Les voyageurs d’affaires moins présents dans les avions

Les voyageurs d'affaires prennent moins de place dans les avions, à l'inverse de la clientèle VFR, selon la dernière Enquête auprès des passagers aériens de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).
Cabine Premium dans un B777 d'Air France (c) Air France.
Cabine Premium dans un B777 d'Air France (c) Air France.

Les voyageurs d’affaires prennent de moins en moins de place dans les avions. Selon la dernière Enquête nationale auprès des passagers aériens (ENPA) publiée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), ils ne représentaient plus que 17% des passagers en 2025, contre 19% l’année précédente. Et ce, bien loin des 28% enregistrés par l’enquête réalisée en 2015-2016.

Fondée sur des entretiens dans les salles d’embarquement auprès de presque 160 000 passagers, cette étude exhaustive donne une idée assez claire de l’évolution de la clientèle des compagnies aériennes en France. Si les touristes loisirs constituent toujours la moitié des passagers – 50% en 2025, contre 49% en 2015-2016 -, les déplacements professionnels ne sont plus le deuxième motif pour prendre l’avion, dépassés par les visites aux amis et à la famille. Une clientèle VFR – pour Visiting Friends and Relatives – qui pèse aujourd’hui pour 29% des voyageurs, contre 21% une décennie auparavant.

Amené à commenter cette étude lors d’une table ronde à l’occasion du congrès annuel de la FNAM, Arnaud Aymé, DG France et consultant Transport de SIA Partners, expliquait cette forte augmentation par des phénomènes de société – mondialisation, immigration, expatriation – qui font que « de plus en plus de gens veulent revenir au pays ». Dans son étude réalisée l’an dernier à destination de la FNAM, SIA Partners constatait notamment, pour les voyages VFR des résidents français, une croissance de 27% vers les destinations domestiques et européennes entre 2016 et 2024. Et plus encore, de 101% pour les destinations monde et de 121% vers le Maghreb.

Répartition des passagers selon les CSP selon une étude de la FNAM en 2025.

Ceci pouvant expliquer cela, cette croissance de la clientèle VFR combinée à l’expansion continue des compagnies low cost aux tarifs accessibles a conduit à une évolution sociologique forte dans les cabines. Il y a dix ans, le passager aérien type faisait encore partie des CSP+, que ce soit des chefs d’entreprise, cadres supérieurs ou professions libérales. Désormais, les employés et les ouvriers sont passés devant, représentant 28% des passagers en ce qui concerne les résidents français – et 32% pour les résidents étrangers venant en France – contre 27% pour les CSP+. « L’avion n’est plus un privilège, remarque Marc Borel, directeur du transport aérien de la DGAC. La démocratisation se poursuit avec cette prédominance de la catégorie sociale des CSP-, de même que l’appétence de voyages des 18-35 ans, par-delà la question du climat. »

Pour autant, si les compagnies low cost sont utilisées par la clientèle VFR comme loisirs pour les séjours en Europe et en Afrique du Nord, Sébastien Guyot, directeur général adjoint commercial d’Air France-KLM, note « qu’un tiers de nos passagers sont des VFR. Ce qui change un peu l’image d’Épinal d’une compagnie legacy empruntée uniquement par des hommes et femmes d’affaires ». Autre image d’Epinal battue en brèche, celle de classes classes avant – premium economy, business ou première – uniquement fréquentées par des voyageurs d’affaires : « On se rend compte que les clientèle VFR et loisirs sont importantes dans toutes les classes, remarque Sébastien Guyot. Pour les vols au départ des Etats-Unis par exemple, on voit énormément d’appétence pour des classes avant. »

Quant aux voyageurs d’affaires, s’ils diminuent en proportion, ils représentent toujours une clientèle clé pour les compagnies aériennes. Mais sans doute in peu moins sur les court-courriers « où les allers-retours dans la journée ont diminué de -60% et les vols sur deux jours de -40% », constate Marc Borel. « Prendre le premier vol du matin et le dernier vol au retour, cela se voit de moins en moins, confirme Sébastien Guyot, pour Air France-KLM. L’aspect RSE est fort sur le court courrier, où le train est devenu l’habitude pour les déplacements domestique, voire vers les destinations en Europe où il existe des solutions ferroviaires ». D’où, selon lui, une nouvelle nécessité : « avoir des partenariats air + train pour préparer le futur ».

La dernière Enquête nationale auprès des passagers aériens vient aussi confirmer des tendances que les hôteliers observent également de leur côté. A savoir des voyages de plus longue durée et, pour les déplacements lointains, le cumul de plusieurs rendez-vous dans une même région plutôt qu’avoir à se déplacer à chaque fois. « On voit pas mal de circulaires sur le long-courrier. On va au Japon, on passe par la Corée et on revient », précise Sébastien Guyot.

Autre tendance lourde ressort de tous ces chiffes : le bleisure, bien évidemment. « On a analysé un élément assez nouveau dans l’étude, c’est le voyage hybride. Aujourd’hui, un tiers des voyages professionnels sont prolongés par du loisir », souligne le directeur de la DGAC. « On s’aperçoit qu’un tiers de nos clients corpo font du bleisure, confirme Sébastien Guyot. Ce n’est pas rien. Ce qui pose certaines questions. Est-ce que le vol est gratuit ? Est-ce que l’hôtel est gratuit ? A chaque société de faire son choix, mais en tout cas, il y a une appétence pour cumuler business et loisirs une fois à destination ». Et de conclure de la même manière que de nombreux groupes hôteliers : « c’est une bonne nouvelle pour l’industrie ».