
Différents niveaux de lecture s’imposent face au Travel Smart Ranking 2025 dévoilé début avril par Transport & Environnement. Et en ces temps agités, mieux vaut probablement d’abord jeter un œil sur les bonnes nouvelles qui émanent des données compilées dans cette quatrième édition. D’autant que les précédents rapports de T&E n’ont pas toujours incité à l’optimisme… Le principal groupe de campagne pour le transport propre en Europe s’est focalisé sur la période 2019-2023, avec comme principal enseignement un recul sensible des émissions causées par les déplacements des grandes entreprises mondiales. En 2023, les émissions liées aux voyages d’affaires de 239 multinationales étaient ainsi inférieures de 34% à celles de 2019. Une tendance qui repose notamment sur une baisse du recours à l’avion par rapport aux niveaux pré-covid. Denise Auclair, responsable de Travel Smart, en atteste : « Le passage à des voyages qui ont du sens et à moins de vols est clair. De nombreuses entreprises le font avec succès tout en restant compétitives ».
Publicis, Crédit Agricole et l’Europe parmi les bons élèves
Pour rester dans cette veine positive, on retiendra les efforts fournis par les bons élèves de ce Travel Smart Ranking 2025. A commencer par les acteurs français étudiés par Transport & Environnement. Deux entreprises se distinguent en obtenant la note maximale de A – les système de notation allant de A à D – à savoir Publicis et Crédit Agricole. Les deux groupes ont respectivement réduit leurs émissions de 23% et 44% entre 2019 et 2023. Contacté par la rédaction, le Crédit Agricole indique avoir lancé un suivi carbone avec la mise en place dans certaines entités de budgets carbones alloués par directions. Le groupe a en outre déployé un outil de réservation à la mi-2023 afin de sensibiliser les collaborateurs dès la réservation sur les émissions générées par leur déplacement. De quoi aider Crédit Agricole a atteindre ses objectifs : le groupe a pris l’engagement de réduire une partie de son scope 3, à savoir les émissions liées à ses déplacements professionnels, de 50 % d’ici 2030 par rapport à 2019.

Parmi les autres bons élèves à retenir de cette promotion France du Travel Smart Ranking, retenons notamment Capgemini (-45%), AXA (-34%) ou encore Dassault Systemes (-60%), avec dans les trois cas une note de B. Quant au classement mondial, il frappe par l’hégémonie des acteurs européens parmi les mieux notés. Sur les 21 groupes notés A par Transport & Environnement, seuls 5 ne sont pas originaires du Vieux Continent, dont trois entreprises américaines et deux indiennes. La Suisse se distingue une nouvelle fois parmi les tout meilleurs élèves en s’arrogeant les deux meilleures notes du classement grâce à Swiss Re et Zurich Insurance Group. Les deux groupes ont réduit leurs émissions de 67% et 66% entre 2019 et 2023.
Les résultats engrangés par ces bons éléments du palmarès 2025 pourraient inciter à l’optimisme, s’ils n’étaient pas gâchés par d’autres acteurs majeurs de l’économie mondiale. Jérôme du Boucher, responsable Aviation pour T&E France, témoigne : « De nombreuses entreprises parviennent à concilier compétitivité et réduction des voyages en avion. Néanmoins, certaines entreprises mettent en péril l’ensemble des progrès réalisés. Il est temps que les grands pollueurs qui n’ont pas d’objectif précis de baisse de leurs émissions suivent l’exemple des autres. Réduire les émissions des voyages d’affaires est l’une des solutions les plus rapides et les plus simples pour que les grandes entreprises atteignent une partie de leurs objectifs en matière de développement durable ».

Transport & Environnement pointe tout particulièrement deux entreprises sous pavillon français : LVMH, dont les émissions liées aux déplacements professionnels ont augmenté de 63% entre 2019 et 2023, et l’équipementier Valeo (+71%). Au global, le club des « Top Fliers » identifiés par ce palmarès regroupe 25 entreprises qui se distinguent par leurs volumes de déplacements aériens exceptionnels. Parmi elles figurent de grands noms du voyage (Boeing), de la tech (Apple, Meta, Alphabet, IBM, Microsoft), du consulting (KPMG, Accenture) ou du divertissement (Netflix, Walt Disney). Or, comme le rappelait précédemment T&E, « Un petit groupe d’entreprises bien connues a une part d’émissions plus importante que le reste des entreprises du classement. Si les 25 plus grandes entreprises de notre classement fixaient des objectifs de -50 % pour leurs émissions liées aux voyages d’affaires d’ici 2025, cela permettrait d’atteindre 31 % de réduction pour l’ensemble des entreprises« .

Toutes n’affichent pas pour autant des émissions en hausse. Nombre d’entre elles ont même réduit sensiblement depuis 2019 à l’instar d’Accenture (-72%), de SAP (-78%) ou de Microsoft (-66%). Mais à travers ce rapport, Transport & Environnement entend surtout pointer la nécessité de se fixer des objectifs en matière de réduction, comme le note Denise Auclair : « Des objectifs spécifiques sont essentiels pour la responsabilité climatique des entreprises afin de réduire efficacement leurs émissions de voyages d’affaires. Les entreprises leaders ont montré que la combinaison d’objectifs spécifiques avec une boîte à outils de stratégies pour réduire les vols fonctionne et a du sens sur le plan commercial. Il est grand temps que les retardataires rejoignent cette transformation vers un avenir où les voyages en avion ne compromettent plus la santé de notre planète et de ses habitants », avertit la responsable de Travel Smart.

















