
Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 ?
Julie Coker – Le nombre de visiteurs à New York est en légère augmentation avec 64,7 millions l’an dernier, contre 64,5 millions en 2024. Ce qui a vraiment tiré ce résultat cette année par rapport à l’année dernière, c’est le tourisme de loisirs domestique. En plus de la Californie qui est un marché émetteur important, New York profite d’un très fort marché de proximité en voiture, étant à quatre ou cinq heures de routes de Washington comme de Boston. Vous pouvez aussi prendre le train très facilement.
La célébration du 400e anniversaire de New York l’an dernier a-t-elle eu aussi un impact sur ce point ?
J. C. – Absolument. Un fort accent a été mis sur le storytelling autour de la ville, la façon dont elle continue à créer, à écrire l’histoire. D’autres éléments sont aussi venus renforcer cette attractivité. La Frick Collection a rouvert après plusieurs années de rénovation. Broadway a connu une année 2025 record en accueillant beaucoup de stars, en particulier pendant les cinq premiers mois de l’année. C’est une attraction clé pour New York, car vous ne pouvez voir une pièce de Broadway qu’à Broadway. Tout cela a stimulé la demande pour le tourisme de loisirs domestique, notre segment leader l’an dernier, devant le tourisme d’affaires, puis le tourisme international.

Le tourisme d’affaires à New York s’est-il enfin remis de la pandémie ?
J. C. – Le tourisme d’affaires revient plus lentement que nous l’avions prévu. Nous ne sommes donc pas encore revenus au niveau pré-Covid. En 2025, nous prévoyons de terminer l’année à 12,5 millions de visiteurs pour raisons professionnelles, contre 13,6 millions de visiteurs en 2019, avant la pandémie. Au début de 2024, nous étions optimistes et espérions que 2025 nous permettrait de retrouver les niveaux pré-pandémie. Nous pensons aujourd’hui que cela prendra un peu plus de temps. Mais, et c’est une bonne nouvelle, nous continuons quand même de voir une légère croissance d’une année sur l’autre.
Comment expliquez-vous cette reprise plus lente ?
J. C. – C’est lié en grande partie au travail à distance, au fait de pouvoir se réunir sur Zoom au lieu de se rencontrer en personne. C’est le facteur le plus important à mes yeux, mais je pense qu’est le cas partout ailleurs. Aucune ville n’est revenue à son niveau d’avant. Nous voyons tous qu’il y a beaucoup plus de monde au bureau les mardis, mercredis et jeudis, mais nettement moins les lundis et vendredis.
Observez-vous en parallèle une augmentation du « bleisure » ?
J. C. – Oui, nous sommes chanceux à New York d’avoir des voyageurs d’affaires qui se transforment en voyageurs de loisirs. Pour une réunion le mardi ou mercredi, il est courant d’arriver plus tôt ou de de prolonger le séjour le week-end pour découvrir la ville. Vous pouvez travailler à distance dans une chambre d’hôtel et en profiter le reste du temps, week-end compris.
Le marché MICE résiste-t-il bien ?
J. C. – Oui, notre marché MICE reste solide, avec des chiffres qui se maintiennent. Cependant, nous avons dans ce cadre constaté une baisse du tourisme d’affaires international, que ce soit du côté des participants, des exposants ou des conférenciers. Avec plusieurs raisons à cela. Certaines sont liées aux tensions géopolitiques, d’autres aux visas, leur obtention pouvant prendre plus temps dans certains pays. Les fluctuations monétaires et les aspects budgétaires ont aussi pu jouer un rôle dans ce recul. Même si, au final, cela n’a pas diminué la fréquentation globale des conventions ou réduit la taille des salons. Mais le mix est un peu différent. Les participants et exposants domestiques ont pu y prendre une plus grande place.

Quelle est votre sentiment sur ces questions de visas et de tensions géopolitiques ?
J. C. – C’est un tableau mitigé. Concernant les visas, je dirais que l’administration actuelle fait le plus gros investissement que nous ayons vu depuis des années pour rendre le processus de visa plus rapide et plus efficace, plus virtuel aussi, sans avoir forcément à se déplacer. Ils font également des investissements dans la biométrie ou d’autres technologies pour rendre meilleure l’expérience des voyageurs. C’est le côté positif. Du côté géopolitique, je pense que le message d’être accueillant, voire et inclusif n’est pas aussi fort et évident qu’il devrait l’être. C’est là qu’une ville comme New York peut intervenir individuellement et dire : « Voici ce que nous sommes. »
Votre nouveau maire, Zohran Mamdani, est-il favorable au tourisme ?
J. C. – Absolument. Il a déclaré publiquement que le tourisme était l’un des principaux piliers de l’économie de New York et qu’il y est très favorable, très intéressé par une équité touristique dans les cinq arrondissements. En plus, c’est aussi un grand fan de football et il fera tout pour s’assurer que l’accueil de la coupe du monde de la FIFA ce soit un succès. Je pense qu’il sera un excellent ambassadeur pour New York.
La coupe du monde de football est un événement majeur de 2026. Qu’en attendez-vous ?
J. C. – Nous sommes très enthousiastes. Nous attendons environ 1,2 million de visiteurs sur la période. Nous accueillons un total de huit matchs, du 11 juin jusqu’à la finale, et nous en sommes vraiment ravis. Il y a un effort régional autour de cet événement. Nous nous associons avec le New Jersey, le stade étant dans cet Etat, pour que ce soit ce sera une grande victoire pour nous tous. Ce qui est important, c’est défaire passer ce message : que vous ayez ou non de billets pour les matchs, peu importe, venez prendre part à l’énergie de la ville pendant cette période de deux mois. De nombreuses animations devraient notamment avoir lieu dans les cinq arrondissements, notamment au FIFA Fan Festival à Liberty Park, un Fan Village au Rockefeller Center, un Fan Zone dans le Queens.
Cet événement permettra-t-il de promouvoir non seulement Manhattan, mais toute la ville dans son ensemble ?
J. C. – Exactement. C’est une excellente opportunité pour explorer les cinq boroughs. De plus, il y a différents niveaux de prix, et certains voyageurs pourraient trouver plus économique de séjourner à Staten Island ou à Brooklyn, dans le Queens ou le Bronx, plutôt qu’à Manhattan. Alors que la France soit notre troisième plus grand marché, la plupart des voyageurs français sont déjà venus à Manhattan. C’est donc le bon moment d’aller voir les autres arrondissements. D’autant qu’on y trouve d’incroyables options culinaires, des musées de classe mondiale, du shopping, des expériences différentes. Il y a définitivement quelque chose pour tout le monde à New York.


Cette diversité est tout aussi un des principaux atouts pour le tourisme d’affaires.
J. C. – Absolument. Que vous veniez pour une réunion, une convention ou un incentive, New York a tout pour créer une expérience mémorable. C’est une de ces villes où tout est concentré en un seul lieu parce que notre économie est si diverse. C’est une excellente toile de fond pour n’importe quelle réunion ou convention. Le capital intellectuel que nous avons est une grande ressource pour les sponsors potentiels des événements, la participation de conférenciers. New York offre ainsi une expérience inégalée grâce à la richesse de son économie comme à la diversité de son offre hôtelière et de ses lieux événementiels.
Pour le segment MICE, comment la ville ouvre-t-elle le champ des possibles ?
J. C. – Vous avez un large choix pour organiser une réunion directement dans un hôtel, ou ne l’utiliser que pour l’hébergement et se porter sur d’autres lieux, notamment ceux proposés par Convene, ou en utilisant l’un de nos théâtres, l’un de nos musées ou, selon la taille du groupe, l’une de nos attractions touristiques. Pour les séjours incentives, cela peut passer d’un dîner privé sur la scène de l’un de nos théâtres ou un team building avec l’un de nos chefs primés dans les coulisses d’une cuisine. Mais, quand on interroge les organisateurs, le principal atout de New York reste sa desserte aérienne. Le fait qu’il soit facile d’y accéder depuis partout dans le monde avec une variété d’options, que ce soient des compagnies low-cost ou legacy, à travers l’un ou l’autre de nos trois aéroports, tous idéalement situés, c’est l’atout numéro un.
En ce qui concerne ces aéroports, où en est-on de leurs programmes de transformation ?
J. C. – A JFK, une grande partie des travaux seront achevés en 2026. À Newark, le terminal A est presque terminé, mais certaines infrastructures comme l’AirTrain qui amènera facilement les passagers au terminal ne sont pas encore terminés. Enfin, même s’il est moins pertinent pour le marché français, l’aéroport de LaGuardia est flambant neuf, complètement transformé. Avoir des aéroports bien conçus et qui fonctionnent parfaitement bien est enfin une réalité pour New York.
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