
Le groupe Oceania vient de faire une entrée par la grande porte à Lille avec la transformation en hôtel de l’ancien siège de la banque Scalbert-Dupont. Est-ce un moment majeur pour votre groupe ?
Rozenn Branellec Dumon – Nous sommes ravis d’avoir planté un drapeau à Lille à travers la métamorphose de ces anciens bureaux en hôtel de 88 chambres et suites. Un établissement qui plaira aux voyageurs d’affaires avec sa situation idéale, à deux minutes à pied de la gare de Lille Flandres et une dizaine de minutes de Lille Europe ou encore ses deux salles de séminaires et ses deux salons dédiés au coworking. Mais il séduira aussi les clients loisirs avec un vaste espace bien-être, un bar, une brasserie haut de gamme. Pour la petite histoire, les descendants de la famille Dupont en auront été les premiers clients. A la suite d’une interview donnée à la Voix du Nord il y a deux ans, un membre de la famille a découvert que nous avions fait l’acquisition du bâtiment de la banque pour le transformer en hôtel. Ce qui, de fil en aiguille, a abouti à l’organisation dans ses murs de la cousinade réunissant toute la famille sur plusieurs générations. Un week-end de pré-ouverture extraordinaire à la fois pour eux et pour nous, une vraie émotion.



Présentez-nous les détails de cette transformation.
R. B. D. – C’est un bâtiment magnifique, avec sa façade historique, ces briques rouges typiques de la région. Comme elle était en très bon état, nous n’y avons pratiquement pas touché. Avant même de déposer le permis de construire, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la mairie, entre autres la personne en charge du patrimoine remarquable qui nous a accompagné tout au long du projet. Pour la municipalité, il était primordial que nous respections le bâtiment, ses verrières monumentales – notamment celle, en cul de bouteille, qui surplombe le bar –, son escalier en marbre et sa main courante Art déco, les grandes fenêtres et les ferronneries extérieures qui font l’élégance du bâtiment. Tous ces éléments architecturaux ont été non seulement conservés, mais magnifiés.
Jusqu’à la salle des coffres qui a été transformée en piscine !
R. B. D. – Nous venions tout juste de racheter le bâtiment, et lors de la première visite de cette immense salle en sous-sol, j’ai dit : « c’est là qu’il faut faire la piscine« . Personne ne m’a cru quand j’ai lancé l’idée, mais on y est arrivés. Nous avons gardé les coffres forts dans leur jus, simplement préservés de la poussière et de l’humidité derrière une vitre. C’est un projet titanesque. Ne serait-ce que pour faire la piscine, il a fallu faire venir des engins par l’extérieur, creuser dans les fondations. Partir de ces coffres forts a été le fil conducteur de toute la thématique de la décoration. Profitant de l’énorme fenêtre en arc de cercle au-dessus des portes d’entrée, la suite Scalbert Dupont, composée d’une chambre, d’un grand salon et de deux salles de bains, offre par exemple une plongée dans l’univers de la banque.


Cette ouverture ajoute aussi une nouvelle adresse pour Oceania dans une grande ville française. Pouvez-vous revenir sur l’évolution de votre groupe né en Bretagne et qui compte aujourd’hui une trentaine d’hôtels en France ?
R. B. D. – Notre père, François Branellec, a créé cette entreprise dont on va bientôt fêter les 50 ans. Un groupe breton, d’origine 100% pur beurre, dont le développement s’est d’abord opéré dans la région pour s’étendre au gré des développements et acquisitions. Nous tenons à une croissance maîtrisée, ne pas faire le grand saut en ayant 50 ou 100 hôtels d’un coup. Oceania reste une entreprise familiale, proche de ses collaborateurs, et nos développements se font un peu au feeling. L’emplacement reste au cœur de nos choix, mais l’histoire du lieu également. Quand on voit nos derniers établissements, celui de Lille mais aussi Le Conti à Brest, cela montre notre savoir-faire dans la rénovation de bâtiments de caractère, notre capacité à redonner une âme à d’anciens bureaux ou de vieux hôtels en tissant une histoire autour d’un patrimoine remarquable.
Quelles sont les prochaines ouvertures à attendre ?
R. B. D. – Après Lille, nous ouvrirons un Oceania trois étoiles fin juin à Lyon, issu de la transformation d’un ex-hôtel Median. A Paris, un autre ancien établissement Median situé dans le XVIIe arrondissement sera aussi reconverti en Oceania trois étoiles. Les travaux devraient commencer d’ici quelques semaines pour une ouverture prévue fin 2026. Pour aller plus loin, s’il y a encore beaucoup de choses à faire à Paris, nous aimerions aussi être présents dans d’autres grandes villes françaises comme à Bordeaux ou Toulouse. En parallèle, nous investissons dans nos hôtels existants, pour des rénovations importantes à venir pour les Oceania Nantes Aéroport et Brest Centre.
Votre clientèle est-elle plutôt affaires ou loisirs ?
R. B. D. – On touche vraiment une clientèle multiple. Prenez nos derniers projets à Lille ou Brest : dans le cadre de ces rénovations, nous avons intégré un espace bien-être avec piscine, salle de soins, massage, sauna, etc. Cela participe à l’évolution de nos établissements. Avec ce type de service, mais aussi des chambres famille, des hôtels essentiellement business peuvent aujourd’hui afficher complet le week-end.
Avez-vous des contrats cadres avec des grandes entreprises ?
R. B. D. – Oui, bien sûr. Nous avons une équipe commerciale en charge des contrats avec les entreprises françaises et internationales, qui parcourt les salons également. Les directeurs et les commerciaux internes aux hôtels font aussi leur job en local. C’est très important. Le meilleur commercial qui soit, c’est avant tout le directeur de l’hôtel.

Le MICE est-il également un segment important pour votre groupe ?
R. B. D. – Cela dépend des établissements. A Brest, où nous avons trois hôtels aujourd’hui, Le Conti est positionné à la fois sur le loisir et la clientèle affaires individuelle, tandis que l’Oceania Brest Centre sera privilégié pour les séminaires de par sa grande capacité en salles de réunion. Les Oceania Paris Roissy CDG, Nantes Aéroport, mais aussi L’Oceania L’Univers à Tours, Le Métropole à Montpellier ou encore une de nos dernières acquisitions, l’Hôtel d’Anjou à Angers, ont également de belles capacités d’accueil pour les séminaires.
Certains de vos hôtels portent un nom distinctif quand d’autres sont simplement baptisés Oceania avec mention de leur localisation. Quelles différences faîtes-vous entre ces établissements ?
R. B. D. – Notre marque ombrelle est Oceania avec, sous elle, des hôtels trois et quatre étoiles. Mais, quand nous avons des bâtiments de caractère ou des hôtels emblématiques pour la ville, nous raccrochons la marque Oceania au nom de l’hôtel. Par exemple, l’Oceania Les Augustins à Lille, au nom de l’ancien couvent qui prenait place dans ses fondations, ou l’Oceania Le Conti à Brest, issu de l’ancien hôtel Continental. De même à Nantes avec l’ex-Hôtel de France, place Gralin, devenu l’Oceania Hôtel de France.

Vous avez également une autre enseigne, Nomad. Comment se positionne-t-elle dans votre portefeuille ?
R. B. D. – Elle fait partie intégrante de la marque Oceania. D’ailleurs, nous avons opéré récemment un changement : pour réserver un hôtel Nomad, il faut passer par le site internet d’Oceania, qui a une meilleure visibilité. Ce qui est tout à fait normal : Nomad reste une enseigne jeune, son troisième établissement ayant ouvert en mai 2024 à Dijon, au pied de la gare. Pour l’instant, l’axe prioritaire de notre développement reste les Oceania. Le concept de Nomad, axé sur des hôtels éco-responsables, s’appuie sur de la construction neuve. Dès lors, les temps de développement sont plus longs et, comme vous le savez, ce modèle est effectivement un peu plus compliqué aujourd’hui.
Pour autant, ce produit axé sur la RSE est porté par l’air du temps.
R. B. D. – Quand on a lancé le produit, comme nous avons un système qui permet de gérer la climatisation ou le niveau d’eau de la douche, le client pouvait à l’origine payer moins cher s’il n’avait pas envie de clim ou bénéficier d’un prix dégressif s’il restait plusieurs nuits et ne désirait pas de ménage dans la chambre. Aujourd’hui, ce système a été simplifié autour d’une offre de séjour appelée GreenStay, qui englobe ces éco-gestes et se montre plus simple à gérer pour les hôtels comme à comprendre pour les clients. C’est vraiment leur choix d’opter ou non pour cette option, sans être montrés du doigt. En tout cas, une chose est sûre : tout est fait chez Nomad pour des séjours écoresponsables.




















