Triplement de la taxe de séjour à Paris, sujet d’inquiétude pour les entreprises et les hôteliers

Destiné à financer le développement et l'exploitation du réseau de transports francilien, le triplement attendu de la taxe de séjour à Paris fait bondir les hôteliers comme les acteurs du voyage corporate.
La taxe de séjour pourrait tripler pour les déplacements professionnels en Ile-de-France, un projet suscitant l'inquiétude des hôteliers comme des entreprises. © Paris Tourist Office - Photographe : © Sarah Sergent
La taxe de séjour pourrait tripler pour les déplacements professionnels en Ile-de-France, un projet suscitant l'inquiétude des hôteliers comme des entreprises. © Paris Tourist Office - Photographe : © Sarah Sergent

En plus de la forte hausse des tarifs hôteliers enregistrée à Paris, les voyageurs d’affaires doivent-ils s’attendre à un nouveau coup de bambou prochainement ? En effet, dans le cadre d’un accord entre l’Etat et et Île-de-France Mobilités portant sur le financement du système de transport francilien sur la période 2024-2031, la taxe de séjour en Ile-de-France devrait voir son plafond augmenter de 200 %. Un projet inscrit à l’ordre du jour de la prochaine loi de finances 2024 sur laquelle les parlementaires vont bientôt se pencher. Si la décision était confirmée, la somme reversée par les hôtels franciliens devrait tripler à partir du 1er janvier 2024. Ainsi, à Paris, la taxe devrait passer de 1,25 euro par personne et par nuitée dans un hôtel deux étoiles à plus de 3 euros, tandis que dans les palaces, elle atteindrait les 15 euros par jour et par personne, contre 5, 75 euros actuellement.

La raison de ce grand bond en avant : faire face aux coûts croissants d’Île-de-France Mobilités entre mise en service du Grand Paris Express, prolongements de lignes et exploitation du réseau. Dans cadre, l’Etat ne sera pas le seul à aider la région, notamment à travers une avance remboursable à taux nul de deux milliards d’euros ou une subvention de 200 millions accordée à Île-de-France Mobilités. Les entreprises – à travers une hausse de + 0,25 point des taux plafonds du versement mobilité -, mais surtout les visiteurs, qui profitent de ces transports lors de leurs séjours, vont être mis à contribution pour mener à bien ces vastes et coûteux projets. Les voyageurs d’affaires et leurs entreprises seront donc naturellement exposés à ce surcoût, comme le remarque Michel Dieleman, président de l’Association Française du Travel Management (AFTM) : « L’hôtellerie à Paris va coûter beaucoup plus cher, ce qui n’est pas un bon signe d’autant que ça ne fait qu’augmenter des prestations qui ont déjà pris entre 30% et 40%« .

Si le ministre des Transports Clément Beaune s’est réjouit d’un « accord historique, nécessaire et exemplaire« , si la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse y voit l’assurance du « financement pérenne du Grand Paris Express » tout comme la garantie d’une modération de la hausse du pass Navigo, les professionnels de l’hébergement ne se montrent pas aussi dithyrambiques, loin de là. « Avec 200% d’augmentation de la taxe de séjour prévue en 2024, Paris et la région Ile de France décrochent déjà la médaille d’or de la fiscalité !« , ont réagi de concert l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) et le Groupement national des chaînes hôtelières (GNC).

Ces deux syndicats sont en effet vent debout contre cette mesure prise sans concertation avec les représentants de l’hôtellerie-restauration, Jean Virgile Crance, président du GNC, remarquant « un bien mauvais signal envoyé à tous celles et ceux qui comptaient se rendre à Paris et en Ile de France en 2024« . Les professionnels franciliens craignent en effet un impact sur l’attractivité de leurs établissements et la compétitivité de la destination Paris. D’autant que les hôteliers ne sont pas logés à la même enseigne que leurs concurrents des autres grandes villes européennes.

Car Paris deviendrait du même coup la capitale européenne ayant la taxe de séjour la plus élevée. A Rome, celle-ci est capée à 7 euros, à 4 euros maximum à Bruxelles et Athènes ou encore à 2 euros à Madrid. Quant à Berlin, c’est un pourcentage du prix de la nuitée qui s’applique, un système proportionnel pour lequel plaide la maire de Paris Anne Hidalgo : « Pour plus de justice, je demande à ce que la taxe de séjour corresponde à un pourcentage du prix de la nuitée fixé à 5%, comme à Berlin. Cela permettrait à la fois de financer les transports et les collectivités. Pour la Ville de Paris, il s’agit d’une ressource très importante« .

PDG de la chaîne économique EasyHotel, Karim Malak explique qu’historiquement, cette taxe a toujours été « très compliquée à gérer. Elle est mal prise en compte par les systèmes de réservation, inclue par certains sites et non par d’autres. Quand elle est demandée à la réception, les clients ne veulent pas toujours la payer…« . S’il dit « comprendre la logique de faire porter une partie de la charge des infrastructures de transport sur les touristes« , il souligne également qu’avoir plus de taxe n’est jamais une bonne nouvelle : « ça peut avoir un impact assez significatif pour les hôtels économiques« .

Facture plus élevée pour les voyages et séminaires

En effet, si les clients individuels de l’hôtellerie haut de gamme devraient pouvoir supporter assez facilement une augmentation d’une vingtaine d’euros pour un séjour de deux ou trois nuits, les familles et les voyageurs d’affaires aux budgets serrés pourraient avoir à faire des arbitrages alors que l’hôtellerie parisienne se paie déjà au prix fort. De la même manière, pour les entreprises, la facture de leurs déplacements et séminaires en région parisienne ne pourra que s’élever.

« Sur un citycap calculé à l’euro près, ça change tout, remarque Margaux Grignard, Travel & Communication Category Manager de Thales et membre du comité exécutif de GBTA France. Nous n’avions pas pris en compte cette possible croissance possible de 200% dans la préparation de notre politique pour 2024. Ce qui veut dire qu’on va devoir sans doute revoir ces city cap. De la même manière, cela peur avoir un impact sur les séminaires, dont les coûts seront plus élevés qu’ils ne le sont déjà, ou alors ils diminueront de taille« .

« Le panier moyen aujourd’hui à Paris est à 120 euros, constate Ziad Minkara, PDG de CDS Groupe. Donc 5 euros supplémentaires, c’est 3,75 % en plus, le tout s’ajoutant à une inflation de 4,9%« . « Soit 8,65% d’augmentation qui impacte les budgets des entreprises dans le cadre des déplacements professionnels« , souligne cet acteur clé de la réservation hôtelière corporate pour qui cette augmentation de 3% à 5% ne va bénéficier « ni à l’hôtelier, ni aux entreprises, ni aux GDS, ni aux distributeurs, mais financer autre chose que l’hôtellerie« . « On peut comprendre une hausse de +50%, mais là, c’est tout d’un coup une multiplication par trois, ajoute Ziad Minkara. Ca veut dire aussi que, demain, toutes les villes peuvent se réveiller et vouloir compenser leur manque à gagner sur la taxe d’habitation via la taxe de séjour« . On imagine déjà les hôteliers et les entreprises lui suggérer de ne pas leur donner de mauvaises idées…