
L’axe transatlantique avec 73 millions de sièges mis en vente durant l’été 2019 semble être plutôt mature. Depuis l’accord de ciel ouvert et les joint-ventures scellées entre compagnies américaines et européennes, les lignes aériennes se sont multipliées entre les deux continents, intégrant des liaisons impossibles à imaginer encore il y a une décennie. American Airlines a par exemple lancé cet été deux nouvelles lignes Charlotte-Munich et Berlin-Philadelphie, tandis que Delta Airlines relie durant l’été Boston à Edimbourg. Rien de bien surprenant donc à ce que la compagnie Jetblue – qui dessert exclusivement le continent américain – jette à son tour son dévolu sur le marché transatlantique. Le transporteur a l’intention de lancer plusieurs vols quotidiens vers Londres depuis New York JFK et Boston avec un Airbus A321LR, version long-courrier réaménagée pour les futurs services transatlantiques du transporteur. La classe ‘MINT’ de JetBlue va de fait être améliorée par rapport à sa version domestique, offrant des sièges-couchettes.
« Londres est la plus importante région métropolitaine que JetBlue ne dessert pas encore depuis Boston et New York et nous serions heureux de changer cela dans les années à venir. Et lorsque l’on voit les tarifs des compagnies sur ses lignes, notamment sur les classes premium, il y a de quoi rougir de honte« , expliquait récemment Joanna Geraghty, présidente et directrice générale de JetBlue.
JetBlue a bâti sa réputation sur un service aux standards bien supérieurs à la moyenne, avec des tarifs extrêmement compétitifs. En classe économique, la distance entre deux sièges atteint 86 cm, soit 12 cm de plus que sur la plupart des classes économiques des autres compagnies.
La direction de JetBlue a déclaré que son arrivée en Europe serait la « prochaine étape naturelle » de sa stratégie d’expansion. Le transporteur étudie quel aéroport londonien il souhaiterait desservir, et a déjà annoncé que d’autres seule destinations seront desservies en Europe. Paris et l’Allemagne seraient aussi en visée. « Il est temps pour les autorités régulatrices de part et d’autre de l’Atlantique de créer les conditions permettant aux petits transporteurs et aux nouveaux entrants de prospérer, au lieu de laisser les géants de l’aviation se renforcer encore davantage, grâce notamment aux joint-ventures. Si on lui donne sa chance, JetBlue peut avoir un effet énorme sur la baisse des tarifs et pour la stimulation du trafic », a encore précisé Joanna Geraghty.
L’arrivée de JetBlue se produirait dans un contexte de modération des capacités sur l’axe transatlantique. Selon les données du consultant OAG, le programme de vols transatlantiques actuels pour l’été 2019 montre une baisse de fréquence d’une année sur l’autre, la première en cinq ans, tandis que la croissance des capacités est anémique. Selon l’analyse des horaires, les fréquences sur l’axe transatlantique diminuent de 0,7% cet été pour une la capacité en hausse de +0,3%, soit un peu moins de 200,000 sièges supplémentaires. La disparition de Primera Air et de WOW Air et la fin des vols en cinquième liberté d’Air India et Kuwait Airways entre l’Europe et l’Amérique du Nord contribuent à ce résultat médiocre. L’emport par vol transatlantique s’affiche cependant en hausse à 279,5 sièges contre 260,8 sièges en 2013.
Les plus grandes compagnies aériennes du marché transatlantique – les trois grandes compagnies américaines – affichent toutes une croissance de leur capacité d’une année sur l’autre. Les capacités des compagnies américaines cet été s’affichent en hausse tandis qu’elles sont en baisse chez les compagnies européennes sur l’Atlantique Nord – à l’exception notable de TAP, Norwegian, Eurowings, Finnair, LOT Polish Airlines, Alitalia, Air France et KLM.
JetBlue victime de la querelle autour d’Air Italy ?
JetBlue devrait donc jouer les trouble-fêtes, mais la compagnie va faire face à une situation tendue entre Européens et Américains. La pomme de discorde entre Union Européenne et USA s’appelle Air Italy, ex-Meridiana, et aujourd’hui filiale de Qatar Airways. Air Italy vole vers Los Angeles, Miami, New York et San Francisco depuis Milan. Une situation que les trois grandes compagnies américaines considèrent comme une agression commerciale de Qatar Airways sur le sol américain, ce que l’Union Européenne ne comprend pas, Qatar Airways restant un actionnaire minoritaire (49%). L’éventuel suspension des lignes américaines d’Air Italy – si la plainte des trois compagnies américaines auprès de l’aviation civile américaine aboutit – pourrait se transformer en véritable casus belli pour l’Union Européenne. Qui pourrait en retour bloquer toute nouvelle ligne ou compagnie vers l’UE. JetBlue pourrait en pâtir, un paradoxe alors que la compagnie a pris la défense d’Air Italy…

















