Kenya: Berceau d'une Afrique high-tech

Kenya : Berceau d’une Afrique high-tech

Le Kenya fait face aux défis de son développement en mettant le cap sur les nouvelles technologies.

Le Kenya a pour projet de créer une Silicon Valley au milieu de la savane, baptisée Konza City.

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La compagnie nationale Kenya Airways relie Paris à Nairobi à raison de six à sept dessertes hebdomadaires. Ces vols en partage de codes avec Air France sont effectués en Boeing B787-8, de jour à l’aller et de nuit au retour. Membre de SkyTeam, Kenya Airways s’est installé au nouveau terminal 1A de l’aéroport Nairobi Jomo Kenyatta. Spécialement destiné aux compagnies de l’alliance, le terminal dispose de deux salons, Simba et Pride. Tél. : 3654 (0,34 cts/mn). Internet : www.kenya-airways.com

Formalités : Passeport en cours de validité. Depuis septembre, un visa électronique est délivré en ligne (account.ecitizen.go.ke/ visitor-registration).

Monnaie : le shilling (KES). 1 euro = 110 KES (nov. 2015).

Indicatif téléphonique : +254.

« Le Kenya est en mouvement. L’Afrique est en mouvement« . C’est par ce tweet que Barack Obama a lancé sa visite à Nairobi en juillet dernier. Ce déplacement dans le pays qui a vu naître son père avait pour cadre le Global Entrepreneurship Summit, rendez-vous entre entrepreneurs du monde entier conviés par la Maison-Blanche. Que ce sommet, le sixième du nom, se tienne à Nairobi pour son premier détour par l’Afrique subsaharienne illustre les espoirs placés dans l’avenir du Kenya. Pourtant, ce pays clé à l’est du continent ne peut compter sur les faramineuses réserves d’or et de diamant de l’Afrique du Sud. Pas plus qu’il ne profite d’une manne pétrolière à l’image du Nigeria, malgré l’exploration de gisements qui devraient être bientôt productifs. Pas de matières premières à foison donc, mais des idées qui fourmillent et une scène très dynamique de start-up qui préfigurent l’Afrique de demain.

Comme de nombreux pays du continent, le Kenya ne dispose pas d’infrastructures de télécommunications physiques optimales. Alors, le pays est passé directement à l’ère digitale. Quatre cinquièmes de ses 44 millions d’habitants possèdent un téléphone portable, un taux d’équipement similaire aux pays industrialisés. Le légendaire système D africain aidant, des entrepreneurs innovants ont développé à partir de là un florilège de solutions mobiles pour résoudre toutes sortes de problèmes du quotidien.

Moins ludiques que Candy Crush, ces applications sont surtout beaucoup plus utiles à l’image de MedAfrica, qui met à portée de main de millions de personnes les bonnes pratiques à prendre en matière sanitaire, en plus de donner la localisation des structures médicales les plus proches. Côté agriculture, un secteur stratégique, car concentrant 75 % des travailleurs kenyans, les petits exploitants peuvent connaître les derniers cours du marché grâce aux SMS envoyés par MFarm. En consultant iCow, ils trouvent une foule d’informations pour optimiser la production de lait. De son côté, l’appli M-Kopa permet à 200 000 foyers de bénéficier de l’énergie solaire et de payer cette électricité à l’heure via un smartphone.

Le Kenya en chiffres

Cette solution se fonde, pour sa partie paiement, sur la plus célèbre de toutes les applications mobiles nées au Kenya : MPesa, M pour mobile et pesa pour “monnaie” en swahili. Développée en 2007 par Vodafone et sa filiale locale Safaricom, MPesa permet de payer très facilement, par SMS, factures d’électricité, frais de scolarité, emplettes alimentaires… Et même ses impôts ! Le transfert d’argent est organisé autour d’un réseau de petits commerçants agissant en quelque sorte comme des agents bancaires. Vraie success-story à la Kenyane, MPesa a commencé à faire florès dans d’autres pays comme l’Inde, l’Afrique du Sud et jusqu’en Roumanie.

Le paiement mobile fait partie des secteurs de pointe du Kenya. En 2013 déjà, plus de la moitié de la population réglait ses dépenses via un téléphone selon le cabinet Pew Research. Aussi n’est-ce pas un hasard si Barclays et MasterCard, conscientes que le futur des services bancaires se joue aussi en Afrique, ont choisi d’implanter un “innovation lab” à Nairobi.

En ce sens, ces réseaux bancaires n’ont fait que suivre l’exemple d’IBM qui a décidé, en 2013, d’ouvrir à Nairobi son premier centre de recherches en Afrique, délivrant au Kenya le statut de meneur de la révolution high-tech sur le continent. “L’Afrique compte des millions d’entrepreneurs qui sont experts sur leurs marchés et recherchent maintenant un support technologique”, soulignait à l’époque Nick Nesbitt, directeur général d’IBM pour l’Afrique de l’Est. Supporté par un gouvernement jouant à fond la carte des nouvelles technologies, ce laboratoire a pour objectif de former les futurs talents avant – qui sait ? – de voir revenir au pays un jour prochain les cerveaux de la diaspora kenyane.

Cette année, le géant américain a lancé un incubateur en partenariat avec iHub, la communauté high-tech de Nairobi. Un des acteurs emblématiques de la tendance coworking en Afrique avec Nairobi Garage et 88mph, ce creuset high-tech a déjà vu naître plus de 150 sociétés technologiques. À travers l’IBM Innovation Space@iHub, une start-up comme Bitsoko, spécialisée dans les portefeuilles électroniques, pourra profiter du savoir-faire du groupe américain pour aller de l’avant. “Il y a un réel buzz pour la technologie au Kenya et dans toute l’Afrique au sein de la communauté des entrepreneurs. Avoir un accès plus important aux marchés globaux nous propulse dans une nouvelle ère de l’innovation africaine”, explique Allan Juma, cofondateur de Bitsoko.

Les nouvelles technologies se placent tout en haut des objectifs du plan “Vision 2030”, lancé par le gouvernement kenyan en 2008 et destiné à élever au-dessus du seuil de pauvreté une population qui pour la moitié vit au-dessous. Point d’orgue de cette ambition nationale, le projet de Konza City, une ville intelligente en cours de développement à 60 km au sud de Nairobi. Déjà surnommée Silicon Savannah, Konza City va voir se développer, sur plus de 2 000 hectares de savane, tout un écosystème high-tech avec un quartier d’affaires, des sièges d’entreprises, des incubateurs de start-up, mais aussi des universités, des logements pour 20 000 habitants et des moyens de transport avec des trains vers Nairobi et Mombasa, le grand port du pays. Les premiers bâtiments devraient sortir de terre en 2017, et le coût total du projet oscille entre 10 et 15 milliards de dollars sur 20 ans. Le pays a un espoir : que cette Silicon Savannah ne soit pas un de ces grands travaux publics inutilement chers et voués à l’oubli. Un éléphant blanc en quelque sorte…

Cap sur les énergies vertes

Implanté au Kenya depuis plusieurs années, Google s’intéresse au devenir digital du pays. Mais pas seulement : Google est aussi partie prenante du consortium Lake Turkana Wind Power. Au milieu d’un paysage lunaire balayé par les vents, le plus grand parc éolien d’Afrique devrait bientôt produire près de 20 % de l’électricité du pays. Alors que cette énergie est essentielle pour lever les freins à son développement industriel, le Kenya peut également compter sur les vapeurs enfouies sous la vallée du Rift pour poursuivre l’extension de l’Olkaria Geothermal Power Plant, une des plus grandes centrales géothermiques du monde.

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IBM est partenaire de iHub, un écosystème high-tech duquel sont sorties nombre d’applications mobiles innovantes ; notamment Ushahidi, une plateforme de cartographie née à la suite des troubles post-électoraux de 2007 et qui fait aujourd’hui référence sur tous les lieux de crise dans le monde pour venir en aide aux sinistrés.

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