Trainline ne veut pas d’un monopole de SNCF Connect

Les distributeurs indépendants comme Trainline veulent éviter que le site SNCF Connect ne renforce davantage ses positions en vendant les nouvelles compagnies ferroviaires.
Alexander Ernert, DG France de Trainline et porte-parole d'ADN Mobilités, ne plaide pas pour la distribution de toutes les compagnies sur le site SNCF Connect.
Alexander Ernert, DG France de Trainline et porte-parole d'ADN Mobilités, ne plaide pas pour la distribution de toutes les compagnies sur le site SNCF Connect.

Début avril, l’Association française du Rail (Afra) militait pour que ses compagnies membres (Trenitalia, Renfe, Le Train, Transdev, Proxima/Velvet…) soient vendues sur SNCF Connect afin d’augmenter leur visibilité et leurs ventes. Une demande choc faite en prévision du projet de loi-cadre de modernisation, de développement et de financement des transports qui sera débattu à partir de la semaine prochaine au Sénat. Rejetée par SNCF Voyageurs, qui n’entend pas faire de cadeau à ses concurrents actuels et futurs qui se positionnent sur ses lignes les plus lucratives, cette proposition n’est pas non plus du goût de Trainline, son challenger en matière de vente de billets de train (et de bus) en France et en Europe.

La plateforme souhaite « une distribution ouverte au bénéfice des voyageurs » et se veut le porte-parole d’ADN Mobilités qui compte plusieurs distributeurs indépendants comme Kombo, Omio et Blablacar. « Nous sommes contre. L’obligation qui pourrait être donnée à SNCF Connect via cette loi-cadre n’est pas la seule solution pour ces compagnies pour accroître leur visibilité », assure Alexander Ernert, le directeur général France de Trainline qui ne souhaite pas d’interférence du législateur « dans un marché nouveau qui se développe grâce à l’ouverture à la concurrence ».

Nouvelles compagnies, nouveaux distributeurs

Le sujet est crucial, voire une question de survie pour certains de ces acteurs. Une ouverture de SNCF Connect aux compagnies alternatives mettrait en péril leur modèle économique en augmentant encore davantage le poids du site de la SNCF, qui s’élève déjà à 85% sur la vente de billets de train en général et à 93% pour les billets longue distance en particulier, avec le TGV en tête de gondole.

SNCF Connect dépasse ainsi les 1,5 milliard de visites par an laissant pour l’instant peu de place à ses concurrents. Et Alexander Ernert de pointer notamment « l’importance des cartes de réduction SNCF de type cartes Avantage qui rend les voyageurs captifs de SNCF Connect ». Cette situation déjà de quasi-monopole pourrait toutefois évoluer avec l’arrivée de Velvet en 2028 et Le Train en 2029. Si ces projets aboutissent… D’ores et déjà, la commercialisation de Trenitalia a permis à Trainline d’augmenter sensiblement ses ventes en France, avec un effet de boost grâce au lancement des Paris-Marseille en Frecciarossa depuis juin 2025.

Les voyageurs ont commencé à comparer

Pour justifier son opposition à la revendication de l’Afra, Trainline met en avant les résultats d’une étude réalisée par le cabinet Charles River Associates auprès de quelque 900 voyageurs ferroviaires dans l’Hexagone. Celle-ci révèle que « 67% commencent par une recherche en ligne », que « 51% utilisent déjà des plateformes pour comparer les prix ou les trajets » et que « 76% des usagers [interrogés] connaissent déjà des moyens alternatifs pour acheter leurs billets ».

« Beaucoup de voyageurs utilisent Trainline comme comparateur, mais réservent au final en direct sur les sites des compagnies », regrette Alexander Ernert. Et d’insister : « SNCF Connect n’est pas le guichet unique pour acheter des billets de train en France. L’avantage des distributeurs indépendants réside dans la recherche de meilleurs tarifs, de réalisation de trajets transfrontaliers et d’agrégation d’autres modes de transport comme le car ou l’autopartage ».

L’exemple de l’Espagne pour justifier le statu quo

Le second argument de Trainline réside dans l’exemple de pays voisins comme l’Espagne, l’Autriche voire la Grande-Bretagne où la concurrence ferroviaire est importante. « Les distributeurs indépendants ont trouvé leur place en Espagne grâce à la multiplicité de l’offre composée d’Iryo, de Ouigo et de la Renfe, qui exploite en parallèle une marque low cost avec Avlo. La comparaison permet aux voyageurs de trouver les meilleurs prix, ceux-ci ayant baissé grâce à la concurrence entre les opérateurs. Côté distributeurs, la concurrence est aussi un gage d’innovation grâce à un développement constant des outils numériques », estime le DG de Trainline.

Au final, Trainline, qui parle au nom d’ADN Mobilités, estime qu’il est prématurer de statuer sur le sujet alors que les distributeurs se développent dans l’Hexagone. Et ce alors que la Commission européenne a fait du transport ferroviaire l’une de ses priorités avec notamment le déploiement voulu d’un réseau européen à grande vitesse. L’autre défi pour l’association reste d’améliorer la relation commerciale avec la SNCF qui accorde une commission minime pour la vente de chaque billet, notamment de Ouigo.