UNIMEV : la transition écologique au cœur de son rendez-vous annuel

Comme tous les ans, l'UNIMEV a organisé son rendez-vous See You There, à Versailles cette année. Retour avec Béatrice Cuif-Mathieu et Philippe Pasquet, ses co-présidents, sur les enjeux du secteur et cette édition, marquée notamment par une intervention de François Gemenne sur la transition écologique.
Béatrice Cuif-Mathieu et Philippe Pasquet, co-présidents d'UNIMEV, lors de l'événement See You There 2024.
Béatrice Cuif-Mathieu et Philippe Pasquet, co-présidents d'UNIMEV, lors de l'événement See You There 2024.

Un format plus court en cette année olympique, mais non moins efficace : pour son rendez-vous annuel See You There (SYT), après Nancy et Deauville, l’UNIMEV avait choisi le palais des congrès de Versailles pour réunir plus de 300 acteurs de la filière événementielle autour de moments d’échanges professionnels et de conférences sur des thèmes proches de leurs problématiques. L’occasion d’aborder les conditions propices à l’innovation au sein d’une entreprise avec le consultant Fred Calantonio, le comportement des foules avec le chercheur à l’Institut Max Planck Mehdi Moussaïd ou encore le futur de l’intelligence artificielle avec l’entrepreneure et consultante Morgane Soulier.

Un autre sujet, on ne peut plus d’actualité aujourd’hui et plus encore demain, a pris toute sa place : l’impact de la transition écologique sur l’avenir des grands rassemblements mondiaux et la filière événementielle. Une session animée par François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l’Université de Liège et professeur à HEC, Sciences Po. Sur son CV, une autre ligne attire l’attention, celle d’auteur principal du dernier rapport du GIEC. Ce spécialiste des questions environnementales la question qui a fait passé à cette occasion plusieurs messages en résonance avec l’évolution des acteurs de la filière événementielle. Notamment le fait de rendre les politiques climatiques non pas acceptables, mais désirables ou l’importance de chaque petite action plutôt que le découragement face à l’énormité du problème.

François Gemenne, auteur principal du rapport du GIEC, lors de l’événement SYT 2024.

« Si 85% des Français se disent inquiets des conséquences des changements climatiques, cela ne se traduit pas forcément en volonté d’agir. A fortiori si cette action climatique est présentée comme une contrainte, comme c’est souvent le cas, remarque François Gemenne. Or chacune des décisions que nous prendrons, chacune des actions que nous engagerons peut avoir une énorme importance et fera que la hausse de température sera de deux, de trois ou plutôt de quatre degrés« .

Autre constat énoncé par ce spécialiste des questions liées à l’impact des changements climatiques : les effets pervers d’objectifs à très long terme, entre procrastination et moindre implication puisque peu de dirigeants et de chef de gouvernements actuels seront encore là à l’heure de la neutralité carbone en 2050. « A l’inverse, avec des objectifs de réduction chaque année, ça dessine une trajectoire beaucoup plus crédible et réaliste, qui va permettre de baliser mon action et de rectifier au besoin« , poursuit l’auteur du rapport du GIEC. « C’est pour ça que le bilan carbone des entreprises est très important, non pas comme simple outil de comparaison, mais de mise en lumière des progrès à faire d’année en année« , ajoute François Gemmenne, qui a pour conviction que « ceux qui se seront le plus tôt engagés dans une trajectoire de décarbonation seront gagnants dans l’économie de demain« .

Outil de mesure et politique des petits pas

Ce discours apporte évidemment de l’eau au moulin de l’UNIMEV qui a dévoilé en avril dernier son outil de mesure de la performance durable des événements Cleo Carbone. « Quand on l’entend parler de trajectoire, ça nous conforte dans le fait de l’avoir lancé, souligne Béatrice Cuif-Mathieu, co-présidente d’UNIMEV et directrice générale de Destination Nancy. Si on se met des objectifs trop lointains, trop pesants, on n’y arrive pas, alors que la politique des petits pas est très importante« . Un propos relayé par Philippe Pasquet, également co-président d’UNIMEV et par ailleurs président de GL Events Exhibitions : »En tant qu’organisation professionnelle, en poussant un outil comme celui-là, à un tarif mutualisé permettant à chaque opérateur, même les plus petits, de faire autant de mesures qu’ils le veulent, nous offrons la possibilité d’analyser l’empreinte carbone d’un événement aujourd’hui, puis pour l’édition suivante, et ainsi de suite. De même que l’empreinte de chaque acteur ou de la filière dans son ensemble« .

« Avant, ceux qui s’engageaient dans des démarches RSE le faisaient de leur propre initiative, gagnaient des appels d’offres parce qu’ils avaient une longueur d’avance. C’est maintenant un pré-requis« , poursuit Béatrice Cuif-Mathieu. Un point devenu essentiel aux yeux des clients, sociétés cotées, pouvoirs publics et autres. « Les multinationales qui participent à un salon demandent maintenant à leurs prestataires de pouvoir évaluer l’impact de cette opération, de leurs stands. C’est quelque chose de nouveau et d’extrêmement fort« , remarque Philippe Pasquet, qui souligne en parallèle que plus de la moitié des entreprises labellisées ISO 20121 sont françaises.

Plutôt bonne élève en matière de RSE, la filière événementielle l’est aussi par son activité. Selon la direction de l’UNIMEV, l’année 2024 est prometteuse avec, à l’horizon, les JO de Paris qui, même s’ils entraîneront le report de certains événements, vont globalement doper l’activité de la filière et valoriser la destination France. « Nous nous battrons pour faire fructifier l’héritage des JO, les expériences et les nouvelles compétences engrangées, mais aussi les services mis en place qui pourraient servir à d’autres grands événements« , a ajouté Béatrice Cuif-Mathieu.

De l’utilité des rencontres selon l’UNIMEV

Corollaire positif du covid, la filière a su trouver l’écoute des pouvoirs publics à cette occasion. « La profession s’est rassemblée. Elle est plus présente auprès de l’environnement politique en ayant montré sa capacité d’effet de levier par rapport aux territoires, aux verticales économiques« , constate Philippe Pasquet. « Notre rôle en tant qu’organisation professionnelle est d’étendre notre réseau pour montrer que l’événementiel est un media d’influence, créateur de valeurs multiples au plan économique, sociétal ou environnemental« , selon Béatrice Cuif-Mathieu.

Mehdi Moussaïd, chercheur à l’Institut Max Planck de développement humain à Berlin.

La forte reprise des événements, dès les contraintes sanitaires levées, a fait « la démonstration éclatante de l’utilité des rencontres« , souligne Philippe Pasquet. Un propos illustré à sa façon par François Gemenne à travers l’exemple du rapport du GIEC rédigé pendant la pandémie. A cette occasion, plutôt que des rendez-vous réguliers pendant 15 jours dans un hôtel ou un centre de congrès à discuter de la bonne formulation ou de l’inclusion ou non de tel ou tel résultat, les scientifiques se sont retrouvés, comme tout le monde, derrière leur écran.

« La qualité scientifique du dernier rapport été considérablement amoindrie par le fait que nous n’étions plus capables de nous réunir, entre des collègues dont l’anglais n’est pas la langue maternelle et pour qui il est plus compliqué d’intervenir dans une visioconférence que dans une réunion classique, un réseau Internet de faible qualité dans les pays du Sud, des décalages horaires conséquents« , raconte l’auteur du rapport. Avec un credo en guise de conclusion : « Il faut pouvoir maintenir ces possibilités d’échanges non seulement pour la richesse humaine de ces rencontres, mais pour ce qu’elles nous permettent d’accomplir ensemble« .