Réalité virtuelle : nouveaux avatars pour réunions à distance

À coup d’avatars et d’hologrammes, les technologies de réalité virtuelle et de réalité mixte apportent de nouvelles interactions aux réunions à distance. Elles sont appelées à remplacer les solutions traditionnelles de visioconférence.

Réunir des participants éloignés, manipuler des maquettes en 3D : le projet DARE facilite la présentation à distance de programmes immobiliers.
Réunir des participants éloignés, manipuler des maquettes en 3D : le projet DARE facilite la présentation à distance de programmes immobiliers.

Très bientôt, les réunions en “conf call” ou en visioconférence telles qu’elles existent aujourd’hui, que ce soit via Microsoft Skype, Google Hangouts ou Zoom, sembleront sans doute bien ternes. Grâce aux apports des technologies de réalité virtuelle et de réalité mixte, les conférences à distance devraient en effet gagner en réalisme et, du coup, faciliter l’engagement des participants.

Si le mode téléportation imaginé dans Star Trek n’est pas près de voir le jour, les hologrammes projetés par le robot R2D2 dans Star Wars sont, eux, déjà une réalité. Ce procédé d’holographie avait notamment été utilisé pour redonner vie à des artistes décédés ou pour “dupliquer” le candidat Jean-Luc Mélenchon lors de la dernière campagne présidentielle.

BNP Paribas Real Estate s’est saisie du concept en lançant, il y a un an et demi, le projet “Dare” (Digital Augmented Real Estate). S’appuyant sur la technologie de la start-up franco-belge Mimesys, la filiale immobilière du groupe bancaire entend réinventer les codes de la réunion à distance. Plongés dans un univers immersif, les participants se retrouvent sous forme d’hologrammes autour d’une seule et même table, alors qu’ils peuvent se situer physiquement à des milliers de kilomètres les uns des autres.

Cette “vidéo volumétrique” est produite par un dispositif de jeu de caméras associé à un processeur particulièrement puissant. L’utilisateur, pour sa part, doit être muni de lunettes de réalité mixte permettant de superposer les éléments fictifs à la réalité. Mixte puisqu’il a les hologrammes dans son champ de vision, mais incrustés dans son environnement physique.

Les solutions collaboratives actuelles nous apparaissent limitées, estime Rémi Rousseau, cofondateur de Mimesys. Toutes les subtilités des émotions humaines et du langage du corps ne peuvent être exprimées uniquement via des émoticônes. Quant aux solutions de vidéoconférence traditionnelles, elles n’offrent pas cette sensation réaliste d’immersion totale et permettent encore moins de manipuler des objets virtuels.” Selon le PDG de Mymesys, “la communication holographique” constituera à l’avenir “un tournant indispensable pour réduire le nombre de déplacements professionnels, coûteux et néfastes pour l’environnement, tout en améliorant considérablement la productivité des entreprises.

Les lunettes de réalité mixte font apparaître les collaborateurs sous forme d'hologrammes.
Les lunettes de réalité mixte font apparaître les collaborateurs sous forme d’hologrammes.

Vision prophétique

Il faudra toutefois attendre un peu pour que cette prophétie se réalise. En mai dernier, Mimesys était rachetée par Magic Leap, fabricant américain de lunettes de réalité augmentée. Jusqu’à ce que ce dernier intègre la technologie de la start-up, le volet hologramme a été mis sur pause. En attendant, BNP Paribas Real Estate s’est tournée vers une autre start-up, new-yorkaise cette fois, Spatial, qui crée non pas des hologrammes, mais des avatars 3D très réalistes en utilisant le visage numérisé des participants. Ces derniers peuvent partager divers types de documents (post-it, calendrier, image, page web, modèle 3D) en les affichant sur un mur virtuel partagé.

BNP Paribas Real Estate a couplé cette solution avec les lunettes de Magic Leap. “En tant qu’intégrateur, nous avançons au rythme des technologies”, estime Kevin Cardona, directeur de l’innovation. Selon lui, le débit de la connexion internet n’est pas un facteur limitant : “La réalité augmentée est moins consommatrice en bande passante que la réalité virtuelle. En situation de mobilité, un simple partage de connexion 4G suffit.” En interne, BNP Paribas Real Estate utilise déjà Dare pour présenter des opportunités d’investissement dans l’immobilier à de grands clients internationaux, basés notamment en Asie ou au Moyen-Orient. “Pour une première approche, ils n’ont plus besoin de se déplacer. Avec ce type d’investisseurs, l’expérience doit être parfaite”, souligne Kevin Cardona.

Après cette phase de rodage, BNP Paribas Real Estate devrait proposer la solution au marché. La cible : les industriels qui ont besoin de discuter autour d’une maquette et, plus largement, toute entreprise internationale dont le personnel est réparti sur plusieurs sites dans le monde. “La visioconférence augmentée permet de mieux capter les signes du “body language”, poursuit Kevin Cardona. Ce sont des indices précieux dans le cas d’un recrutement ou d’une négociation commerciale.” Selon lui, Dare répond à la fois aux enjeux du nomadisme business et de l’urgence climatique. “Nous allons intégrer dans la solution l’impact sur l’empreinte carbone d’une entreprise des voyages d’affaires supprimés en tenant aussi compte du coût environnemental des technologies utilisées”, précise le directeur de l’innovation de la filiale immobilière du groupe bancaire.

À ses yeux, ce type de solution peut aussi être un facteur incitatif pour attirer les jeunes actifs des générations Y et Z. “Leur perception sur les déplacements professionnels n’est pas la même que leurs aînés, constate-t-il. Avant, les voyages d’affaires avaient une dimension statutaire. Aujourd’hui, ils n’attirent plus les jeunes du fait de leur conscience environnementale, mais aussi de leur quête d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

De son côté, la réalité virtuelle, certes moins spectaculaire que la réalité mixte, est en revanche plus mature avec une quinzaine d’années d’existence. Elle est aussi plus abordable financièrement. La baisse constante des prix des casques de réalité virtuelle, comme ceux de HTC Vive ou d’Oculus Rift, proposés entre 450 et 600 euros, met la technologie à la portée de toutes les entreprises. À titre de comparaison, Microsoft, concurrent de Magic Leap, vient de commercialiser ses lunettes de réalité mixte, HoloLens 2, à 3 500 dollars.

Avec des casques de réalité virtuelle comme outil de travail, les ingénieurs et designers s'immergent au cœur de leurs projets.
Avec des casques de réalité virtuelle comme outil de travail, les ingénieurs et designers s’immergent au cœur de leurs projets.

Vrai retour sur investissement

Pour Sébastien Kuntz, PDG et fondateur de MiddleVR, “le cas d’usage pour la réalité virtuelle le plus probant et avec un retour sur investissement prouvé est celui de la conception en 3D.” Au lieu d’être rivés à leur écran, les ingénieurs, architectes ou designers peuvent visualiser un modèle 3D à échelle 1, tourner autour, se baisser, changer des éléments de place, tester de nouvelles idées. Il leur suffit d’un casque autonome connecté à internet pour collaborer à plusieurs sur un projet.

MiddleVR propose aussi une solution de salle de réunion virtuelle. Les participants sont représentés cette fois sous forme d’avatars génériques dont les mains et les lèvres bougent, les yeux clignent. Autant de signes d’attention ou de désengagement. “Pour autant, il est difficile de retranscrire tous les indices du comportement non verbal comme un sourcil qui se lève sur un agent virtuel”, tempère Sébastien Kuntz. La solution exigerait toutefois moins de bande passante qu’une visioconférence par Skype qui diffuse l’image 30 fois par seconde. Ici, une fois l’avatar chargé, seule la tête est “rafraîchie”.

Téléprésence : de la salle de réunions virtuelle au robot

Il n’y a pas que la réalité mixte ou virtuelle pour pallier les lacunes de la visioconférence. Alors qu’avec cette dernière, la caméra cadre uniquement le participant qui a la parole, la téléprésence consiste à filmer simultanément tous les intervenants. Ce qui permet de capter leurs réactions ou leurs échanges de regards. Pour plus de réalisme, le corps des participants est reproduit à l’échelle 1 sur un mur d’écrans. Initié par Cisco, ce dispositif reste très onéreux et nécessite une bande passante importante.

Plus abordable, le robot de téléprésence – comme celui distribué par la société Awabot (ici en photo) – va pour sa part “téléporter” un collaborateur. Avec ce robot équipé d’un micro, d’un haut-parleur, d’une caméra et placé sur des roues, il déambule dans le lieu où se tient la réunion physique et interagit avec les autres intervenants. Le visage de l’utilisateur apparaît alors sur un écran à la place de la tête du robot. Pour le piloter, il suffit d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone.Awabot