Interview : Stéphane Donders, Pdg de Traveldoo

Stéphane Donders, Pdg de Traveldoo, revient sur les dernières avancées de l'éditeur spécialisé dans la gestion des voyages d'affaires et des notes de frais. Et donne son analyse d'un marché travel en pleine mutation.

Stéphane Donders, Pdg de Traveldoo, affiche ses ambitions (DR)
Stéphane Donders, Pdg de Traveldoo (DR)

Quel bilan tirez-vous de l’année écoulée ?

Stéphane Donders – Nous avons encore une fois réalisé une belle année, marquée par une croissance à deux chiffres, en ligne avec les objectifs que nous nous étions fixés, c’est à dire +20%. Je ne suis pas obsédé par la croissance pour la croissance, mais c’est un élément qui reflète la dynamique de l’entreprise sur son marché. Il faut aussi souligner que nous n’avons perdu aucun client en 2017. Nous affichons un taux de rétention de 100%, et j’ai assez d’expérience pour mesurer à quel point c’est exceptionnel. Le volume de transactions a lui augmenté de 24%. La croissance de notre activité « expense » a atteint 51%. En décembre, qui est un mois propice pour le traitement des notes de frais, nous avons réalisé 60% de transactions pour le travel, et 40% pour l’expense. Il y a deux ans, le ratio était de 90% / 10%.

Comment envisagez-vous 2018 ?

S. D. – Sur la même dynamique que 2017 : il n’y a pas de raison que la croissance s’essouffle. Avec la contribution de l’expense, nous tablons sur 20% à 25% de croissance pour ce qui concerne le volume de transactions cette année. Et nous pourrons compter cette année sur la contribution des grands clients qui nous ont rejoint en 2017. Par ailleurs, nous allons également mettre en place, au cours du deuxième semestre, une solution de support en Asie et aux Etats-Unis, car nous avons des engagements contractuels. Dans cette optique, nous avons l’avantage de pouvoir nous appuyer sur le groupe Expedia.

En quoi votre nouvel outil de notes de frais modifie-t-il l’offre de Traveldoo ?

S. D. – Cette nouvelle application connaît un franc succès. Il faut l’avouer : il nous manquait un certain nombre de fonctionnalités jusqu’ici. Nous intégrons maintenant la reconnaissance vocale, la géolocalisation, et tout le processus de récupération et de soumission de la note de frais.

Pourquoi attendre la fin du mois pour traiter ses notes de frais

La gestion de la note de frais deviendrait donc enfin nomade ?

S. D. – A l’heure actuelle, le volume des transactions sur mobile n’est pas vraiment significatif. Mais le phénomène va s’amplifier, c’est quelque chose que nous suivons de très près, tout comme nos clients. L’expense sera de plus en plus traité sur le mobile, car c’est le compagnon du voyageur. Pourquoi attendre la fin du mois pour traiter ses notes de frais quand il est possible de s’en charger au fur et à mesure ?

Pourquoi n’intégrez-vous pas, comme d’autres éditeurs, la reconnaissance de caractères ?

S. D. – Effectivement, nous n’avons pas vraiment investi sur ces systèmes de reconnaissance de caractères, contrairement à certains de nos concurrents qui ont fait ce choix. Notre vision à moyen terme se base sur la virtualisation des paiements. Je pense que le reçu papier est amené à disparaître totalement. C’est déjà ce qu’il se passe avec Uber, par exemple : il n’y a aucun reçu papier, et donc aucun besoin de reconnaissance de caractères. Mieux vaut donc se projeter et imaginer à quoi ressemblera le futur du secteur plutôt que de courir après cette fonctionnalité.

Vous évoquez Uber : où en est Traveldoo dans l’intégration des nouveaux acteurs du voyage d’affaires ?

S. D. – Nous avons déjà intégré Uber depuis l’année dernière. Une équipe dédiée a été mise en place pour l’intégration de ces nouveaux acteurs. Nous regardons avant tout le niveau de maturité des API de certains fournisseurs. Dans le cas d’Airbnb, il reste à savoir s’ils se positionnent véritablement sur le BtoB, ce qui implique de proposer des API qui puissent se connecter avec les systèmes du marché, en l’occurrence les online booking tools (OBT). Pour l’instant, leur niveau de maturité sur les interfaces n’était pas suffisant. Cela changera sûrement. C’est aussi une question d’offre et de demande. A l’heure actuelle, nos clients ne nous imposent pas une pression démesurée pour accéder à ce type de contenus…

Comment définiriez-vous les relations actuelles entre éditeurs et agences de voyages d’affaires ?

S. D. – Ces relations sont très différentes d’un éditeur ou d’une agence à l’autre, car les intérêts ne sont pas les mêmes. Nous avions une très bonne activité avec American Express il y a deux ans. Cela ne surprendra personne si je dis que ce n’est plus vraiment le cas…

Qu’en pensent les clients ?

S. D. – En matière de choix technologique, ils veulent s’assurer qu’ils seront indépendants par rapport à l’agence de voyages. American Express GBT a maintenant une technologie nommée KDS. Mais ils ne peuvent pas se permettre pour autant de dire qu’ils ne travaillent plus avec Traveldoo, car nous avons de gros clients en commun, et qui veulent conserver notre outil. C’est différent chez Carlson Wagonlit, qui est davantage un intégrateur, travaillant avec tout le monde. La décision de l’entreprise est souvent tactique, voire politique : veut-on mettre tous ses œufs dans le panier SAP, auquel cas la décision est assez simple à prendre avec Concur ? Veut-on être totalement lié à une TMC comme American Express, à la fois sur l’agence et la technologie ? Il y a une forte connotation tactique dans le choix des outils aujourd’hui. La grande force de Traveldoo, c’est que l’on a prouvé que nous restions indépendants malgré notre appartenance au groupe Expedia. A mon arrivée, on m’interrogeait régulièrement sur ce sujet, et notre relation avec Egencia. Ce n’est plus le cas. Ce débat n’est plus d’actualité car le marché, les clients et les agences de voyages reconnaissent que nous avons su rester indépendants.

Les acteurs sont de plus en plus nombreux sur le marché de la note de frais : comment faire la différence entre ces différentes offres ?

S. D. – Tous ces acteurs contribuent à rendre l’offre Travel & Expense incontournable. Les débuts ont été compliqués pour les « pionniers » comme KDS, car il a fallu éduquer le marché. Pendant un moment, tout le monde trouvait l’idée intéressante, mais personne n’utilisait l’outil. Nous avons aujourd’hui l’avantage d’intégrer une plateforme T&E native, et d’avoir une solide légitimité sur le marché.

Quelles sont vos relations avec un acteur comme Dimo Software ?

S. D. – Nous avons de très bonnes relations avec eux, et nous leur fournissons la brique Travel pour compléter leur offre T&E. Nous nous sommes bien sûr demandés si nous n’étions pas en train d’armer un concurrent. Ma position est claire : il y a de la place pour tout le monde sur ce marché. Les clients de Dimo qui sont satisfaits de leur outil n’ont pas de raison de changer pour Traveldoo. Je préfère donc que ce soit notre technologie plutôt que celle d’un autre : cela nous fait du volume, du business auquel nous n’aurions pas eu accès. Cela concourt aussi à rendre le marché T&E attractif et à toucher un public plus large. Il peut arriver que l’on soit en concurrence, mais c’est aussi le cas avec d’autres acteurs.

Considérez-vous Google comme un concurrent potentiel sur le marché du voyage d’affaires ?

S. D. – Si Google décide de mettre les moyens nécessaires pour développer des fonctionnalités, il sera franchement très difficile de rivaliser. Il faudra étudier ce qu’ils vont faire, dans quel but, et identifier les technologies que l’on pourrait réutiliser.

L’heure est à l’ultra-personnalisation de l’offre business travel. Dans le même temps, des règles très strictes sur la protection des données sont mises en places. Comment trouver le juste équilibre ?

S. D. – C’est un sujet majeur, avec de grosses implications juridiques et financières. Il y a une dimension technique, qui concerne tout ce qui est lié à la sécurisation des données. Il y a aussi une dimension juridique, avec le contenu des contrats signés. D’un côté, le RGPD (NDLR: le règlement général sur la protection des données) stipule qu’il faut rendre les données confidentielles, les crypter, les protéger. De l’autre, depuis des années, tout le monde mise tout sur le cloud. C’est antinomique dans la plupart des cas. Heureusement pour Traveldoo, nous ne sommes pas dans le cloud : nous sommes une plateforme SaaS, nous savons où sont nos serveurs, en l’occurrence en France. Nous n’avons pas sous-traité la gestion de nos données à des fournisseurs, nous gérons l’ensemble du processus, tout est fait en interne. Nous avons donc déjà levé toutes les contraintes potentielles autour du RGPD. La tâche sera sûrement plus complexe pour d’autres éditeurs : si la CNIL décide d’appliquer tout de suite, stricto sensu, tout ce que prévoit le RGPD, ça peut être très compliqué pour certains.