Interview : Cédric Douls, Europcar Mobility Group

Cédric Douls, Directeur Commercial France et Directeur des Ventes B2B pour Europcar Mobility Group, fait un point sur la situation du loueur, et ses priorités pour les mois à venir, notamment pour répondre aux attentes des voyageurs d'affaires.
Europcar
Malgré l'impact de la crise, Cédric Douls se veut confiant quant à l'avenir d'Europcar et plus largement pour le marché de la location.

Comment le groupe Europcar a-t-il traversé cette année 2020 si particulière ?

Cédric Douls – Le Covid est arrivé en mars, après deux mois qui étaient extrêmement positifs pour nous en janvier et en février. Tout s’est effondré, comme pour tout le monde. Il s’est donc agi à la fois de faire face avec des mesures drastiques de réduction des coûts, de réduction de la flotte, et de travailler à la refonte stratégique d’Europcar Mobility Group. Notre précédent plan stratégique, « Shift 2023 », prévoyait de passer de trois à quatre milliards de chiffre d’affaires par an. Il a fallu tout reconstruire. Dès début mars, nous avons donc dû lancer des plans d’action à très court terme, tout en reconstruisant un plan stratégique. Ce dernier a pour nom « Connect », et il est focalisé sur le client et ses besoins. En ce qui concerne le business travel, cela signifie flexibilité, rapidité et efficacité pour les voyageurs d’affaires.

Etes-vous aujourd’hui serein pour l’avenir ? Le groupe Europcar est-il sauvé ?

Cédric Douls – Oui, Nous sommes beaucoup plus sereins à l’heure actuelle. A plus fortes raisons avec l’annonce que notre Groupe vient de faire ! Avec cet accord, qui va permettre à la fois de réduire notre dette et un apport significatif de nouvelles liquidités, c’est à la fois notre Groupe et notre plan « Connect » qui sont soutenus. Nous sommes donc en bonne position pour bénéficier pleinement de la reprise du marché quand celle-ci sera effective. On ne peut pas dire que l’on a passé la crise, le Covid est encore là, nous sommes dans un second confinement, mais qui est plus flexible, et je pense que le plus dur est derrière nous. Et avec nos différentes démarches, le fait de nous être recentrés sur le client, le développement d’offres adaptées, qui répondent à 100% aux nouveaux besoins, on est encore plus confiants de jour en jour.

Plus globalement, comment envisagez-vous le marché de la location au sortir de la crise ? Doit-on s’attendre à des faillites, des fusions ?

Cédric Douls – Il est trop tôt pour le dire. On a vu pendant la crise que beaucoup de loueurs courte durée qui avaient mieux résisté, qui avaient vu leur business décroître de façon mesurée, étaient les loueurs locaux, grâce à leur maillage régional, sans les coûts fixes d’une grosse structure comme Europcar. Ce qui est sûr, c’est que l’avenir du secteur, de notre marché, est positif et pérenne. Aujourd’hui, la mobilité occupe le 2ème rang dans le PIB mondial. En 2030, ce secteur passera au premier rang mondial en termes de PIB. La crise du COVID ralentira peut-être un peu ce mouvement, mais globalement les besoins de mobilité sont exponentiels et la possession d’un véhicule ne peut être la seule réponse face à ces besoins. La location de véhicules – que ce soit pour une heure, une journée, une semaine, un mois ou plus – a donc de l’avenir !

Quel est votre niveau d’activité aujourd’hui ?

Europcar
Cédric Douls, Directeur Commercial France et Directeur des Ventes B2B, Europcar Mobility Group

Cédric Douls – Au plus dur de la crise, nous avons connu des semaines à -80%, -85%. C’était colossal. Mais nous ne devrions pas finir l’année dans ces proportions ! Cela s’explique par les deux très bons premiers mois de l’année, et par la reprise que l’on constate depuis la levée du premier confinement. L’activité qui résiste particulièrement bien chez nous, c’est notre activité de location d’utilitaires : les périodes de confinement, quel que soit le pays en Europe, ont contribué à intensifier le développement du e-commerce et les livraisons à domicile, cela se répercute directement et donc positivement sur notre activité.

La voiture individuelle doit être plus rassurante que d’autres modes de transport sur le plan sanitaire…

Cédric Douls – Bien sûr. Toutes les études le montrent : la notion de sécurité est le point le plus important chez nos clients, avant même le prix qui prime d’habitude dans beaucoup de secteurs. Or il n’y a rien de plus sécurisant que de se trouver seul à bord d’une voiture, à plus fortes raisons en période de risque sanitaire. C’est pour répondre à ce besoin prioritaire que nous avons lancé notre « Safety Program » dès les débuts de la crise du Covid : c’est un programme qui renforce les mesures d’hygiène et de nettoyage que nous appliquons dans nos stations et dans nos véhicules. En parallèle, nous avons lancé le programme One Sustainable Fleet, qui vise à atteindre 30% de notre flotte électrifiée à l’horizon 2023 à l’échelle globale, car il faut arriver à concilier la notion de sécurité avec celle de la durabilité. Les gouvernements poussent, notamment les constructeurs via les normes CAFE Corporate Average Fuel Economy (CAFE) à baisser drastiquement les émissions de CO2. Nous avons donc décidé d’être en avance sur ce sujet, ce qui nécessite énormément de changements : il ne s’agit pas juste d’acheter des véhicules électriques, il faut notamment pouvoir les recharger. C’est pourquoi nous avons récemment conclu un accord avec NewMotion, une filiale de Shell, pour développer des bornes de recharges. Les clients bénéficieront d’une carte pour recharger leur véhicule dans tout le réseau européen NewMotion, qui est très dense.

L’autre nouveauté du groupe concerne Long term solutions …

Cédric Douls – Qu’il s’agisse du segment business ou loisirs, et en particulier dans le contexte de la crise sanitaire, le mouvement s’accélère pour passer réellement et de manière pérenne de la propriété du véhicule à l’usage. Je classe d’ailleurs dans le « car ownership » la location longue durée, parce que finalement louer une voiture sur 36 ou 48 mois, c’est un véritable engagement. Un acteur comme Europcar Mobility Group est très fort sur la flexibilité, la réactivité, la logistique. Et cela répond parfaitement à ce que l’on entrevoit déjà, à savoir accéder à un véhicule par convenance, et pour une notion de service, d’usage. Avec Long term solutions, nous poussons donc au maximum ce que nous faisions déjà avec nos offres de location longue durée, mais ici avec le moins d’engagement possible, le plus de flexibilité. A savoir un mois d’engagement, au terme duquel le client, qu’il soit BtoB ou BtoC, est en droit de faire ce qu’il veut. C’est la solution la plus flexible possible, qui répond à l’incertitude économique dans laquelle nous sommes, et qui va perdurer pendant un certain temps malheureusement. Il y a un certain nombre d’amortisseurs sociaux qui compliquent la lecture du paysage économique. Et il y aura pendant longtemps une incertitude : est-ce que la reprise sera conjoncturelle ou structurelle, donc pérenne ? Ces offres Long term solutions répondent à cette incertitude.

La crise sanitaire vous a-t-elle poussé à accélérer la digitalisation du parcours client ?

Cédric Douls – Oui, nous avons lancé des pilotes du système Key’n go et nous allons le déployer partout avec un planning adapté pays par pays. Il s’agit d’un parcours digital, sans contact et sans comptoir, pour des raisons de sécurité mais aussi de rapidité et de service clients, car cela correspond à une vraie demande, notamment de la clientèle affaires. Et cette demande va s’accélérer avec la crise sanitaire, y compris pour la clientèle loisirs.

Comment un acteur comme Europcar Mobility Group se positionne-t-il sur le dossier du MaaS (Mobility as a Service) ?

Cédric Douls – Nous disposons d’une offre globale qui est unique sur le marché. Nous sommes probablement le seul acteur à pouvoir proposer aujourd’hui une location de véhicule de quelques heures, notamment grâce à la marque Ubeeqo, à quelques mois voire quelques années. Dans l’esprit des gens, ces véhicules sont présents dans la rue en car sharing, mais Ubeeqo c’est aussi du crédit mobilité, et on voit sur la clientèle affaires que c’est un sujet qui devient de plus en plus important. Nous avons aussi les services de chauffeur avec Brunel, la location de courte durée au travers de nos différentes marques et des offres de location plus longue durée, et maintenant plus flexibles avec Long term solutions. Notre Groupe se définit comme une « mobility service company ». Notre cœur de métier, c’est le service et nous ne voyons pas la mobilité autrement. Donc je dirais que la Mobility as a Service est dans l’ADN d’Europcar Mobility Group.

Pourriez-vous diversifier encore vos activités, peut-être via de nouveaux partenariats ?

Cédric Douls – Il ne faut jamais dire jamais, mais pour l’instant il n’y a pas un besoin impérieux de le faire. Nous avons déjà une offre complète, il n’y a pas de « trou dans la raquette ». Nous nouons des partenariats, comme celui que l’on a conclu avec Telefonica et Geotab sur notre programme Connected Fleet, ou avec NewMotion pour les bornes de recharges électriques. Nous avons aussi signé un partenariat il y a quelques mois avec Bureau Veritas : ils nous aident à évaluer nos pratiques dans le cadre de notre « Safety Program ». Tout partenariat doit être gagnant-gagnant et c’est le cas.