Reims : le sacre d’une nouvelle ambition

Internationalisation de l'hôtellerie, premiumisation de l'offre des maisons de champagne, projets culturels structurants, MICE : Reims ne cache pas ses nouvelles ambitions touristiques.
La cathédrale de Reims, témoin d'un passé royal comme des dernières guerres mondiales.

« Une ville en mouvement » : le maire de Reims, Arnaud Robinet, vante le renouveau qui saisit aujourd’hui la cité champenoise. Mondialement connue pour son vin d’exception ou sa cathédrale en majesté, la capitale de la région entend s’imposer comme une destination incontournable. Une montée en puissance touristique qui se matérialise par la montée en gamme des expériences dont profiteront les touristes de passage comme les voyageurs d’affaires et congressistes.

« Reims a tous les atouts pour être un acteur du tourisme premium« , décrit Philippe Verger, directeur général de Reims Tourisme & Congrès. « Nous sommes tous dans une même dynamique pour préparer le Grand Reims de demain. C’est une bascule totale », estime de son côté Arnaud Valary, directeur général du Domaine Les Crayères, une des institutions gastronomiques de la ville avec L’Assiette Champenoise, du chef triplement étoilé Arnaud Lallemand, deuxième meilleur restaurant du monde selon la Liste 2025.

Si Reims se distingue parmi les meilleures étapes gastronomiques de France avec huit étoiles au Michelin, les maisons de champagne participent plus que toutes au prestige de la ville. S’appuyant sur l’inscription à l’Unesco des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne il y a 10 ans, elles ont entrepris de réinventer leurs lieux vitrines au sortir de la pandémie. « Avant, les visiteurs étaient un peu décontenancés, s’attendant à trouver des châteaux dans les vignes au lieu de bâtiments industriels et urbains », explique Vitalie Taittinger, présidente de la Maison éponyme.

Patrimoine prestigieux

Après 18 mois de rénovation, Taittinger a rouvert ses caves historiques de Saint-Nicaise à l’été 2024. Le départ sur d’autres sites de certaines activités de production a notamment offert des lieux à réexploiter pour offrir aux visiteurs de nouveaux parcours de visite en adéquation avec le prestige de la marque, une cave de dégustation, en attendant cet été un restaurant axé sur l’idée d’assemblage déclinée par le vin de Champagne.

Vignoble de Champagne (c)Cyrille Beudot – Office de Tourisme du Grand Reims

De la même manière, la plus ancienne des maisons rémoises, Ruinart, a dévoilé cette année la métamorphose, après trois ans de travaux, du 4 rue des Crayères. Face à son bâtiment centenaire, un pavillon contemporain en pierre et verre, dessiné par l’architecte Sou Fujimoto, entouré d’un jardin de sculptures. Entre art et nature, l’adresse propose une boutique et un bar, en plus des visites de caves. Pour autant, comme le précise Caroline Carton, responsable des projets culturels et expériences de la Maison Ruinart, « L’idée est de faire rayonner un territoire. Il n’y a pas de concurrence, mais des synergies entre les maisons et les acteurs du territoire. »

De son côté, la Maison Thiénot a aussi suivi un même chemin. Situé dans une ruelle piétonne du centre de Reims, à quelques minutes à pied de la gare, « Le 3 » rue du Marc revisite l’univers de la marque, dans une bâtisse de 5 000m² au style épuré articulée autour d’un cloître végétalisé. Dès cet automne, les visiteurs pourront profiter d’un parcours libre au rez-de-chaussée s’ajoutent des visites guidées des caves historiques, une vinothèque, des ateliers interactifs. Le tout sera complété d’ici la fin de l’année par un bar à champagne en rooftop, avec vue sur la cathédrale, et un boutique-hôtel cinq étoiles de 12 chambres et une suite.

Premiumisation et internationalisation

Car l’hôtellerie accompagne la montée en gamme de la destination. Et, plus encore, la résonance de la ville dans le monde entier avec l’arrivée de groupes internationaux qui peuvent jouer sur la cohorte des membres de leur programme de fidélité. L’an dernier, un hôtel Radisson est ainsi apparu non loin des halles du Boulingrin et juste en face de l’arena. Prochainement, en mai, le groupe IHG ajoutera un deuxième hôtel dans la ville, l’Holiday Inn Express & Suites Reims Rives de Vesle. Plus tard dans l’année, ce sera au tour de Hyatt d’arriver dans la cité champenoise avec sa marque contemporaine Hyatt Centric en lieu et place de l’ex Mercure Centre Cathédrale, tandis qu’un Four Points by Sheraton, du groupe Marriott, va reprendre après transformation un ancien Campanile. Egalement en projet, un nouvel hôtel Accor, de la marque Tribe, qui sera le fruit de la rénovation et de l’extension de l’Hôtel de l’Univers.

Tous ces nouveaux quatre étoiles viendront enrichir une offre hôtelière adaptée à toutes les attentes avec plus de 4 000 chambres et 73 établissements, allant de l’économique au luxe, et quelques établissements phare comme l’Hôtel de la Paix, un Best Western Premier disposant d’un amphithéâtre de 200 places et de 9 salons modulables, ou la Caserne Chanzy.

Réhabilitation d’une ancienne caserne de pompiers de style Art Déco située juste en face de la cathédrale Notre-Dame, cet hôtel de 89 chambres compte aussi un espace séminaires pour une cinquantaine de personnes. Affilié à la marque Autograph Collection de Marriott, il fait figure de « précurseur » de ce mouvement : « Nous accueillons presque 25% d’Américains à l’année. Un quart de notre clientèle, c’est énorme, explique Baptiste Collignon, directeur de la Caserne Chanzy et par ailleurs secrétaire-adjoint du Club Hôtelier de Reims et Épernay. Il y a un cercle vertueux entre premiumisation des maisons de champagne et internationalisation des marques hôtelières« .

Mais cette dynamique de la ville est aussi portée par son offre culturelle, appuyée sur un calendrier chargé de manifestations et des projets structurants tels la métamorphose en cours du musée des Beaux-Arts et, plus encore, le futur musée des sacres. Attendu en 2026 au sein du Palais du Tau, la résidence épiscopale voisine de la cathédrale, ce musée va raconter l’histoire de ces 33 rois venus se faire sacrer à Reims, depuis Louis le Pieux en 816 jusqu’à Charles X il y a deux siècles, en 1825. « Ce sera plus un musée d’atmosphère qui permettra de vivre et comprendre la cérémonie du sacre qu’un lieu aride la décrivant de manière érudite, précise Jocelyn Bouraly, administrateur du palais du Tau pour le Centre des monuments nationaux. Mais ce sera aussi un lieu de vie au cœur de la ville, où venir flâner et déambuler, avec un café dissocié de la partie muséale« .

Simulation Salle d’introduction : le choix de la cathédrale de Reims© Casson Mann / Centre des monuments nationaux

Ces développements clés couronnent les ambitions d’une métropole qui joue avec son temps. L’embellissement en cours de la « Voie des Sacres » aboutira bientôt à un cœur de ville reverdi et attractif. Reims part aussi à la reconquête de son canal avec la création des Berges de Reims, agrémentées d’une promenade au bord de l’eau et d’une passerelle pour les mobilités douces. Balade dans les vignobles, activités dans le parc régional de la montagne de Reims : la ville dispose de toutes les composantes « nature  » d’un événement corporate, en plus de lieux atypiques pour des événements à travers ses caves et ses atouts culturels privatisables.

A grandes ambitions, grands événements

Car, dans sa stratégie, la ville ne néglige pas le tourisme d’affaires, souhaitant au contraire renforcer son positionnement grâce à des infrastructures modernisées. Depuis 2019, GL Events gère le gros de l’offre MICE rémoise, que ce soit le centre des congrès, un parc des expositions récemment rénové en plus de l’arena de 10 000 places lancée en 2022. « Plus que le sport ou les concerts, sa cible principale sont les congrès, eux qui génèrent le plus de retombées économiques pour le territoire« , remarque Valéry Gissat, directeur général de Reims Events.

Si la ville a accueilli 6000 congressistes pour 15 congrès en 2024, elle recense un total de 180 événements centre congrès, parc des expositions et arena confondus. Mais, pouvant héberger des conventions de 2500 participants, Reims entend aller plus loin avec pour ambition d’aller chercher des événements plus importants, qu’ils soient nationaux ou internationaux. Avec, comme atout clé, l’accessibilité de la ville, à 45 minutes de la gare de Paris Est et à une trentaine de minutes de Roissy en TGV.