
Un an après le rachat d’OfficeRiders, quel bilan en tirer ?
Nathanaël Mathieu – Nous avons pris un an à gérer la fusion des deux entités. Il fallait résoudre une vraie question d’identité — au niveau des équipes, au niveau technique. L’objectif, quand Worklib a racheté OfficeRiders, était d’intégrer une couche supplémentaire en termes d’expérience utilisateur à l’expérience historique de Worklib, qui était plutôt B2B, OfficeRiders étant vraiment centré sur l’utilisateur. L’idée était d’arriver à créer une plateforme unifiée. Ça nous donc a pris un peu moins d’un an.
Et c’est donc OfficeRiders qui l’emporte comme nom de marque…
Nathanaël Mathieu – Le choix était pour nous assez évident. On avait en tête, dès le rachat, que la marque OfficeRiders avait une plus grande notoriété, et qu’elle était plus conforme à notre envie de travailler sur l’expérience. Aujourd’hui, nous assumons d’avoir une marque OfficeRiders avec une nouvelle plateforme dont l’entrée est très axée sur les expériences et l’utilisateur, mais qui dispose d’un catalogue d’espaces beaucoup plus étoffé, combinant tout ce qu’il y avait sur Worklib et sur OfficeRiders. Et qui garde, au niveau technique et administratif, toute la capacité à gérer les entreprises, qui était vraiment l’apanage de Worklib.

Quand vous parlez de B2C, quel type de clients ciblez-vous ?
Nathanaël Mathieu – En effet, le terme B2C pourrait paraître impropre : c’est une clientèle professionnelle, mais avec des usages portés par des individus, c’est-à-dire hors contrat signé avec des entreprises. Typiquement, un manager qui réserve un espace pour organiser une journée d’équipe : il le fait au nom de son équipe, mais en direct, sans accord-cadre. Cette clientèle vient directement sur le site parce qu’elle recherche des espaces, des expériences, des lieux de formation.
Un mot revient dans vos communications : « workspitality ». Comment définissez-vous ce concept ?
Nathanaël Mathieu – C’est la convergence entre le monde du « workplace » et celui de l’hospitality. On se définit comme l’intersection entre ces deux mondes : un monde très axé sur l’événement et la réunion, et un monde historiquement très axé sur le bureau. Avec le travail hybride, on a vu de plus en plus de collaborateurs sortir des espaces de travail. Au début, des télétravailleurs qui cherchaient du coworking ou de petites salles de réunion. Et depuis deux ans, nous avons vu progresser des besoins de formation, de cohésion, d’apprentissage, d’innovation, des besoins qui ne peuvent pas forcément être traités au bureau. Pour ces usages-là, au-delà de l’espace de travail, il faut des services, un accueil et une expérience spécifiques. C’est pour ça qu’on a commencé à sourcer des lieux atypiques : des appartements, des galeries, des hôtels. Tout ce qui permet d’apporter quelque chose de plus à l’expérience de réunion.

Vous avez donc élargi votre catalogue, et enrichi les services proposés…
Nathanaël Mathieu – Exactement. On comptait 20 000 espaces en 2024, plutôt tournés autour du coworking et des bureaux privatifs. On a élargi l’offre pour arriver à un catalogue plus large et plus inspirant. Et en parallèle, on a décidé de répondre à des nouveaux usages en plein essor : la réunion, la formation, le petit événementiel. Le rachat d’OfficeRiders nous a apporté ces nouveaux espaces, mais aussi la capacité à ajouter des services de manière totalement digitale : boissons, matériel de vidéoprojection… Notre sujet, c’est de créer une plateforme capable d’apporter espace et service de manière instantanée, avec des tarifs fixes et transparents. Pas de devis, pas d’allers-retours. Ce qu’on affiche, c’est ce qu’on facture.
Quel est le plafond en nombre de participants ?
Nathanaël Mathieu – Généralement, on ne dépasse pas 80 participants. C’est lié à la promesse d’instantanéité : aujourd’hui, 72 % de nos réservations sont instantanées. Dès que vous allez sur des événements complexes, très sur mesure, avec des déplacements, de la nuitée, ça devient quasiment impossible à digitaliser en temps réel. Il y a trop de paramètres. En restant sur du small event, avec des partenaires avec lesquels on a des accords sur des tarifs fixes, on peut jouer sur l’instantanéité.
Quel regard portez-vous sur le contexte concurrentiel dans cet écosystème du MICE ?
Nathanaël Mathieu – Nous venons d’un marché qui est celui du workplace on-demand, qui est un petit marché avec peu de concurrence. Nous nous sommes consolidés de manière assez agressive depuis quatre ans avec plusieurs rachats comme Neo-nomade ou Deskalot, puis d’OfficeRiders. Sur la partie workplace on-demand, on a réussi à créer une plateforme qui est numéro un sur son marché en Europe. Maintenant, nous élargissons notre spectre. Nous sommes conscients que l’on va rencontrer plus de concurrents. Mais notre différenciation, elle est claire : on apporte aux clients workplace la visibilité sur leurs dépenses small event et réunion, qui aujourd’hui rentrent dans des budgets que les directeurs immobiliers ne voient pas et ne maîtrisent pas. On veut intégrer ces dépenses dans une logique workplace globale. C’est un vrai plus qu’on apporte, en plus de la promesse expérientielle.

Comment garantir la qualité de l’expérience dans 40 000 lieux ?
Nathanaël Mathieu – C’est tout le travail que l’on a mené depuis un an et demi. On a fait un gros travail de curation de notre catalogue. On a intégré des critères de qualité, rendu publiques les notations utilisateurs. Et à partir du mois prochain, on attribuera des labels « Superhost » — un peu comme sur Airbnb — aux lieux qui atteignent nos critères sur le taux de réponse, la capacité à être en instantané, les niveaux de satisfaction. En contrepartie, on baisse nos commissions pour ces lieux-là. Et pour nos grands comptes — on en a environ trois cents —, nous créons des réseaux sur mesure. Chaque client n’a pas accès aux quarante mille lieux : on lui construit un réseau filtré selon ses critères propres, que ce soit sur les gammes de prix, les niveaux de qualité, l’accessibilité PMR, la certification Qualiopi… Aucun client n’a le même catalogue. Ça améliore considérablement l’expérience utilisateur.
C’est ce que vous appelez un « moteur de matching intelligent » ?
Nathanaël Mathieu – Il y a un double niveau d’intelligence. Le premier, c’est ce sur-mesure client, qui est historique chez nous depuis Worklib et Neo-nomade. Le second, c’est le chatbot conversationnel — la force historique d’OfficeRiders — avec des recommandations basées sur les usages. On a identifié des usages types : s’aligner, créer, se concentrer, apprendre. Tout notre travail a été de tagger chaque espace selon ces usages, pour être meilleur dans le matching. On dit souvent qu’on passe du lieu au moment. On n’est plus une marketplace d’espaces, on devient une plateforme d’usages. Et ça prend tout son sens avec la montée des agents conversationnels : demain, une IA ne cherchera pas une adresse, elle cherchera un usage. On sera en capacité de répondre à ce besoin.

À quoi correspond exactement l’offre « OfficeRiders for Business » ?
Nathanaël Mathieu – C’est l’offre dédiée aux entreprises. Sur la marketplace classique, l’accès est gratuit — notre modèle, comme toutes les plateformes, repose sur des commissions auprès des espaces. Sur la partie entreprise, les sociétés paient une licence et des frais de service. Ça leur donne accès à un outil permettant de définir des plafonds budgétaires, de suivre les usages, et surtout de créer ces fameux réseaux sur mesure.
Quelle est la place des hôtels dans votre catalogue ?
Nathanaël Mathieu – Ils représentent environ 15 % de notre catalogue aujourd’hui, peut-être moins que sur d’autres plateformes du secteur. Mais notre ambition avec eux est différente : on ne veut pas juste les aider à remplir leurs grandes salles de conférence. On veut aller chercher dans leurs espaces communs — lobbies, lounges, bars — des usages de travail qui sont attendus par les équipes mais qui n’ont pas encore de solution adaptée. On a été les premiers, grâce à OfficeRiders, à transformer des appartements en espaces de travail. On peut faire la même chose avec des espaces hôteliers sous-utilisés : les rendre générateurs de valeur sur des créneaux qui sinon restent vides.
La relation avec Accor semble s’approfondir. Pourquoi maintenant ?
Nathanaël Mathieu – Des choses avaient déjà été faites — Worklib était intégré à l’univers ALL, les utilisateurs pouvaient bénéficier de réductions. Maintenant, on va plus loin. L’idée, c’est de s’intégrer dans l’écosystème de fidélité ALL+ : les membres du programme pourront bénéficier d’un accès à tarif réduit dans tous les espaces OfficeRiders. Et on regarde comment permettre à nos propres utilisateurs d’accéder au programme de fidélité ALL. On a déjà établi une connexion instantanée avec Wojo et avec plus de deux mille hôtels Accor. L’objectif, c’est d’étendre ça à l’ensemble de leur parc. Le tout en gardant notre entière indépendance.
Quelle est votre feuille de route pour 2027, d’un point de vue technologique ?
Nathanaël Mathieu – On sort de deux années très axées sur la consolidation. Maintenant, on est sur une logique de croissance organique. Et pour nous, s’intégrer dans le quotidien des équipes, ça passe par être présent dans leurs outils du quotidien. Demain, vous devez pouvoir demander dans votre Slack ou votre Teams : « Fais-moi une recommandation d’espace pour une journée d’équipe« , et obtenir une réponse instantanée et pertinente. C’est la suite logique de tout le travail fait sur notre base de données — la rendre facilement accessible par une API et, demain, par des agents conversationnels. On assume qu’on n’est plus seulement une marketplace : on veut devenir un outil du quotidien qui fluidifie l’identification du bon lieu pour le bon moment.

















