fil des années un système de « suivi » de ses habitants d’une grande sophistication. De l’interdiction de nombreux sites en ligne a la surveillance des fonctionnaires par le bien d’une application vérifiant qu’ils ont bien lu sur leur portable le Quotidien du Peuple, la Chine est devenue le leader mondial du contrôle des libertés individuelles. Elle aurait d’ailleurs tort de s’en priver, dans la mesure où ses habitants ne semblent pas vraiment opposés à ces mesures…

Depuis le 1er décembre, une nouvelle étape a été franchie : tous les utilisateurs de téléphones mobiles en Chine qui enregistrent de nouvelles cartes SIM doivent se soumettre à des scans de reconnaissance faciale, conformément à une nouvelle règle. La directive, publiée en septembre dernier, exige des entreprises de télécommunications qu’elles utilisent « intelligence artificielle et toute méthode technologique » pour vérifier l’identité des personnes qui enregistrent des cartes SIM.

Cette mesure est bien sûr décrite par le ministère de l’industrie et de l’information comme un moyen de « protéger les droits et intérêts légitimes des citoyens dans le cyberespace », mais elle facilite aussi le suivi des utilisateurs de téléphones mobiles et d’Internet. La mesure suit l’obligation pour les possesseurs de téléphones mobiles d’enregistrer les cartes SIM avec leur carte d’identité ou leur passeport ou encore l’obligation de donner son identité réelle via un numéro de téléphone pour accéder à l’usage de réseaux sociaux.

Reste que beaucoup de ces systèmes de reconnaissance faciale sont souvent lancés en catimini, et que la Chine n’a pas de réglementation sur la façon dont la reconnaissance faciale peut être utilisée. Plus d’une vingtaine d’entreprises technologiques chinoises ont commencé à rédiger des normes nationales pour l’industrie. Il s’agit cependant d’un pas de plus vers une surveillance de toutes les personnes séjournant sur le territoire chinois, y compris les visiteurs étrangers.