Interview : Renaud Paubelle, Président du Directoire Aéroport International de Strasbourg

Arrivé en mai, Renaud Paubelle est le nouveau Président du Directoire de l’aéroport international de Strasbourg et a dû d’emblée gérer la crise du COVID 19 qui affecte le trafic aérien. Un nouveau challenge se présente désormais avec l’annonce par Air France de la possible fermeture de quatre de ses lignes au départ de Strasbourg.

Paubelle-Strasbourg
Renaud Paubelle, président du directoire de l'aéroport de Strasbourg.

2020 restera une des années les plus difficiles pour l’aéroport de Strasbourg. Après la crise du COVID qui a arrêté l’ensemble du trafic pendant deux mois à l’exception de vols sanitaires, de fret ou de rapatriement, Strasbourg est maintenant confronté à la restructuration du groupe Air France avec l’arrêt dans un proche avenir des vols de HOP ! sur Marseille, Nantes, Nice et Toulouse. En 2022, ne resteraient à Strasbourg que des vols sur Lyon et Amsterdam assurés par le groupe Air France-KLM.

Quelles sont les conséquences du retrait du groupe Air France-KLM à Strasbourg ?

Renaud Paubelle– La contraction de l’activité d’Air France n’est certainement pas une bonne nouvelle pour nous mais ce n’est pas une totale surprise. En fait, la disparition des quatre lignes sur six du groupe ne correspond pas à une perte sèche pour l’aéroport. En effet, la compagnie régionale Volotea a depuis quelques années développer une offre conséquente à Strasbourg. Elle assure notamment des lignes sur Marseille, Nantes, Nice et Toulouse en compétition avec HOP !

Depuis 2018, Volotea est d’ailleurs devenue la première compagnie aérienne à Strasbourg avec une part de marché de 41%, devant Air France-KLM avec 36%. On a également la présence de Twin Jet sur la ligne Strasbourg-Lille qui a repris une ligne exploitée précédemment par la compagnie nationale.

Quelles pourraient être les pistes pour compenser la réduction d’activités d’Air France-KLM ?

Renaud Paubelle– On pourrait imaginer que des partages de code se mettent en place entre HOP ! et Volotea. Cela permettrait à Air France de garder une présence commerciale à Strasbourg et de donner à Volotea la possibilité de renforcer son réseau avec des fréquences supplémentaires sur les quatre villes dont j’ai parlé, de même que sur Bordeaux. Ces liaisons ont de fait un trafic affaires et loisirs important, généralement de plus de 50 000 passagers par an. Ce trafic s’explique par la position excentrée de Strasbourg par rapport au reste de la France, ce qui est un handicap pour des lignes ferroviaires rapides. Existerait-il aussi une alternative avec Transavia sur les lignes à fort potentiel loisirs ? C’est une question qu’il nous faut étudier. On cherche activement des solutions alternatives et toutes les options restent ouvertes.

Comment s’est déroulée la reprise du trafic à Strasbourg et quelles sont les perspectives sur le reste de l’année ?

Renaud Paubelle– L’aéroport n’a pas eu de vols commerciaux réguliers durant 88 jours. On a assisté à une reprise en douceur en juin, qui s’est consolidée en juillet et qui devient plus forte en août. En chiffres, l’aéroport a enregistré 10% de mouvements en juin par rapport à 2019, 38% de mouvements en juillet et nous tablons sur plus de 50% en août. On a encore peu de visibilité sur septembre et octobre. On essaie de reconstruire un avenir au jour le jour. C’est un enjeu important car il touche tout notre écosystème. Strasbourg-Entzheim génère en effet 1200 emplois sur la plate-forme…

Strasbourg pourrait-il davantage capitaliser sur l’Allemagne voisine en attirant plus de passagers ?

Renaud Paubelle– Nous avons déjà une liaison quotidienne sur Munich de Lufthansa qui est une délégation de service public dans la desserte de Strasbourg, ville européenne. L’achèvement de l’autoroute de contournement à l’ouest de la ville avec un accès direct vers l’aéroport permettra une meilleure accessibilité à l’aéroport. Il devrait réduire les temps de trajet vers notre plate-forme et faciliter en conséquence les flux de passagers en provenance d’Allemagne.