Interview : Jean-Charles Périno, La Compagnie

La Compagnie recevra en avril prochain le premier de ses deux A321neo. Jean-Charles Périno, Directeur Commercial et Marketing du transporteur 100% classe affaires, fait un point sur ce nouveau produit, et plus globalement sur la stratégie de la Compagnie.

Jean-Charles Périno
Jean-Charles Périno, Directeur Commercial et Marketing de La Compagnie

Quels changements les voyageurs d’affaires doivent-ils attendre avec l’arrivée des nouveaux A321neo au sein de la flotte La Compagnie ?

Jean-Charles Périno – Nous passons d’un appareil « tout classe affaires » à un autre appareil « tout classe affaires », avec une capacité qui passe de 74 à 77 sièges. La vraie différence, c’est donc le produit : nous introduirons des sièges-lits parfaitement plats, mais aussi une offre de divertissement à bord de dernière génération, proposant notamment un accès internet gratuit et illimité à l’ensemble de nos clients. Il ne s’agit pas d’un mode de connexion que l’on a pu voir par le passé dans l’aérien, qui « tousse » un peu, mais bien d’une connexion WiFi « comme à la maison », beaucoup plus stable grâce à Viasat. Au-delà de ça, l’A321neo est plus silencieux, consomme moins de carburant. C’est donc un avion neuf, dont nous sommes en plus la compagnie de lancement ! Mais le positionnement reste le même : La Compagnie reste le spécialiste de la classe affaires au meilleur prix entre Paris et New York.

Lors d’un précédent entretien, à l’heure d’évoquer la connectivité en vol, vous vous interrogiez sur le modèle de commercialisation…

J.-C. P. – Et je m’interroge toujours ! Le modèle économique a radicalement changé au cours des dernières années : il s’agit maintenant d’un modèle beaucoup plus efficace. Pour en tirer le meilleur d’un point de vue économique, il faut qu’un maximum de passagers s’y connectent. C’est le pari que nous faisons en tous cas. C’est une offre low-cost, qui doit pouvoir connecter le maximum de nos clients. Au même titre que nous avons démocratisé la classe affaires, nous voulons démocratiser le wifi au sein de la classe affaires.

Mais le low-cost reposait à la base sur la segmentation de l’offre, alors que vous faites ici le par du « tout compris »…

J.-C. P. – Tout n’est pas compris. Nous avons mis en place le système du transfert, qui est un service en option, tout comme l’assurance voyages. Et il y a d’autres sujets sur lesquels nous travaillons que nous pourrions proposer en option. Mais l’ADN de la classe affaires, le salon, le siège, l’expérience à bord, constitue une expérience qui repose sur le tout compris. C’est un marché qui bouge, la technologie ouvre de nouvelles possibilités, donc nous ne nous interdisons pas de faire évoluer notre offre.

Qu’allez-vous faire des deux Boeing utilisés actuellement ?

Jean-Charles Périno – Le premier A321neo arrivera en avril, pour une mise en service courant mai. Nous allons faire sortir l’un des deux 757 de la flotte, et nous nous retrouverons donc avec une flotte de trois appareils, ce qui nous permettra de développer notre activité. Il y a la possibilité des routes saisonnières, et l’activité charter suscite aussi une demande croissante, le 757 va nous permettre d’y répondre.

Le projet de nouvelles lignes saisonnières se précise-t-il ?

J.-C. P. – La réflexion est encore en cours. Mais pour l’heure notre mission consiste à réussir l’intégration de ces A321neo. Le développement de La Compagnie sur l’axe Paris-New York s’accélère, c’est une route fondamentale pour nous, et nous restons donc focalisés sur cet axe.

Quelle est l’évolution du trafic de La Compagnie en 2018 ? Y a t-il un tassement de la demande France USA en raison des tensions commerciales et politiques depuis l’élection de Donald Trump ?

J.-C. P. – Nous concernant, on ne sent pas de tassement que cela soit au départ de France ou des USA : nous connaissons un développement sur l’axe Paris – New York en ligne avec nos attentes. La proportion de clientèle américaine continue à augmenter et représente en 2018, la majorité de nos clients, à hauteur de 55%.

En quoi l’aéroport d’Orly est-il stratégique pour vos voyageurs français et américains ?

Jean-Charles Périno – Orly c’est avant tout la proximité du cœur de Paris. Pour la part la plus importante de notre trafic, la clientèle cherchant le meilleur rapport prix qualité en classe Affaires entre Paris et NY, la localisation d’Orly représente un avantage considérable. Pour nos clients dont Paris n’est pas la destination finale, Orly offre également un choix formidable de connexions vers la province et l’Europe.

Quel bilan tirez-vous du partenariat conclu il y a quelques mois avec easyJet dans le cadre de sa plateforme Worldwide ?

J.-C. P. – Nous en sommes très contents, notamment en termes de notoriété. Cela nous a donné la possibilité d’être distribué via le site easyJet, auprès d’un bassin de clientèle auquel nous n’avions pas véritablement accès, des voyageurs qui ne nous connaissaient pas vraiment. Aujourd’hui le produit s’améliore : si un « self connector » recherche par exemple un vol Toulouse-New York, nous apparaissons dans les résultats. Ce n’est pas une solution de connectivité traditionnelle : il s’agit toujours de deux contrats de transports séparés, sans partage de codes. Il s’agit d’une nouvelle façon de consommer, que les clients plébiscitent. On facilite la vie des voyageurs pour trouver la meilleure solution de voyage d’un point A à un point B, même si nous ne desservons pas ce point A. Nous croyons beaucoup à ce genre de partenariats.

Vous êtes donc optimistes pour les prochains mois ?

J.-C. P. – Nous sommes dans un environnement complexe, avec un prix du pétrole relativement élevé. L’arrivée du 321neo va aussi faire du bien à ce niveau-là, grâce aux performances opérationnelles de ces appareils. L’environnement est sujet à énormément d’incertitudes, mais nous sommes persuadés qu’avec ce modèle très concentrés sur notre cœur de cible, il y a un marché sur lequel nous comptons continuons à travailler. Il y a une forte croissante de l’offre, avec l’arrivée d’énormément d’acteurs sur la partie low-cost notamment, mais notre positionnement assez unique de la classe affaires au meilleur prix nous maintient à l’écart de cette grande guerre qui existe sur les classes économiques.