
Quelle place reste-t-il aujourd’hui aux pratiques virtuelles adoptées pendant la crise sanitaire ?
Perrine Edelman – On nous prédisait que rien ne serait plus jamais comme avant, qu’il n’y aurait plus de gros événements, de grands congrès, que les gens ne se réuniraient plus comme ils le faisaient. J’étais moi-même un peu inquiète pendant un temps. Mais c’est revenu quasiment à la normale. Par exemple, j’ai fait une étude auprès des agences PCO, spécialisées dans la gestion et l’organisation de congrès, de conférences et d’événements professionnels. Elles prévoient du tout présentiel en 2024, en laissant totalement de côté l’hybride, le distanciel. C’était déjà le cas cette année d’ailleurs : les gens ont besoin de se retrouver, donc l’incentive a sensiblement augmenté, a fortiori dans un contexte marqué par le télétravail. Il y a donc un retour à la normale, à une exception près : les sites se sont perfectionnés sur les outils de captation d’images par exemple. Dès lors, les congrès et les gros événements conservent l’idée de la captation d’images et l’utilisation de la visio. D’une part pour des présentateurs qui doivent animer un débat et qui n’ont pas pu venir. Et la captation d’images permet de rediffuser tout ou partie de l’événement. Cela permet notamment de communiquer sur les réseaux pour que l’événement dure dans le temps, et qu’on puisse en rediscuter, communiquer à nouveau dessus. Ca n’incite pas pour autant au distanciel, mais cela permet de toucher un auditoire plus large et d’utiliser son événement comme un outil de communication.
Le secteur du MICE n’a-t-il pas manqué une occasion de se réinventer ?
Perrine Edelman – On ne peut pas généraliser, mais effectivement, sur le marché des congrès scientifiques notamment, un secteur où il n’y a pas beaucoup de moyens, les agences organisatrices confirment que le modèle n’a pas évolué avec le COVID, alors que c’est un modèle en perte de vitesse… C’est compliqué parce que ces congrès se tiennent le plus souvent sur cinq jours, voire une semaine, et ils sont difficiles à financer. Il y a pas eu l’énergie pour essayer de voir le modèle autrement, et cela pose des problèmes économiques.
N’est-ce pas aux professionnels, aux agences, de pousser vers une évolution du modèle, des pratiques ?
Perrine Edelman – Bien souvent, les entreprises qui organisent leur événement ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent. C’est donc davantage à l’offre de créer la demande : le prestataire doit être force de proposition. Les entreprises sont ouvertes, à l’écoute de la nouveauté, mais par définition l’organisation d’événements n’est pas leur métier premier. Elles ont souvent le nez dans le guidon, et n’ont pas le temps de réfléchir à des nouveautés. Donc ce sera surtout aux prestataires et aux agences d’imaginer des nouvelles choses, comme ce fut le cas par le passé d’ailleurs : les activités incentive ont évolué au fil des décennies.
Quelles seront les grandes tendances à surveiller en 2024 dans le secteur du MICE, les défis qui s’annoncent, les opportunités à saisir ?

Perrine Edelman – Avec la crise sanitaire, il y a eu une vraie prise de conscience en matière d’urgence climatique. Je pense que les défis, dans l’événementiel comme ailleurs, seront axés sur cette problématique. On le voit bien : tous les palais des congrès qui sortent de terre ou qui se modernisent engagent des démarches responsables. Ce n’est même plus un choix, c’est une obligation. Et comme nous l’avions pointé dans notre étude en mai dernier, les entreprises ne sont pas vraiment force de proposition sur le sujet. Les demandes sont assez simples, voire simplistes. Et là encore, pour moi, c’est au prestataire d’être force de proposition. Il y a aussi bien sûr l’aspect financier. Les entreprises regardent davantage leur budget que leur bilan carbone, elles essayent toujours de limiter les coûts. Sur ce point, s’il n’y a que la moitié des prestataires qui jouent le jeu, ce n’est pas fair play car cela peut supposer des dépenses supérieures. Mais si 90% des prestataires jouent le jeu, il n’y a plus de problème ! Il faut aussi être réaliste : on a beau recycler ses déchets, le bilan carbone d’un événement international est forcément lourd.
Est-ce que les organisateurs d’événements ont les outils en main pour bien mesurer leur empreinte carbone ?
Perrine Edelman – C’est effectivement un sujet. C’est encore compliqué, et assez balbutiant. Unimev propose par exemple aux prestataires de les aider sur la mise en place d’outils pour le calcul du bilan carbone, de l’impact environnemental… Mais ce n’est pas encore assez rentré dans les mœurs.
2024 est aussi l’année des Jeux Olympiques. Quel impact anticipez-vous dans le secteur du MICE ?
Perrine Edelman – Pour tout dire je ne sais pas vraiment si l’événement aura un tel impact. Notamment parce qu’il a lieu sur une période relativement courte, et surtout pendant l’été. Il faut bien sûr voir plus large que la seule quinzaine des compétitions, mais la période juillet-août n’est de toutes façons pas la meilleure sur le marché du MICE. Par contre, les paralympiques ont lieu en septembre et l’événement attire aussi du monde. Je pense que les entreprises vont anticiper l’événement, en évitant d’organiser un gros congrès à Paris pendant les Jeux Olympiques et Paralympiques.
Il y a aussi la question des tarifs hôteliers…
Perrine Edelman – Effectivement, même si ça ne concerne pas spécifiquement le MICE : tout le monde sera touché. Je ne sais pas s’il y aura une marche arrière, parce que plus personne ne va vouloir réserver. C’était déjà le cas à Londres et au Japon. A tel point que les hôtels n’étaient pas remplis à Londres au final… C’est ce qui risque d’arriver aussi pour Paris 2024.

















