UNIMEV : l’événementiel entre difficultés présentes et perspectives d’avenir

Le rendez-vous annuel de l'UNIMEV, See You There, a donné l'occasion aux professionnels de l'événementiel de revenir sur les difficultés de la filière et le soutien de l'état dans le cadre de son redémarrage. Une reprise où le digital, le développement durable et la fédération des énergies joueront un grand rôle.
UNIMEV-SYT
Bruno Le Maire a ouvert l'événement See You There, rendez-vous annuel de l'UNIMEV.

L’événement See You There (SYT), qui a rassemblé le 1er juillet les acteurs de la filière événementielle, avait cette année une saveur particulière après des mois et des mois de mise à l’arrêt du secteur. Illustration d’une tendance apparue avec la crise sanitaire, ce rendez-vous annuel de l’Union Française des Métiers de l’Événement (UNIMEV) a pris un format hybride avec un multiplex reliant le lieu principal de la journée – La Serre, un site de Viparis sur le toit du pavillon 6 de la Porte de Versailles – à différents intervenants en région, à Bordeaux, Lille-Tourcoing, Marseille, Montpellier, Orléans, Rennes, Toulouse et Troyes.

« Après 16 mois d’interruption, nous sommes très heureux de pouvoir nous retrouver ensemble pour échanger et s’inspirer, partager des initiatives innovantes« , a dit en préambule de l’événement Pierre-Louis Roucariès, qui a succédé à Olivier Roux à la présidence de l’Unimev. En plus de rassembler les adhérents de l’UNIMEV et autres acteurs de la famille événementielle, le SYT a surtout donné l’occasion de faire l’état des lieux d’une filière parmi les plus touchées par la crise sanitaire. Un secteur qui s’est démené pour entrer dans les critères du « quoiqu’il en coûte », mais qui est aujourd’hui soutenu par l’Etat dans son redémarrage. Pierre-Louis Roucariès a d’ailleurs remercié le ministre de l’Economie Bruno Le Maire pour son engagement : « Si nous avons eu du mal à entrer dans le processus de soutien de l’Etat, nous bénéficions d’une vraie aide depuis décembre 2020. »

Reste qu’avec 73 % d’activité perdue en 2020 et des pertes attendues pour 2021 s’élevant sans doute à plus d’une dizaine de milliards d’euros comme l’an dernier, le secteur n’a pas encore totalement sorti la tête de l’eau. D’autant qu’un « mur de dettes » se présente avec le milliard et demi d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE) à rembourser. Et, pourtant, les acteurs du secteur vont devoir se remettre au travail sans pouvant s’appuyer sur le chiffre d’affaires des mois précédents. D’où la demande de la filière événementielle de pouvoir bénéficier du fonds de solidarité pour passer sereinement les mois d’été, en plus d’un étalement du remboursement des PGE.

Ouvrant l’événement SYT par une allocution enregistrée, Bruno Le Maire a reconnu l’état encore précaire du secteur, mais l’a assuré de son soutien : « Ma porte est ouverte. Si des difficultés nouvelles se présentent, nous serons toujours là. Comptez sur moi dans les mois à venir. » Dans ce cadre, un plan de relance devrait être annoncé à la rentrée afin d’aider à faire revenir les clients et entreprises étrangères en France pour y tenir leurs conventions et séminaires. Car le ministre de l’Economie s’est déclaré tout à fait conscient de l’importance du secteur en termes d’emploi et d’attractivité pour la France, de même que pour le rayonnement du pays à l’international : « Les congrès, les foires et salons sont autant d’éléments qui contribuent à la vigueur de notre économie. »

Pour autant, le futur du secteur n’est pas totalement sombre, puisque Bruno Le Maire s’est dit « convaincu que les perspectives sont florissantes pour la filière. » Cet optimisme s’appuie sur ce constat selon le ministre de l’Economie : « La France devrait avoir une croissance de 5 % l’an prochain, soit une des meilleurs en Europe. Les professionnels de l’événementiel vont pouvoir bénéficier de cette dynamique. » Pierre-Louis Roucaries note à cet égard un aspect encourageant en voyant apparaître aujourd’hui « un processus de réengagement après une phase de licenciements« .

Mais, par delà les difficultés économiques de la filière, c’est aussi son adaptation aux nouvelles tendances amorcées pendant la crise que la journée organisée par l’UNIMEV a mis en avant. « On est à une époque de redémarrage, mais il ne faut pas se laisser tenter par la reprise de nos habitudes. De nouvelles formes d’événements sont apparues« , a souligné Pierre-Louis Roucaries. Les évolutions en cours et les opportunités qu’elles représentent ont été déclinées au fil des initiatives présentées par les adhérents de l’UNIMEV en région. C’est-à-dire depuis la Cité Mondiale à Bordeaux, le siège d’Alive Groupe à Tourcoing, le stade Orange Vélodrome à Marseille, le Parc Expo de Montpellier, le centre de conférences d’Orléans, le Couvent des Jacobins à Rennes, le MEETT à Toulouse ou encore le centre de congrès de l’Aube à Troyes.

La plupart des intervenants ont souligné le potentiel des régions en perspective de la reprise du secteur. « La relance de la filière se jouera dans les territoires« , estime David Puget, directeur de Quimper Événements et président de Breizh Events. Ce constat s’appuie notamment sur l’émergence du télétravail. « Les jeunes comme les moins jeunes aspirent à un cadre de vie qualitatif. Le télétravail est une phénomène durable, la réunion classique est morte, remarque-t-il. D’où une carte à jouer pour développer des formats d’événements en région, de format plus modeste, avec une partie hybride et qui apportent en plus une vraie expérience. Plein de territoires sont capables de le faire. »

D’autant que ces événements à taille humaine s’inscrivent aussi dans une autre tendance, le retour au vert et l’éco-responsabilité. Sans qu’elle soit évidemment la seule impliqué dans ce sujet toujours plus d’actualité, la région Grand Est a fait du développement durable un des piliers de la relance. Un région qui, pour séduire, peut s’appuyer sur plusieurs sites certifiés, notamment le centre des congrès de Troyes, certifié ISO 20121 depuis 2014, mais aussi sur son patrimoine naturel. Dans ce cadre, Béatrice Cuif-Mathieu, directrice générale de Destination Nancy, a montré l’implication des acteurs de sa destination dans la création d’un modèle durable et profitable, autour de la neutralité carbone, de la gestion des déchets et des circuits courts.

Mais, plus largement, Béatrice Cuif-Mathieu a aussi noté « la complémentarité entre les lieux événementiels et le tourisme de loisirs pour créer des parcours durables autour des événements. » Et de prendre l’exemple dans sa région d’une balade dans un domaine viticole de Champagne avec un chien truffier, de l’accompagnement d’un photographe animalier au plus près de la nature en Alsace ou encore d’un atelier mêlant yoga et sylvothérapie en Lorraine.

A côté des initiatives responsables et durables, le digital est aussi un des aspects clés du futur de l’événementiel. Et qui a demandé de l’adaptation de la part des acteurs de la filière pour intégrer cette nouvelle dimension. Par exemple, à Bordeaux, le groupe Galis, face à la vague de reports et d’annulations, a développé la plate-forme Virtual 388 by Galis pour faire des « e-events » pour des conférences et webinaires ou des salons avec stands et showroom virtuels et création de rendez-vous entre les exposants et les visiteurs. Dans le même ordre d’idées, l’agence Oenanim, spécialisée dans les escape games autour du vin, impossibles à organiser en raison de la pandémie, a su recréer cette expérience en digital.

A Orléans et dans sa région, cette adaptation à la nouvelle norme des événements a pris la forme de l’installation de plusieurs plateaux fixes pour éviter les montages et démontages. La mise en place de ces solutions virtuelles s’est accompagnée de l’éducation des clients pour apprendre comment travailler avec ces nouveaux outils, et qu’ils ne restent pas cantonnés aux grandes entreprises. Le tout afin d’en démocratiser et d’en massifier l’utilisation et de montrer son potentiel dans le cadre de présentations de produits, des séminaires multisites, de remise de médailles ou de trophées.

Enfin, l’événement See You There a donné aussi l’occasion de montrer sans doute une des conséquences positives de la période écoulée : celle d’avoir vu se fédérer les énergies, et ce au plan national comme au plan local. « Tout ce qui a été obtenu, souvent après pas mal de bagarre, nous a permis de gagner cinq à six ans de maturité dans nos discussions avec les pouvoirs publics« , a souligné Pablo Nakhle Cerruti, directeur général de Viparis. Pour François Navarro, directeur général de Hello Lille, « la crise a montré la nécessité de nous fédérer pour convaincre les décideurs de l’importance du secteur pour l’économie de leur territoire. »

Collectif interprofessionnel RePERE à Montpellier ou 4Event dans la région Provence-Côté d’Azur, UMENA dans la région Nouvelle-Aquitaine : dans toutes les régions, le secteur de l’événementiel s’est regroupé pour soutenir les professionnels et encourager l’innovation. Autre exemple de ces initiatives amorçant la relance de l’activité, l’événementiel toulousain a décidé de prendre en main son destin en montant en un mois et demi un festival grand public. En partenariat avec NRJ, avec des artistes locaux en première partie de noms reconnus tels Bob Sinclar ou Clara Lucciani. l’Essentiel Festival se tiendra sur trois jours début juillet et mobilisera la filière en faisant travailler 63 entreprises locales. Une façon de monter que l’union fait toujours la force.