Interview : François Cernejeski, Directeur général du Pullman Abidjan

L'hôtel Pullman Abidjan a célébré son inauguration, après une rénovation totale. François Cernejeski, Directeur général du Pullman Abidjan, explique le positionnement de l'adresse cinq étoiles du groupe Accor, et sa stratégie à l'égard des voyageurs d'affaires et de la clientèle locale.

Pullman Abidjan
Interview : François Cernejeski, Directeur général du Pullman Abidjan

Que reste-t-il de l’ancien Pullman Abidjan après cette vaste rénovation ?

François Cernejeski – La rénovation de l’hôtel Pullman Abidjan a débuté en juillet 2016. Dans un premier temps, le projet concernait principalement les chambres. L’hôtel a été fermé à partir du 14 mars 2017, avant de rouvrir fin 2018. Pour tout dire, il ne reste plus grand chose de l’ancien Pullman ! C’est plutôt un nouvel hôtel, notamment dans sa configuration. Dans l’hôtellerie de luxe, tout devient vite obsolète, même au bout de quinze ans, à la fois en termes de design, de confort, de technologies…

Quelles sont donc les principales nouveautés à retenir ?

F. C. – Nous sommes passés de 208 à 265 chambres, il y a eu une extension, avec notamment un étage supplémentaire pour proposer des suites… L’entrée manquait de lumière, nous avons donc installé l’escalier à l’extérieur de l’hôtel et tout rehaussé pour avoir une vue sur la lagune qui garantit un bel éclairage. Nous avons intégré un bar supplémentaire au niveau de la salle de restauration, un « show cooking » au niveau de la cuisine, mais aussi un spa, avec un centre de fitness. Cela fait partie des services attendus dans un établissement 5 étoiles comme le Pullman Abidjan. Nous ouvrons aussi le côté lagunaire de l’hôtel. Demain, avec le développement de la baie de Cocody, les clients pourront ainsi circuler entre les deux entrées.

une forme de cinq étoiles décomplexé

Outre les infrastructures, en quoi le positionnement de l’hôtel a-t-il évolué ?

F. C. – Nous ne voulons pas nous contenter d’héberger des voyageurs. Beaucoup d’hôtels dans le monde veulent être des lieux de vie. Ici, c’est une réalité, et cela correspond à un vrai besoin à Abidjan, qui a besoin de beaux endroits pour que les gens puissent s’y retrouver. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé les afterworks du jeudi soir, le Comedy Club « Gondwana Club », le brunch du dimanche. Le Pullman Abidjan est devenu un lieu de rendez-vous, d’affaires, de séminaires, et bien sûr d’hospitalité. C’est comme ça que nous avons souhaité positionner le Pullman Abidjan, qui incarne une forme de « cinq étoiles décomplexé ».

L’hôtel semble désormais accorder une place particulière à l’art…

François Cernejeski – Oui, nous avons installé la réception dans un endroit un peu intimiste, et installé une zone « arty » qui évolue au fil des saisons. Nous avons organisé une « art night » début avril, en même temps que l’inauguration officielle de l’hôtel, et nous souhaitons exposer des artistes, mais pas de façon classique. Cela s’inscrit dans la tendance « art & play » prônée par la marque Pullman : nous abordons l’art d’une autre façon, en le popularisant pour le rendre accessible à tous. Nous travaillons notamment avec la Galerie Eureka, qui découvre des talents et fait en sorte de mettre en valeur les artistes.

Quel est le ratio entre clientèle locale et étrangère au sein du Pullman Abidjan ?

F. C. – Aujourd’hui, l’aspect événementiel et la restauration rencontrent un beau succès. La majorité de la clientèle (60%) est une clientèle locale, qui ne dort pas à l’hôtel. C’est un ratio très étonnant si l’on regarde ce qui se passe dans les autres hôtels, où la clientèle hébergée représente le plus souvent 80% voire 90%.

Le Plateau renvoie l’image d’un quartier purement business, déserté à la fermeture des bureaux : comment un hôtel peut-il faire évoluer les choses ?

F. C. – Il faut d’abord avoir de bonnes relations avec la ville et les institutions. Il faut aussi une volonté, une dynamique. Il faut aller chercher ces clients potentiels qui sont dans les bureaux, leur expliquer qu’il se passe quelques chose au Plateau. Le quartier n’est pas du tout résidentiel, il est entièrement consacré aux affaires, les gens ont donc tendance à quitter les lieux une fois leur journée de travail terminée. Mais il y a la possibilité de capter cette clientèle, notamment en raison des problèmes de circulation à Abidjan : il faut juste avoir la volonté de s’investir. Cela demande du temps, de l’énergie, il faut en parler, faire connaitre les concepts que nous développons…

Prévoyez-vous d’autres aménagements ?

F. C. – Nous souhaitons faire vivre le côté lagunaire de l’hôtel, qui ne va pas juste se limiter à une réception : il y aura un barber shop, un bar à sirops et à café… Nous travaillons sur ce sujet, qui sera bouclé à la fin du mois d’avril. Nous allons aussi développer le volet sportif, ajouter d’autres événements pour animer l’hôtel. L’idée, c’est que les Abidjanais se retrouvent dans le Pullman, dans un établissement qui vit, où il se passe toujours quelque chose.

Les déplacements à Abidjan sont en grande majorité des voyages d’affaires : pensez-vous que la demande loisirs puisse se développer dans un avenir proche ?

François Cernejeski – Je crois beaucoup au nombre de compagnies aériennes qui vont sur l’aéroport d’Abidjan, pour tirer les tarifs des billets à la baisse. Il y a aussi les contraintes de visa, de vaccin. La destination n’est qu’à six heures de Paris, mais il y a quand même des destination plus proches et moins onéreuses : il serait donc positif que la problématique du visa soit levée.

Les projets hôteliers se multiplient à Abidjan, notamment dans le quartier du Plateau. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle concurrence ?

F. C. – Abidjan était une grande ville, c’est devenu un hub. Demain, ce sera véritablement une ville qui compte en tant que destination, c’est-à-dire une ville qui fait la différence car il y a des choses à faire, du business, et qu’il est agréable d’y séjourner. Il y a cette mixité de couleurs, de nationalités, d’ethnies, qu’on ne retrouve pas partout : on ne sait plus d’où les gens viennent. Et du fait qu’Abidjan devienne une destination qui compte, il faut ces hôtels. L’offre hôtelière ne peut pas se réduire à 700 ou 800 chambres : il faut tout un panel d’infrastructures et de services pour attirer les investisseurs, faire la différence face à d’autres destinations comme Casablanca, Nairobi, Dakar…

Comment envisagez-vous l’avenir d’Abidjan ?

F. C. – Je vis à Abidjan depuis une dizaine d’années, j’ai vu la ville grandir et ça continue : il y a le projet du tramway, celui de la baie de Cocody… Certains diront que la ville a changé de manière négative, car ils la comparent à une époque ancienne, trente ans plus tôt. Je ne partage pas cette nostalgie. Il y a un principe d’évolution. Par exemple, imaginer un tramway dans une ville comme Abidjan est quelque chose d’extraordinaire, quand on connaît toutes les contraintes de circulation. Un tramway, cela contribue aussi à davantage de sécurité, cela fixe un cadre horaire, ce qui est important pour l’Afrique, cela dépollue les axes de circulation. Cela fait partie des innovations qui changent les comportements de manière positive.