Les réseaux de train à grande vitesse déraillent en Asie du Sud-Est

Alors que l'Asie du Sud-Est rêvait de devenir la prochaine région du monde à offrir une alternative ferroviaire à grande vitesse à ses habitants et visiteurs, voici que la plupart des projets sont fortement retardés lorsqu'ils ne sont pas tout simplement annulés. Seule exception: la ligne entre la Chine et le Laos entrera bien en service le 2 décembre prochain...
Le premier train à grande vitesse au Laos arrive (Photo : DR)

Les trains à grande vitesse sont devenues une marque de la modernité d’un pays. France, Allemagne, Espagne, Italie, Suède et en Asie, Japon, Corée, Chine et Taiwan le prouvent. L’Inde devrait d’ailleurs rapidement rejoindre ce club.

Pour l’instant, l’Asie du Sud-Est reste à la traîne malgré la multiplication des projets et la symbolique ligne à grande vitesse reliant Kuala Lumpur à son aéroport. Pourtant cette partie du monde ne manque pas d’ambitions.

La ligne ferroviaire pan-Asiatique prévue entre Kunming en Chine et Singapour était le grand projet monumental de début du 21ème siècle. En fait, il s’agit de trois projets qui avec des tracés différents. Le premier, dévoilé en 2000 et long de 5 500 km doit relier par le rail Kuming à Singapour via Hanoi, Ho Chi Minh-Ville, Phnom Penh, Bangkok puis Kuala Lumpur. Elle est désormais renommée la « Ligne Orientale ». En 2004, a été révélée la « Ligne Occidentale » qui relierait les deux mêmes villes mais cette fois-ci via la Birmanie, Bangkok et la Malaisie. Enfin, en 2007, les pays de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est) ont approuvé une  troisième option « Ligne Centrale ». Elle relie cette fois ci Kunming à Singapour via le Cambodge, Bangkok et la Malaisie.

Hors de ce projet, l’Indonésie souhaite construire deux lignes à relative grande vitesse (140 à 160 km/h) reliant Jakarta à Bandung et Surabaya. Aux Philippines, il existe également des projets pour connecter Manille au nord de l’île de Luzon. Au Vietnam, les autorités finalisent un projet vieux de plus d’une décennie pour un train à grande vitesse de Hanoi à Ho Chi Minh-Ville.

La ligne Kuala Lumpur-Singapour aux oubliettes

Sauf qu’entre temps, il y a peu de chances qu’une de ces lignes voient le jour dans un futur proche. Car, entre changements de gouvernements, révisions des budgets, collusion entre milieux politiques et économiques, défiance vis à vis de la Chine qui finance beaucoup de ces projets, la grande vitesse ferroviaire en Asie du Sud-Est a du plomb dans l’aile.

En 2021, la Malaisie a officiellement renoncé au projet de train à grande vitesse de Kuala Lumpur vers Singapour, qui aurait permis de relier les deux métropoles en 1h30 au lieu de 5 à 6 heures avec un train classique. L’argument invoqué fut le coût trop élevé d’un tel projet.

Dans l’Indonésie voisine, le gouvernement est confronté à l’envolée des coûts pour la ligne à grande vitesse Jakarta-Bandung construite avec des capitaux chinois. Les travaux ont déjà trois ans de retard tandis que le coût de la ligne est passé de 5,5 à 8 milliards de dollars entre 2015 et cette année.

Les experts estiment que 80% de la ligne est désormais achevée mais le gouvernement indonésien se trouve désormais contraint à éponger une dette qui ne fait qu’enfler au profit de son partenaire chinois. Lorsque la ligne ouvrira désormais début 2023, elle mettra Bandung à 45 minutes de Jakarta.

Retards sur toute la ligne pour l’Indonésie et la Thaïlande

L’Indonésie modernise également la ligne Jakarta-Surabaya via Semarang cette fois-ci avec le concours financier et technologique du Japon. Les travaux ont débuté avec la possibilité de faire rouler des trains à une vitesse moyenne de 145km/h au lieu de 90km/h actuellement. La ligne devrait entrer en service en 2024 et permettrait aux deux métropoles d’être reliées en moins de six heures.

Ce TGV chinois est celui retenu pour la ligne Jakarta-Bandung (Photo : Jakarta Post)

La Thaïlande s’est également lancée dans un ambitieux plan de lignes ferroviaires à grande vitesse reliant Bangkok au nord-est du pays et vers les régions centrales du pays. Cinq lignes ont été approuvées en 2010 par le gouvernement et le parlement. Sauf, qu’entre temps, le gouvernement a changé et qu’il a remis en question l’attribution des concessions de lignes. Elles ont été confirmées mais les retards désormais s’accumulent.

Deux lignes sont en train de prendre forme. La première doit relier l’aéroport de Don Mueang au nord de Bangkok, le centre de la capitale, l’aéroport de Suvarnabhumi, Pattaya et enfin, l’aéroport de U-Tapao (désigné désormais comme le troisième aéroport de Bangkok) au sud de la station balnéaire. Les trains rouleraient à 250 km/h permettant de relier les deux aéroports de Bangkok on moins de 30 minutes et Pattaya/U Tapao en 40 minutes. Le projet est approuvé et les travaux doivent commencer pour une ouverture prévue en 2026/2027.

L’autre projet, le plus avancé est la ligne reliant Bangkok à Nakhon Ratchasima avec prolongation vers la frontière avec le Laos. Une ligne longue de 840 km financée par la Chine. Sauf que pour l’instant seule la première partie de la ligne est en construction. Elle reliera donc Nakhon Ratchasima- seconde ville de Thaïlande avec 300 000 habitants- à Bangkok en un peu plus d’une heure. La ligne était initialement prévue pour débuter en 2022 puis 2023. On parle désormais de 2025

La seconde partie de la ligne doit aller vers Nong Khai et le Laos. La construction de cette partie de ligne n’a pas encore débutée. Aucune date précise n’est désormais avancée mais on estime que le projet pourrait être terminé autour de 2030 ! Or elle devait permettre de connecter également la Thaïlande à la Chine via la nouvelle ligne à grande vitesse traversant le Laos.

Le Laos, seul pays d’Asie du Sud-Est avec un TGV

C’est en effet pour l’instant le seul projet de train à grande vitesse sur une ligne internationale qui va devenir une réalité en Asie du Sud-Est. Construite et financée par la Chine, elle traverse le Laos sur 427 km dont 198 km de tunnels. Débutée en 2016, la ligne est la première véritable liaison ferroviaire dans le pays, hormis une petite section de 5 km qui connecte une banlieue de Vientiane, la capitale, à la frontière thaïlandaise. Le train reliera donc Vientiane à la frontière chinoise via la ville historique de Luang Prabang. Celle-ci sera désormais à un peu plus de deux heures de train de la capitale laotienne. L’ouverture officielle est pour la fin de l’année.

Enfin, on parle depuis de nombreuses années d’un train à grande vitesse reliant Hanoï à l’ancienne Saïgon, sur un parcours de 1 570 km. Les trains actuels -propulsés au diesel- circulent en partie sur une seule voie, reliant les deux métropoles en… 29 heures! Si un projet de train façon Shinkansen est adopté, le temps de trajet serait réduit à 5h30. Si une version moins chère (et plus lente) est retenue, le parcours se ferait en 8 heures.

Cette ligne à grande vitesse a été évoquée pour la première fois en 2007, abandonnée puis remise en selle en 2012. L’an passé, le gouvernement indiquait être entré dans la phase active du projet. Les travaux ont débuté sur deux portions entre Hanoï et Vinh au nord et entre Ho Chi Minh-Ville et Nha Trang au sud. Ces deux portions pourraient ouvrir vers 2032. Le reste serait achevé à l’horizon 2045.

Toujours dans l’ex Indochine, on évoque depuis l’époque française une ligne ferroviaire connectant Phnom Penh à Ho Chi Minh-Ville distante de 230 km seulement. Mais là encore, rien n’est vraiment concret malgré deux accords signés par les gouvernements cambodgien et vietnamien. Les lignes aériennes régionales ont en conséquence encore de belles heures devant elles !