Ukraine International Airlines : la prochaine victime en Europe ?

La situation financière de la compagnie Ukraine International Airlines s’est fortement dégradée et son plan de restructuration rappelle fortement ceux de Jet Airways et d’Adria Airways, avant leur effondrement…

Ukraine International Airlines
Les difficultés économiques d'Ukraine International Airlines ont contraint la compagnie à réduire la voilure et à réorganiser son réseau

Il y a des airs de déjà-vu dans le plan de restructuration qu’a récemment présenté le transporteur national Ukraine International Airlines (UIA), plan qui a pris effet au mois de novembre. La principale compagnie aérienne du pays est à bout de souffle, et son nouveau président, Evgeny Dykhne, a annoncé fin octobre être contraint de réduire ses vols et de remodeler son réseau de lignes. 2019 sera de fait la troisième année consécutive de pertes pour la compagnie. En 2018, la rentabilité nette du transporteur avait chuté de 9%. UIA n’a plus versé de dividendes à ses actionnaires depuis 2010.

Plusieurs facteurs expliquent cette spirale descendante. « La compagnie aérienne ne peut pas fonctionner à plein potentiel en Ukraine, en raison du faible pouvoir d’achat des voyageurs locaux. Le marché intérieur ne représente que 35% des ventes d’UIA contre 60% à 65% chez d’autres compagnies », décrivait récemment à des médias locaux Aron Maiberg, copropriétaire de Ukraine International Airlines et membre du conseil de surveillance des actionnaires.

des dépenses supplémentaires de 216 millions de dollars US en carburant

S’ajoute à cela l’interdiction pour la compagnie de survoler l’espace aérien russe, l’obligeant à faire d’importants détours – notamment sur le trafic vers l’Asie. Selon Aron Maiberg, cette fermeture de l’espace aérien russe aux avions immatriculés en Ukraine se traduit par d’énormes coûts supplémentaires. « Nous dépensons maintenant 12 000 dollars supplémentaires pour le vol de Kiev à Almaty, 17 000 dollars pour Astana, 5 000 dollars pour Bakou et de 7 000 à 10 000 $ sur Bangkok selon le type d’appareil », expliquait encore le copropriétaire de la compagnie. « En quatre ans, cela s’est traduit par des dépenses supplémentaires de 216 millions de dollars US en carburant« .

Sans subvention de l’Etat ukrainien, UIA doit donc prendre le taureau par les cornes en fermant ses lignes déficitaires et en appliquant un plan drastique de restructuration de son réseau. Ces mesures condamnent de fait le hub de Kiev, qui, s’il était secondaire, avait cependant trouvé son positionnement sur l’axe Europe-Asie et entre Europe occidentale et orientale.

Ce mois de novembre, Ukraine International Airlines cesse l’exploitation de ses lignes vers Amman, Minsk et Riga, puis de Cracovie au printemps. Le hub de Kiev ne bénéficiera plus que d’une seule vague de départs et d’arrivées chaque jour, avec les conséquences que cela peut signifier pour les passagers en cas d’imprévu. Seuls Vilnius, Londres et les autres grandes villes ukrainiennes sont desservis encore deux fois par jour tandis que les vols vers Bruxelles, Erevan, Paris CDG, Stockholm, Varsovie et Vienne ne sont plus desservis que par une unique fréquence quotidienne depuis le 16 novembre. La compagnie a également suspendu son vol quotidien sur Pékin et s’apprête à faire de même sur Bangkok fin mars, après avoir déjà réduit le nombre total de ses fréquences hebdomadaires de six à trois sur la Thaïlande. Ces suppressions suivent ainsi l’arrêt des vols sur Colombo, Bakou et Almaty. La compagnie aérienne a en conséquence vu sa part de passagers en transit à l’aéroport de Kiev reculer de 28 à 23% en moins d’un an.

Ces modifications devraient rester en vigueur aussi longtemps que le gouvernement ukrainien ne monte pas au créneau pour trouver des solutions en vue de soutenir sa compagnie nationale. Pas sûr que ce chantage déguisé réussisse, l’Ukraine se trouvant dans une situation économique délicate.