Enquête : parc d'attractions

Parcs d’attractions : un feu d’artifice d’émotions

Connaissant une croissance annuelle de près de 10 %, les parcs d’attractions ont profité à leur manière de la morosité économique et de la désaffection des destinations lointaines pour séduire une large clientèle. Dont, bien sûr, les entreprises.

Futuroscope vue de l'Aerobar
De grands spectacles et des sensations fortes : le Futuroscope offre les ingrédients clés des parcs d’attractions. © Futuroscope

« Les parcs de loisirs sont apparus à un moment où nous avons compris que le dépaysement peut être dans la proximité ; qu’il n’est pas lié à la distance, mais à la rupture. Notre vie est faite de multiples petites ruptures. L’enjeu, aujourd’hui, c’est de débrancher. D’où le succès des parcs de loisirs et d’attractions”, analyse le sociologue Jean Viard dans le rapport d’activité sociale et économique 2016 du syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels (Snelac).
Arrivé aujourd’hui à maturité, le marché français affiche un beau dynamisme, comptabilisant près de 52 millions de visiteurs en 2015 pour un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros. Les dix premiers parcs d’attractions français ont même enregistré une croissance moyenne de 10 % par rapport à 2014. “Avec une centaine de sites, la France est le pays européen qui possède le plus de parcs de loisirs avec une offre dense, multiple, répartie sur l’ensemble du pays”, souligne Sophie Huberson, déléguée générale du Snelac. Selon l’institut d’études économiques Xerfi, cette tendance devait se poursuivre en 2016 avec une hausse attendue de la fréquentation de 1,5 % pour les parcs d’attractions et les parcs à thèmes et de 3 % pour les parcs zoologiques et les aquariums.

Disney Events Arena
Dans le cadre de la modernisation des espaces événementiels du site, la Disney Events Arena a été totalement relookée cette année. © Disney

Parmi les vingt parcs européens les plus visités, cinq sont d’ailleurs français – Disneyland et Walt Disney Studios, Le Puy du Fou, le Parc Astérix et le Futuroscope – et représentent à eux seuls près de 40 % de la fréquentation totale des parcs en France. Cette bonne santé du marché est d’une certaine manière la répercussion de la crise économique et de la situation géopolitique internationale qui poussent les Français à partir moins loin et moins longtemps. Jean Viard donne pour sa part un autre élément d’explication à ce phénomène : “on bouge désormais en tribus. Les gens ont besoin de se retrouver en famille, les trois générations réunies, ou entre amis. Ils ont envie de faire des choses ensemble, mais différentes. C’est ce que leur proposent les parcs : s’amuser entre soi ou bien séparés, selon les âges, mais dans le même lieu”.
Cette unité de lieu et ce partage de moments forts séduisent également les entreprises. Beaucoup de sites sont d’ailleurs équipés pour recevoir la clientèle affaires en semaine et hors vacances. Dans ce cadre, la plupart des demandes émane d’entreprises originaires de la région où se trouve le parc. C’est le cas par exemple, à La Récré des 3 Curés en Bretagne, où, sur les 200 groupes affaires accueillis annuellement, la majorité sont bretons, le parc disposant de salles de réception d’une capacité de 200 personnes avec des hébergements en Mobil Home ou en chalet.
Une exception confirme cette règle de proximité, Disneyland Paris, dont la vocation est clairement internationale. “20 % à 25 % de notre clientèle business est internationale, en grande majorité européenne. Nous organisons près de 850 événements de 50 à 5 000 participants par an. Nos équipes s’appuient sur la puissance de l’ADN Disney, créateur du storytelling, et mobilisent leurs expertises pour placer l’émotion au cœur des événements et les transformer en histoires inoubliables”, explique Nicolas Dupeux, directeur de Disney Business Solutions.

L’unité de lieu et le partage de moments forts séduisent les entreprises, beaucoup de sites étant d’ailleurs équipés pour recevoir la clientèle affaires.

Desservi par l’autoroute A4, le parc profite d’une situation géographique exceptionnelle avec son hub TGV desservant 54 villes, dont Londres et Bruxelles, tout en étant à 10 minutes en TGV de l’aéroport CDG et relié quotidiennement à Orly par 24 navettes. Ce qui explique qu’au-delà d’un parc de loisirs, Disneyland Paris soit une destination de congrès à part entière, proposant sur un même lieu 19 300 m2 d’espaces de conférences avec deux centres de conventions, 95 salles de réunions, un hall d’expositions, un auditorium de 570 places, deux structures événementielles, sept hôtels d’une capacité de 5 800 chambres, 55 restaurants, un golf, un lac… “Les demandes sont de plus en plus pragmatiques : les clients veulent une réponse complète et efficace. Ils souhaitent souvent un format meeting couplé avec un moment incentive”, note Nicolas Dupeux.
Pour répondre aux exigences des organisateurs, Disney Business Solutions a lancé une application virtuelle, disponible sur l’App Store et Google Play, et qui propose aux prospects une visite à 360° de ses équipements permettant de découvrir les différents aménagements possibles afin de visualiser leur événement avant sa réalisation. Autre nouveauté : un rallye interactif intitulé Roadmap to Adventure. Pendant deux heures trente, les groupes jusqu’à 300 participants, guidés par une tablette numérique, s’affrontent par équipe dans le parc.
Un seul autre lieu de loisirs peut rivaliser avec Disneyland Paris en tant que destination événementielle à part entière, celui-ci situé non pas en France, mais en Allemagne : Europa-Park. Avec son centre de conférences de 450 m2, son hall de 3 000 m2, une trentaine de salles de réunions allant de 10 à 6 000 places, cinq hôtels thématiques, plus de 100 attractions, des dîners shows dont l’un avec un menu signé par Peter Hagen-Wiest, chef deux étoiles Michelin du restaurant Ammolite-The Lighthouse, le lieu accueille plus de 1 300 prestations B to B par an.

Le passé est branché

L’aspect atypique des parcs, l’évasion et les sensations qu’ils procurent, le fait qu’ils s’équipent de plus en plus en hébergement, mais aussi qu’ils soient privatisables totalement ou partiellement et qu’ils proposent des nouveautés dont des spectacles vivants expliquent leur succès”, remarque Sophie Huberson. Le Puy du Fou en est une belle illustration. Avec 2,2 millions de visiteurs d’avril à septembre et un chiffre d’affaires en croissance de +21 % en 2016, c’est le deuxième parc en France après Disneyland Paris. Ouvert en pleine campagne vendéenne, à une heure d’Angers, il est totalement atypique dans le paysage des parcs d’attractions, s’autofinançant à 100 % et réinvestissant ses bénéfices chaque année dans des nouveautés. Ainsi en 2017, pour ses 40 ans, le parc présente quatre créations, dont deux spectacles de musique avec effets spéciaux : le Grand Carillon et le Ballet des sapeurs. Deux restaurants et un hôtel d’inspiration médiévale, La Citadelle, ont également ouvert leurs portes cette année. “Nos cinq hôtels thématisés permettent de vivre des moments uniques, un vrai voyage dans le temps”, précise Laurent Albert, directeur général.

Le Parc Astérix a lancé en juin une nouvelle attraction, Pégase Express, des montagnes russes proposant un voyage décoiffant à travers le monde antique.

L’offre pour les entreprises est alléchante avec une capacité hôtelière de plus de 400 chambres, une dizaine de salles de réunions pouvant accueillir de 10 à 3 000 participants, une équipe totalement dédiée à la clientèle affaires, 27 lieux de restauration. Le lieu propose en outre quatre villages d’époque, 60 spectacles de jour et de nuit dont la célèbre Cinéscénie, mais offre aussi la possibilité de se glisser dans la peau d’un mousquetaire, d’avoir des animations sur mesure ou de visiter les coulisses du parc… Ce qui explique que Le Puy du Fou reçoive chaque année près de 200 groupes MICE, pour un total de 2 500 personnes. “Ces belles expériences historiques font de nous une destination à part entière”, confie Laurent Albert. Fort de son succès, le Puy du Fou a exporté son concept hors des frontières, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, et projette d’ouvrir en 2021 un parc en Espagne, à côté de Madrid.

Irréductibles gaulois

Dans le registre historique, à 35 kilomètres de Paris, à Plailly dans l’Oise, le Parc Astérix propose une expérience totalement décalée. Placé sous le signe de l’humour et des sensations fortes, le site accueille d’avril à novembre 1,8 million de visiteurs et reçoit sur la période une centaine d’événements MICE. Ce parc, qui ambitionne de dépasser les deux millions de visiteurs, a lancé un plan d’investissement de 100 millions d’euros pour la période 2017-2020. Dans ce cadre, une nouvelle attraction a ouvert en juin, Pégase Express, des montagnes russes proposant un voyage décoiffant à travers le monde antique. Pour l’instant, la majorité de la clientèle affaires est originaire de l’Ile-de-France. “Toutefois nous voulons exploiter notre situation géographique, à 15 minutes de l’aéroport Roissy-GDG, pour attirer des visiteurs MICE de toutes les régions, voire de Grande-Bretagne et du Benelux”, envisage Marylin Monet, responsable adjointe du département convention et séminaires. Pour cette raison, Astérix étoffe son offre hôtelière. Ainsi, son hôtel des Trois Hiboux propose-t-il 50 chambres supplémentaires, un nouveau restaurant et une nouvelle salle de séminaire de 350 m2. Parallèlement, deux établissements de 150 chambres chacun, la Cité suspendue et les Quais de Lutèce, verront le jour respectivement en 2018 et 2019. “La possibilité d’organiser un événement toute l’année, même en période de fermeture, fait partie de nos arguments”, ajoute Marylin Monet.
La Compagnie des Alpes, à laquelle appartient le Parc Astérix, a également engagé un plan d’investissement d’environ 30 millions d’euros sur dix ans dans un autre de ses parcs de loisirs : Walibi Rhône-Alpes. Situé à Avenières, en Isère, à une demi-heure de Chambéry et à une heure de Lyon, le site ambitionne de passer de 420 000 visiteurs en 2016, une année record, à 650 000 personnes en 2025. Déjà, près de 11 millions d’euros ont permis la création de la zone Adventure Explorer avec notamment une attraction phare, Timber, une vertigineuse montagne russe en bois longue de 446 mères et d’une hauteur de 17 mètres. Ouverte également récemment, une salle de 120 m2 entièrement équipée en matériel audio. “Nous étoffons notre offre séminaire et incentive afin d’atteindre d’ici sept ans l’objectif annuel d’une cinquantaine d’opérations de 80 à 300 participants”, projette Thomas Mondon, directeur marketing & ventes. Le parc possède déjà un amphithéâtre de 1 200 places et un espace modulable de 300 m² dédié à la clientèle affaires, le Walibi Studio. Placé à l’entrée, il permet d’organiser des événements dissociés ou non aux attractions.

Objectif planète

Dans un tout autre genre, Vulcania cible aussi la clientèle affaires. Situé à Saint-Ours-les-Roches, dans le Puy-de-Dôme, le centre français à vocation scientifique spécialisé dans le volcanisme accueille “une centaine d’opérations MICE par an, selon François Heid, directeur adjoint. 60 % des événements ont lieu en journée, le reste en soirée.” Permettant à tous de mieux comprendre le fonctionnement non seulement des volcans mais aussi de la planète, le parc offre aux entreprises un cadre naturel exceptionnel pour leur opération avec des salles pouvant recevoir jusqu’à 200 participants et ayant toutes une vue imprenable sur les volcans d’Auvergne.
Nous souhaitons que les entreprises utilisent notre forte identité, en particulier en matière de développement durable, pour donner un sens à leur événement”, ajoute François Heid, qui projette la création d’éco-logements. Plusieurs modules incentives en journée ou demi-journée sont aussi conçus afin de répondre à un large panel de demandes. “Les clients veulent de plus en plus intégrer nos animations à leur opération ou théâtraliser le parc pour un événement”, poursuit-il.

Vulcania Puy de Dôme
Géologie, gestion de crise volcanique, soirée pyrotechnique : Vulcania fait dans l’incentive éruptif.

C’est également la thématique scientifique qui attire la clientèle affaires au Futuroscope, à Poitiers. “Elle est séduite par l’image que véhicule notre nom : modernité, innovation et pur produit français !”, dit fièrement François Gires, responsable du département tourisme d’affaires. Deux autres arguments ont du poids : sa proximité avec le palais des congrès de Poitiers et le fait d’être à une heure et demie en train de Paris. “Le Futuroscope possède divers espaces de réunions, dont un amphithéâtre de 750 places”, relève François Gires. Globalement l’attractivité du Futuroscope ne cesse de croître : 1,9 million de visiteurs en 2016, soit 80 000 de plus par rapport à 2015. Les animations lancées en 2017 à l’occasion de ses 30 ans accentuent sa renommée. Elles sont la vitrine de l’expertise scientifique et technologique du parc qui se veut également un laboratoire du futur. Ainsi l’attraction “l’Extraordinaire Voyage” entraîne le visiteur dans une expérience sensorielle unique avec le survol, les pieds dans le vide, de toute la planète ! La nouvelle aquaféerie nocturne, La “Forge aux étoiles”, imaginée en collaboration avec le Cirque du Soleil, est elle aussi une prouesse technique et artistique. Privatisable après 17 heures, le Futuroscope est un écrin idéal pour une soirée d’exception, la journée restant propice aux team buildings comme des challenges en Twizy ou encore des ateliers mettant tous les sens à l’épreuve.

Cité de la mer
De la terre à la lune ou Vingt-mille lieues sous les mers : c’est la soif de découvertes de chaque visiteur que réveillent à leur manière la Cité de l’Espace (1) et la Cité de la Mer (2), tissant des liens entre le monde professionnel et celui, si doux, de de l’enfance. © Cité de la mer

Autre grand parc français à connotation scientifique, la Cité de l’Espace, à Toulouse, marque les esprits non pas avec un voyage dans le futur, mais dans l’espace. “C’est un lieu unique en Europe, au cœur même de la capitale européenne de l’aéronautique”, se réjouit Bertrand Brichet, responsable ventes B to B. Boostée par l’actualité avec l’astronaute Thomas Pesquet qui a posté quotidiennement sur Twitter des photos et des mini-récits de sa vie en apesanteur, la cité intéresse les groupes MICE. “Nous avons reçu 325 000 personnes en 2016. Le B to B représente environ 13 % des visiteurs, soit près de 210 événements packagés par an allant des team buiding à des soirées privatisées en passant par des conférences animées par des experts”, déclare Bertrand Brichet.

La Cité de la Mer, à Cherbourg, propose des animations originales, par exemple un dîner dans la cantine du sous-marin nucléaire le Redoutable en présence d’un ancien sous-marinier.

C’est l’occasion pour une entreprise de s’approprier les valeurs du lieu : dépassement de soi, esprit d’équipe, humilité… Les groupes viennent pour vivre une expérience insolite, prendre du recul par rapport à des objectifs et une stratégie. “Découvrir des projets spatiaux et se mettre dans la peau d’un astronaute permet d’appréhender par la suite les choses différemment”, observe Bertrand Brichet qui constate d’autre part “que, depuis 2016, les sociétés s’intéressent à l’aspect écologique du spatial”. En effet, toutes les technologies utilisées dans l’espace sont novatrices en matière d’économie d’énergies et de développement durable.

Grandeur nature

Les parcs animaliers se sont eux aussi équipés afin d’accueillir la clientèle professionnelle. Par exemple dans l’Allier, au PAL, les groupes d’une soixantaine de participants peuvent loger dans des lodges africains sur pilotis au milieu d’antilopes, de zèbres et de gnous, visiter les coulisses du site, rencontrer les soigneurs, participer à un atelier de fauconnerie et à d’autres animations singulières. Le Pal comprend également un parc de loisirs offrant 27 attractions et privatisable pour 1 000 personnes minimum.
La Cité de la Mer, à Cherbourg, dispose aussi d’une large capacité d’accueil. L’ancienne gare maritime transatlantique propose une grande variété d’espaces avec l’ancien hall des trains (5 500 m2), l’espace Titanic & Emigration (600 m2) et plusieurs salles de diverses tailles. “Nous recevons environ 150 congrès par an et aussi une multitude de manifestations de type foires, incentives et réunions”, dévoile Marion François, responsable marketing. Des animations originales font partie des valeurs ajoutées du site, par exemple un dîner dans la cantine du sous-marin nucléaire le Redoutable en présence d’un ancien sous-marinier, un cocktail au milieu des aquariums ou encore une immersion dans l’histoire du célèbre paquebot Titanic dont une partie a été reconstituée. “L’an prochain, pour nos 15 ans, nos espaces seront totalement revus. Ainsi, autour des aquariums, des sons et lumières, des écrans tactiles, du numérique et de la 3D immergeront le visiteur dans le monde sous-marin avec, en point d’orgue de la visite, une faille marine de 15 mètres”, promet Marion François.
La course aux sensations fortes, qui font partie de l’ADN des parcs de loisirs, rejoint la quête de moments inoubliables menée par les entreprises. Ce qui laisse encore présager de longues années de collaboration commune.

lionceaux tigres Parc Pal
Un safari au cœur de l’Allier. C’est ce que propose le parc Pal avec des lodges au plus près de la nature. © Parc Pal

Enquête : parc d'attractions