Miami : visa pour une métamorphose

En moins d’une décennie, la cité balnéaire américaine s’est muée en super centre économique et culturel.

Pour accroître son statut de ville verte et limiter par ailleurs les embouteillages, Miami va investir 375 millions de dollars dans son système de transports en commun.

On a vraiment l’impression que la ville évolue de semaine en semaine, entonne Pascale Villet, directrice de la Chambre de commerce franco-américaine de Miami. Dès 2010, soit deux ans après la crise qui a largement frappé le Sud de la Floride, les affaires ont repris, et de plus belle.” Miami s’est métamorphosée. Longtemps considérée comme le haut lieu des “Spring Breaks”, ces fêtes de printemps rassemblant des milliers d’étudiants en quête de soleil, de plages, de strings et de bikinis, Miami est devenu une ville de créativité, d’entreprenariat, mais aussi axée sur la finance et les nouvelles technologies.

Downtown, Brickell et le Financial District, ces quartiers autrefois sans entrain que l’on désertait une fois bouclés les dossiers de la journée, font désormais les délices d’une population jeune et aisée. Habitant de luxueux condos proches des immeubles de bureaux, ils attirent avec eux une multitude de nouveaux restaurants et de boutiques design.

La ruée des grands architectes vers la baie est une signe irréfutable de ce renouveau. Zaha Hadid, la regrettée, aura signé à Miami son dernier ouvrage, le One Thousand Museum, une somptueuse tour résidentielle aux formes incurvées située face au port. Les travaux ne sont pas encore terminés que les appartements s’arrachent déjà, malgré leur prix compris entre 6 et 18 millions de dollars.

À quelques encablures, le Miami Science Museum, conçu par Grimshaw Architects, devrait ouvrir ses portes courant 2017, non loin du Perez Art Museum Miami (PAMM) inauguré en 2013 et frappé du sceau de messieurs Herzog et De Meuron. Avant cette réalisation institutionnelle, les deux célèbres architectes suisses avaient déjà construit à Miami des bâtiments résidentiels et commerciaux comme le 1111, sur Lincoln Road, un parking au look années cinquante couronné d’un restaurant et de quelques boutiques, et le Jade Signature à Sunny Isles, au nord de la ville, un condo s’élançant au-dessus de la mer.

Justement, le concept de condo “signé” faisant florès à Miami, d’autres starchitectes se sont lancés dans la mouvance : Jean Nouvel avec la Monade Terrace, une tour tout en verre qui abritera bientôt des appartements de luxe ; Renzo Piano, qui a récemment achevé dans le quartier de North Beach le Eighty Seven Park en bord de plage ; ou encore Norman Foster à Miami Beach avec le Faena House, un complexe de 41 appartements accompagné d’un spa et d’une piscine en plein cœur du quartier Art Déco.

Sur Ocean Drive, les immeubles de style Art Deco témoignent de la période faste des années 30-40. Une aura que Miami est en train de retrouver aujourd’hui.
Sur Ocean Drive, les immeubles de style Art Deco témoignent de la période faste des années 30-40. Une aura que Miami est en train de retrouver aujourd’hui. © Ludovic Maisant
Entre extravagance bling-bling et flamboyance Art Deco, le quartier ultra branché de Miami Beach.
Entre extravagance bling-bling et flamboyance Art Deco, le quartier ultra branché de Miami Beach. © Ludovic Maisant

Miami évolue quartier par quartier, je dirais même block par block”, dit encore Pascale Villet, en évoquant notamment le Design District et Wynwood, cette ancienne zone d’entrepôts transformés en galeries d’art sous l’influence des grandes foires internationales que sont Art Basel Miami ou Design Miami.

Depuis plusieurs années déjà, on estime que la ville attire environ 1 000 nouveaux habitants par mois. Ce qui explique le regain de vie de quartiers longtemps sous-exploités. La tendance a commencé à Miami Downtown, puis s’est prolongée à Coconut Grove ou Coral Gables, véritables villages intégrés à la ville. “Sur les 2,5 millions d’habitants de l’agglomération, environ la moitié est née hors des frontières nord-américaines, dans les Caraïbes, en Amérique latine, en Europe ou en Asie, et un tiers parle une langue autre que l’anglais à la maison”, précise Maria Camacho, porte-parole du Beacon Council, organisme de développement économique du comté de Miami.

Auteur de sculptures pop’art très colorées, le brésilien Romero Britto incarne l’esprit multiculturel de sa ville d’adoption. © Ludovic Maisant

La population est donc diverse, mais également plutôt jeune d’esprit. “La moyenne d’âge à Miami est largement inférieure à celle des autres communes de Floride, ce qui offre une vitalité exceptionnelle et un avantage majeur sur le plan économique”, poursuit-elle. Cette jeunesse et cette diversité génèrent en effet une très belle énergie. “Beaucoup d’entreprises dans le domaine de la tech et des softwares commencent à s’implanter ici, ce qui donne lieu à des changements profonds dans l’écosystème”, explique Jaap Donath, vice-président recherches et stratégies auprès du Beacon Council. Plus tardivement qu’à New York ou San Francisco, mais avec une célérité impressionnante, ont fleuri ici incubateurs et espaces de coworking tels WeWork ou Quest Workspace.

Les nouvelles technologies, qui n’étaient pas vraiment une priorité au début des années 2010, se transforment en secteur porteur, encouragé par une volonté forte au plan local. “On constate désormais une synergie entre le secteur privé et les universités, ce qui favorise la création de start-ups”, reprend Jaap Donath. Le salon high-tech e-Merge America, encore balbutiant il y a quelques années, connaît un succès grandissant et attire de plus en plus de visiteurs internationaux, notamment dans le secteur des Smart Cities.

En 2015, Miami a d’ailleurs obtenu le statut de “Green City”, saluant son ambition de devenir une ville durable. “Le comté de Miami est le premier des États-Unis à avoir instauré un ‘Chief Resilience Officer’, c’est-à-dire une personne responsable des situations de crise, notamment liées à l’environnement comme les catastrophes naturelles”, explique Jaap Donath. De facto, Miami est très sensible aux questions écologiques, car le problème de la montée des eaux est bien réel pour la population. Toujours plus d’efforts sont donc engagés pour imposer Miami en tant que ville verte, si l’on peut dire sous un ciel aussi bleu. Parmi les projets d’aménagement, un parc linéaire d’environ 20 km, sous le métro aérien, accompagné de pistes cyclables, devrait bientôt voir le jour, s’étendant de Miami River à Dadeland South Station.

L’avenir en bleu horizon Encouragé par l’émergence arty du quartier de Wynwood et par l’indéfectible effervescence de Miami Beach, le quartier de Brickell et son Financial District se met à revivre à son tour, avec un foisonnement de nouveaux restaurants branchés et de boutiques à la mode. © Ludovic Maisant
Encouragé par l’émergence arty du quartier de Wynwood et par l’indéfectible effervescence de Miami Beach, le quartier de Brickell et son Financial District se met à revivre à son tour, avec un foisonnement de nouveaux restaurants branchés et de boutiques à la mode. © Ludovic Maisant

Le niveau et la qualité de vie sont très agréables et les loyers restent encore abordables, du moins en comparaison de New York ou San Francisco”, reprend Jaap Donath. De plus, la présence de nouvelles industries étant de plus en plus marquée, beaucoup d’entrepreneurs étrangers décident de s’y implanter, encouragés par une fiscalité avantageuse et un décalage horaire avec l’Europe de six heures seulement. Par ailleurs, si Miami ne peut pas se targuer d’avoir des universités aussi prestigieuses que celles de la Nouvelle-Angleterre ou de Californie, des Stanford, des Harvard ou des MIT, l’université de Floride est réputée et la main-d’œuvre qualifiée en nette progression. “La diversité de la population permet d’embaucher facilement des personnes conscientes des nuances culturelles, ce qui est crucial dans un contexte de travail en lien avec l’étranger”, souligne Jaap Donath.

Carrefour des Amériques

De ce fait, Miami est un véritable hub d’échanges depuis et vers la Floride, profitant d’accords commerciaux avec les pays d’Amérique latine comme le Chili ou la République dominicaine. L’infrastructure favorise d’ailleurs ces flux internationaux. Si la Floride compte un total de 15 ports et de 19 aéroports, Miami arrive en tête de liste. Son aéroport est en effet la première plaque tournante américaine pour le fret et la seconde pour le nombre de voyageurs internationaux. Et ce hub, qui dessert aujourd’hui 135 destinations à travers le monde grâce à la présence de 90 compagnies aériennes, vient d’être entièrement repensé.

De même, le port commercial a été réaménagé afin de pouvoir accueillir plus de supertankers. Quant au terminal de croisières, qui a battu des records de fréquentation en 2016, celui-ci peut désormais recevoir entre sept et neuf bâtiments en même temps. Ce port, qui fait de Miami la “capitale mondiale de la croisière”, a pris une telle envergure que le Français Bouygues a été sollicité afin d’édifier un tunnel pour le relier au centre-ville.

Inauguré en 2014, il s’agit d’une véritable prouesse technique dans un environnement où il est difficile de construire en sous-sol en raison de la conjugaison du sable et de l’eau. Il est d’ailleurs si périlleux de s’aventurer vers les profondeurs que les parkings se déploient sur les premiers étages des immeubles.

Ce tunnel made by France marque également une volonté de désengorger une ville de plus en plus menacée par les embouteillages, conséquence de la poussée démographique et touristique. La construction de lignes ferroviaires reliant Miami à d’autres villes de Floride, notamment la ligne Miami-Orlando, attendue dès cette année, devrait aussi y participer. “Nous sommes une des rares métropoles au monde à pouvoir faire se déplacer les gens et les marchandises de manière aussi aisée”, conclut Jaap Donath.

De par sa position charnière entre les Amériques du Nord et du Sud, Miami s’impose aussi comme un hub des media, hébergeant des chaînes de télévision américaines destinées à l’Amérique latine, comme Discovery Channel, HBO ou MTV Latin America, mais aussi le Network Access Point of the Americas, un immeuble de Downtown où sont recueillis, puis dispatchés tous les appels mondiaux à destination de l’Amérique latine.

Cette belle pluralité fait de Miami une destination à part, empreinte d’exotisme, aussi bien pour les étrangers que pour les Américains eux-mêmes. D’ailleurs, la Floride a attiré 113 millions de visiteurs en 2016, tout juste 120 ans après la naissance de Miami. Une très jeune ville qui a encore bien de beaux jours devant elle.

Soleil et farniente à la terrasse de l’hôtel Standard, près de South Beach. © Ludovic Maisant
Soleil et farniente à la terrasse de l’hôtel Standard, près de South Beach. © Ludovic Maisant

Rencontre avec Kamel Mennour, galeriste

art basel miami, un point de
rendez-vous déterminant.

Mes collaborateurs et moi venons à Art Basel Miami depuis plus de dix ans. C’est un point de rendez-vous déterminant, tant pour les Américains que pour les Sud-Américains et les Européens. On vient pour découvrir des galeries américaines, mais aussi pour revoir des galeries européennes que l’on connaît déjà, sous un autre angle. Chaque année, une nouvelle formule est proposée. Il y a deux ans, le thème était celui de l’anticipation historique et politique, franchement pertinente aujourd’hui, autour d’une pièce de Huang Yong Ping, l’artiste qui a investi le Grand Palais lors de la dernière Monumenta. Tandis que l’événement de Bâle est rigoureux, celui de Miami affiche une décontraction plus méridionale, un côté festif. Chaque année, nous travaillons en amont pour trouver une formule qui donnera le ton de notre stand. Et c’est très stimulant.

Miami, c’est aussi un rendez-vous qui permet de faire se croiser des collectionneurs américains, c’est donc pour nous un passage obligé. Beaucoup d’artistes représentés chez nous peuvent ainsi prendre des contacts, tisser des relations avec nos confrères. Des galeristes américains décident de représenter nos artistes aux États-Unis et inversement : c’est l’idée du swap. Continuer à soutenir des artistes émergents fait partie de notre ADN. Nous représentons certes des stars, comme Kapoor ou Buren, mais aussi des inconnus qui percent de manière extraordinaire comme Mohamed Bourouissa. Grâce à Art Basel Miami, je n’éprouve pas le besoin d’ouvrir une galerie aux États-Unis. Le rendez-vous annuel suffit à maintenir le lien entre les continents.  »