
Comment est né le projet worklib, et avec quelle ambition ?
Charles Vestur – Worklib a été créé en juin 2021. Et très tôt, nous avons reçu un investissement du groupe Accor, qui est actionnaire minoritaire. Le groupe Accor avait la volonté de développer des espaces de travail dans ses hôtels, comme c’est le cas avec Wojo. Ayant quelque peu manqué le virage Booking ou Airbnb, il y avait la volonté de ne pas rater ce tournant, car il y a aussi forcément la place pour une plateforme de distribution des espaces flexibles. D’où leur investissement dans le projet worklib, avec la volonté de monter le futur leader mondial de la réservation d’espaces de travail. Comme Booking ou Airbnb ont pu l’être sur l’hébergement.
Vous assumez donc déjà viser le leadership mondial ?
Charles Vestur – Oui, tout à fait. C’est notre ambition, et nous nous en donnons les moyens. Nous sommes déjà bien présents sur le territoire européen. Nous sommes capables de gérer des réservations partout dans le monde grâce à notre plateforme. Évidemment notre densité d’espaces reste beaucoup plus importante en France. Aujourd’hui, worklib, c’est 20 000 espaces de travail, dont 6000 en France. Mais nous commençons progressivement à avoir une offre à l’échelle mondiale, que nous sommes capables de densifier en fonction des besoins remontés par nos clients.
Quels sont vos objectifs en termes d’offre ?
Charles Vestur – L’objectif est d’atteindre la barre des 50 000 en fin d’année, avec une attention particulière accordée à l’international car notre couverture du marché français atteint déjà 96 % du territoire.
Comment décririez-vous l’état actuel du marché sur lequel vous vous positionnez ?
Charles Vestur – On sent qu’il y a une opportunité en Europe parce qu’il n’y a pas vraiment d’acteur très installé. La concurrence sera plus forte au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, qui sont des marchés plus matures, et donc également des cibles pour nous. En France, nous sommes relativement seuls, le marché a encore besoin de mûrir.
Au-delà de l’investissement, que vous apporte le groupe Accor ?
Charles Vestur – Accor nous accompagne à plusieurs niveaux. Evidemment, c’est un client depuis les débuts de worklib ou presque. Il y a aussi le sourcing d’espaces de travail : nous avons des accès privilégiés en API avec Wojo, qui nous permettent de sourcer cet inventaire et de le distribuer plus efficacement que nos concurrents. Nous travaillons très bien avec Wojo, on fonctionne en bonne intelligence avec eux, tout en restant agnostiques, je tiens à le préciser. C’était un postulat fort de départ : worklib a vocation à devenir une plateforme leader mondiale, qui ne privilégie en aucune façon le réseau d’Accor ou de Wojo.
Qui sont vos interlocuteurs au sein de l’entreprise ?
Charles Vestur – La difficulté, c’est que cela touche aux fonctions RH et immobilière, qui sont historiquement très éloignées. Avec le télétravail, le développement du travail hybride, les deux sujets se sont retrouvés à devoir communiquer, mais pas toujours de manière optimale. Pour pouvoir vraiment avancer, il faut mettre tout le monde autour de la table. Accorder deux jours de télétravail à ses collaborateurs, c’est un sujet RH, mais qui a aussi des impacts très concrets sur l’immobilier, les surfaces de bureau dont on a besoin. Nous essayons d’accompagner les entreprises dans ces réflexions-là. Il s’agit de comprendre comment les espaces de travail plus flexibles peuvent être à la fois un levier d’engagement des collaborateurs, et faire partie intégrante d’une stratégie immobilière pour réaliser des économies.
Quel est l’intérêt pour les opérateurs de coworking de passer par un intermédiaire comme worklib ?
Charles Vestur – D’un point de vue flux business, il est nécessaire pour ces opérateurs d’avoir non seulement leur propre force commerciale évidemment, mais aussi de s’appuyer sur des intermédiaires comme nous pour générer du business.
L’activité de worklib ne se limite pas aux espaces de coworking…
Charles Vestur – La réservation d’espaces de travail s’articule autour de deux typologies. La première concerne les espaces tiers, extérieurs au bureau : coworking, hôtels, et toute une variété de lieux que l’on pourrait adresser demain, comme des appartements ou des restaurants. Evidemment, nous avons commencé par les espaces de coworking parce que c’est leur métier d’accueillir des télétravailleurs. C’était donc aussi plus simple pour nous d’un point de vue sécurité des opérations. Mais notre ambition est vraiment d’aller au-delà des espaces de coworking pour proposer l’offre la plus diversifiée possible à nos utilisateurs, qui puisse répondre au plus grand spectre d’usages possible. En marge de cette typologie des espaces tiers, puisque réserver une salle de réunion qu’elle soit dans un espace tiers ou au bureau, c’est pareil, nous proposons aux organisations de réunir dans une seule application tous les espaces de travail disponibles pour leurs collaborateurs et donc de modéliser aussi les espaces du bureau dans notre application. Cela permet aussi d’avoir des statistiques sur le taux d’utilisation des espaces, par typologie, par équipe…
Avez-vous vocation, à terme, à ouvrir vos propres espaces ?
Charles Vestur – Non, pas du tout. De la même manière que Booking, à ma connaissance, ne dispose pas d’hôtel en propre.
Quelle est votre feuille de route en tant que nouveau CEO ?
Charles Vestur – Nous avons un premier sujet sur le positionnement, en couvrant de plus en plus d’usages associés aux espaces de travail flexible. Jusqu’ici, nous traitions 3 typologies d’espace : l’open space, le bureau privé et la salle de réunion, avec des usages assez standards, qui étaient un point de départ évident pour nous. On a commencé à développer avec succès un usage un peu plus « événementiel » : faire une journée en tant qu’équipe dans un coworking, un hôtel, pour créer de la cohésion. Cela implique d’ajouter un peu de de service, notamment une offre de restauration, ce que nous sommes capables de faire. Le spectre des usages est assez infini.
Le terme de coworking est très vaste. Y a-t-il des engagements sur un service minimal garanti dans les espaces référencés par worklib ?
Charles Vestur – Nous avons quelques critères de qualité minimum, ne serait-ce qu’au niveau des photos, avec un contrôle manuel. Mais notre but, c’est aussi d’être capable de proposer une grande diversité espaces. Parfois un professionnel en mobilité n’a pas forcément besoin d’un espace très qualitatif, il attend surtout de la proximité. Nous essayons donc de ne pas être trop restrictif. Mais nous proposons une capacité de filtrage assez avancée pour trouver les bons espaces en fonction de l’usage. On peut par exemple opter pour la lumière naturelle, des équipements précis comme un rétroprojecteur…
Y a-t-il un système de retour utilisateur, de notation ?
Charles Vestur – Nous collectons ces retours d’expériences, mais nous ne les affichons pas encore sur la plateforme. Sans doute serons-nous amenés à le faire.
Quid de la dimension événementielle que vous évoquiez ? Est-ce une piste de développement prioritaire pour worklib ?
Charles Vestur – Nous faisons vraiment la distinction entre le gros et le petit événementiel. Souvent, il y a un seuil de budget au-dessous duquel ça sera directement à la main des managers. Pour ce petit événementiel d’équipe, le parcours est 100% digitalisable : il s’agit d’un espace et d’un petit peu de service. A partir d’un certain seuil, il va y avoir une équipe événementielle dédiée qui sera en charge de l’organisation car le process devient très manuel. C’est un peu moins notre volonté, même si nous avons quelqu’un en interne qui peut gérer des demandes complexes. Certains clients nous ont bien identifiés comme leur interlocuteur unique, et nous aimons pouvoir répondre à leurs demandes pour soigner notre relation avec eux. Mais nous n’avons pas de stratégie pro-active là dessus. Notre stratégie tourne vraiment autour de la plateforme et de tout ce que l’on peut digitaliser.
Quel regard portez-vous sur le rapport au bureau et l’équilibre avec le télétravail dans ce monde post-Covid ?
Charles Vestur – Il y a eu une sorte de balancier : après s’être engagée très fortement dans le télétravail avec la crise sanitaire, des entreprises veulent resserrer la vis, dans des proportions différentes entre les États-Unis et la France d’ailleurs, parce que les Américains étaient allés vraiment loin dans le télétravail, et maintenant certaines entreprises prennent des positions très radicales. Des employés « full remote » se sont vus imposer de revenir trois jours par semaine au bureau. Bien sûr, ça change la donne, en particulier pour ceux qui avaient déménagé. Mais de notre point de vue il faut véritablement trouver un équilibre entre le bureau, le domicile et les lieux tiers. Notamment car cela répond à des usages différents. C’est tout le sens de notre plateforme : proposer tous les espaces de travail d’une organisation pour être capable d’orienter le collaborateur vers le bon espace en fonction de l’usage. Forcément, le projet worklib a aussi été inspiré par cette dynamique post-crise : on voit qu’il y a de la complexité, et il faut des spécialistes pour la gérer. Finalement, de notre point de vue, c’est encourageant de constater que les entreprises ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent faire, et que nous pouvons les accompagner. Au-delà de la solution technologique qui est notre cœur d’activité, nous réfléchissons d’ailleurs à un peu plus loin dans cet accompagnement.




















