
Quel bilan tirer de l’année 2024 dans le domaine du MICE ?
Véronique Holveck – Au niveau global, si l’on étudie la dernière consolidation trimestrielle du baromètre « Meetings Outlook » de MPI, nos 15000 membres dans le monde nous indiquent à une grande majorité (70%) qu’il y a plutôt un sentiment de stabilité en terme de business depuis janvier 2024. En France, le ressenti de nos répondants est le même. Si la demande MICE reste stable, depuis plusieurs mois, les acheteurs sont prudents quant au budget global de leurs évènements, toujours impactés par l’inflation. Pour contrer cet inconvénient, les entreprises qui souhaitent organiser des séminaires, conférences ou conventions tentent de réduire le nombre de participants en ayant recours notamment à un format hybride quand il s’agit d’un évènement mondial, diminuent le nombre d’évènements ou bien augmentent le nombre de réunions en interne. Les acheteurs MICE basés en France qui souhaitent organiser un évènement en dehors du territoire national, continuent de privilégier principalement les pays en court et moyen-courriers. Enfin, la stimulation et la motivation des collaborateurs ainsi que les incentives de récompenses sont le premier motif des évènements professionnels. Même si l’on constate que les incentives perdent quelques parts de marché en 2024 par rapport à 2023, année record en terme de demandes. En 2023, ceux-ci étaient en effet principalement justifiés par le besoin stratégique de recréer une cohésion d’équipe après les années Covid.
Comment décrire l’effet JO sur l’industrie en 2024 ? Quels impacts attendre de l’événement à plus long terme, en 2025 et au-delà ?
Véronique Holveck – Toutes les études prouvent que le nombre de visiteurs à Paris a augmenté en moyenne cet été de 20% par rapport à l’année précédente. Mais si les chiffres sont sans conteste positifs sur le segment loisirs, sur le segment du MICE, les entreprises se sont montrées réticentes à organiser des réunions d’affaires ou des évènements dès le mois de juin. Quand ils étaient prévus à Paris, elles ont préféré reporter leurs projets au dernier trimestre 2024, puis au premier trimestre 2025, au vu du manque de disponibilité de certains lieux. Si un report n’était pas envisagé, nos sondés nous indiquent avoir évité Paris entre juin et septembre, en faveur de la province ou en Ile de France. En particulier, les ‘séminaires au vert’ ont eu beaucoup de succès pendant l’été. La baisse de l’activité événementielle n’avait pas été vraiment anticipée par les hôteliers parisiens qui ont majoritairement connu une baisse de leur fréquentation à cette période et surtout en juin 2024 par rapport à juin 2023. On peut s’attendre à un premier trimestre 2025 en progression par rapport à 2024, grâce à ce décalage dans le calendrier évènementiel des entreprises. Selon moi, les retombées positives des JO dans l’évènementiel doivent être considérées à plus long terme. Les JO 2024 ont été parfaitement organisés. Ils ont permis de redorer l’image, en premier lieu, des villes hôtes des épreuves olympiques mais aussi de la France en général. La France a bénéficié d’une couverture médiatique mondiale, de nombreuses infrastructures évènementielles ont été rénovées, les dessertes en transport public ont été améliorées et ces équipements sont pérennes. Il a été démontré par le passé que les retombées économiques et touristiques ne s’arrêtent pas à la fin des JO mais qu’il existe un réel effet positif pendant une dizaine d’années, directement lié à l’évènement.

Le contexte politique en France, l’instabilité et les incertitudes qu’il suscite, peut-il avoir un impact sur le MICE ?
Véronique Holveck – Les acteurs du secteur MICE et les entreprises, quel que soit leur pays d’origine, prennent en compte les enjeux géopolitiques, climatiques, le contexte économique et la stabilité politique des pays. L’instabilité politique commence, en effet, et malheureusement, à peser sur l’attractivité de la France, qui propose pourtant des infrastructures évènementielles parmi les meilleures au monde. Ce contexte enclenche un certain attentisme quant à la validation de projets futurs par les grandes entreprises du CAC 40. Certains budgets sont même gelés. Les PME et PMI sont pour l’instant légèrement moins sensibles à cette situation.
Avez-vous une visibilité sur les conditions tarifaires à attendre en 2025 ?
Véronique Holveck – Notre baromètre MICE trimestriel inclue toujours les questions budgétaires. Les projections budgétaires pour les 12 prochains mois sont plutôt stables selon 72 % de nos répondants par rapport à 2024. Moins de sondés s’attendent à des augmentations budgétaires importantes, c’est à dire atteignant une hausse de minimum 10%. L’inflation est perçue en léger ralentissement depuis quelques mois.
Plus globalement, quels sont selon vous les principaux enjeux de l’année 2025 dans le MICE ?
Véronique Holveck – Dans le secteur mondial de l’événementiel : réussir à gérer le facteur prix, impacté par le cout élevé de l’énergie et des matières premières notamment en restauration. Et développer une stratégie RSE, favoriser les critères durables pour un maximum d’évènements, tout en respectant un budget souvent serré. Pour la France, bien gérer le tournant « après-JO » et rester la première destination touristique au monde, malgré les incertitudes politiques déjà évoquées.
Concernant le développement durable, on sent encore un grand écart entre les discours et les actes. Comment l’expliquer dans le domaine du MICE, si ce n’est le prix ?
Véronique Holveck – Dans notre dernier baromètre trimestriel, 8 répondants sur dix évoquent le critère RSE comme une demande occasionnelle ou régulière. Ils n’étaient que 2 sur 10 en 2016 si l’on consulte nos baromètres à cette période. Près de 3 entreprises sur 10 réalisent systématiquement un bilan carbone de leur évènement contre seulement 14% en 2016. Il y a indéniablement une attention grandissante de la part des entreprises pour les prestataires engagés ou labellisés dans le développement durable. Mais une réduction de l’empreinte carbone a un surcoût pour un prestataire qui doit engager des investissements supplémentaires nécessaires pour atteindre une conformité RSE et être labellisé. Cela s’explique aussi par les actions de tri des déchets par exemple. Bien que les aspects responsables soient considérés durant la phase de sélection, ils ne font pas toujours le poids face au surcoût occasionné. Le critère RSE ne constitue pas encore le facteur déterminant dans le choix final d’un lieu. Des formations RSE pointues dans le secteur, une multiplication de webinars pour se tenir informé des labels et des différentes certifications, davantage de start-up ou d’entreprises récompensées et primées pour leur efforts en durabilité enclenchent déjà un changement durable indéniable. Ce changement est accéléré par des décisions gouvernementales, comme c’est le cas en Suisse où le développement durable était déjà inscrit à plusieurs reprises dans la Constitution fédérale suisse de 1999. Recyclage systématique, Pass de transport incluant tout déplacement en train, tramways, bus, bateaux dans 90 villes allié à un Pass culturel donnant accès à 500 musées, normes strictes d’émissions de CO2, bonne gestion des déchets et aussi aménagement contrôlé des territoires pour les nouvelles constructions hôtelières sont monnaie courante chez nos voisins suisses.
Le dernier baromètre Kactus IFTM pointait une forme de décentralisation sur le marché français au profit des régions. Est-ce une tendance sur le long terme ?
Véronique Holveck – Selon moi, c’est une tendance qui sera constatée sur le long terme au profit des régions en France et des pays frontaliers, desservies par train comme le Royaume-Uni, le Benelux, l’Allemagne et la Suisse. Les deux facteurs combinés de l’inflation et de la RSE encouragent les entreprises à favoriser les destinations proches et desservies par train. Les derniers constats montrent sans surprise que les pratiques RSE des entreprises en MICE portent surtout sur le transport via une réduction des distances, le co-voiturage et la préférence accordée au train.. Enfin, le prix moyen pratiqué par les sites évènementiels ou les prestataires hôteliers est moins élevé en province par rapport à la capitale française.

















