A. Masson (Tourisme et Handicaps) : « des évolutions, mais aussi des retards »

Présidente de l'association Tourisme et Handicaps, Annette Masson note des avancées pour l'accueil des voyageurs en situation de handicap, même si tout n'est pas à la hauteur de ses attentes.
Annette Masson, présidente de l'association Tourisme et Handicaps.
Annette Masson, présidente de l'association Tourisme et Handicaps.

L’accueil des visiteurs en situation de handicap lors des Jeux olympiques et paralympiques est-il à la hauteur de vos attentes ?

Annette Masson – Heureusement, il y a des choses qui ont évolué. Mais du retard a été pris sur beaucoup de dossiers, notamment pour des raisons économiques. Il aurait fallu donner du temps au temps. Certaines choses auraient pu être lancées depuis plusieurs années, la candidature de Paris ayant été retenue en 2017. Depuis 2019, on talonne le comité d’organisation pour les inviter à faire bouger les choses non seulement à destination des sportifs qui, c’est certain, seront très bien encadrés, mais aussi à destination des visiteurs. D’où des déceptions sur certains points.

Pour autant, de nombreuses avancées ont été faites en perspective des JOP.

A. M. – Les acteurs touristiques ont en effet pris conscience que cette clientèle pouvait être intéressante pour eux, que c’était une niche comme les autres. Des efforts ont été faits, mais ne sont pas tout à fait à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer. Par exemple, les établissements hôteliers n’ont commencé que l’an dernier à se dire qu’il fallait s’y mettre. Mais les travaux ne se font pas comme ça, du jour au lendemain. Je trouve qu’ils se sont mis en ordre de marche un peu trop tard.

Vous pensez entre autres au groupe Accor, qui vient pourtant d’annoncer la labellisation de ses hôtels « Tourisme et Handicap » ?

A. M. – Accor annonce en effet que 80 hôtels ont été labellisés « Tourisme et Handicap » et que, au total, 380 ont entrepris les démarches pour l’être. Il aurait fallu le faire il y a deux ou trois ans. Cependant, il faut reconnaître qu’Accor devient un bon élève en la matière. La direction générale du groupe met la pression pour accélérer les choses. Accor a par exemple conçu un très belle formation e-learning sur l’accueil des voyageurs PMR faites par des collaborateurs en situation de handicap, et non des comédiens comme souvent. Elle est très bien faite, mais là aussi, elle n’a été proposée qu’en décembre dernier. Je ne suis pas sûre que leurs milliers de collaborateurs aient tous eu le temps d’être sensibilisés.

Si les choses mettent du temps à se mettre en place, êtes-vous optimiste quant à la continuation de ces avancées après les JO ?

A. M. – Des choses sont en train de se faire. Il faudra prendre son bâton de pèlerin pour continuer à améliorer les choses qui doivent l’être et capitaliser sur cet événement. Je note par exemple un engouement avec des lieux qui demandent à être labellisés « Tourisme et Handicap » comme la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe ou Les Folies Bergères. Bien sûr, surtout pour la tour Eiffel, ça ne se fera pas tout de suite. Mais des évaluations ont déjà été faites, une feuille de route a été définie. On va être derrière pour qu’ils la suivent.

L’accessibilité des transports publics est évidemment un enjeu majeur pour les voyageurs en situation de handicap. Avez-vous vu, là aussi, des améliorations ?

A. M. – Le métro reste un point noir, mais beaucoup de choses ont été faites par ailleurs. Les bus parisiens sont par exemple tous accessibles. Cependant, ces efforts peuvent être annulés par ces voitures qui se garent le long des trottoirs et empêchent les bus de laisser sortir une personne en fauteuil roulant. Comment limiter ces incivilités ? C’est un des problèmes à résoudre. De la même manière, des ascenseurs ont été installés dans de nombreuses stations, ce qui est parfait. Revers de la médaille, je vais prendre un exemple vu récemment à la gare d’Asnières avec un ascenseur qui venait de tomber en panne, le seul du quai. Verdict : sa réparation est prévue cinq jours plus tard. Les avancées sont là, mais si derrière, il n’y a pas de maintenance, de réactivité pour une intervention d’urgence, c’est problématique… Je croise les doigts pour que ça n’arrive pas pendant les Jeux.

Comment voyez-vous les services d’assistance mis en place dans les gares et les aéroports ?

A. M. – Ils fonctionnent relativement bien dans l’ensemble. Mais, pour ce qui concerne les gares, les voyageurs ont l’obligation d’être là longtemps à l’avance, au moins 30 minutes avant le départ pour ensuite être « parqués » – c’est le sentiment qu’ils ont – dans une salle, sans pouvoir prendre un café ou s’acheter à manger. Des voyageurs qui ont, aussi, peur de ne pas être conduits au train à temps ou d’y être oubliés à l’arrivée. Voilà des choses qui peuvent être encore améliorées.

ADP souligne que les voyageurs accrédités aux Jeux Paralympiques auront droit à la mise à disposition systématique de leur fauteuil roulant personnel depuis et jusqu’à la passerelle de l’avion. Avant que ce service ne soit étendu à tous. Une évolution positive selon vous ?

A. M. – Oui, là aussi, c’est très bien. Mais encore faut-il qu’il ne soit pas abîmé. C’est un des soucis concernant le transport aérien : de nombreux fauteuils arrivent en mauvais état, avec des roues voilées, des éléments cassés, parce qu’ils sont jetés dans les soutes ou sur les tapis. Et on ne sait jamais si le problème est survenu au départ ou à l’arrivée. Tout le monde se rejette la faute. Dès lors, comment faire pour qu’on les retrouve en bon état ? Je vais prendre l’image des caissons destinés aux animaux. Pourquoi ne pas trouver une solution de ce type pour les fauteuils, autour d’un modèle universel ? On me répond souvent qu’il faudrait d’abord que toutes les compagnies s’entendent. C’est un sujet récurrent, sur lequel il n’y a pas d’actions communes de la part des associations aériennes et aéroportuaires.