Vols annulés : les portes de sortie pour les voyageurs au Moyen-Orient

Face à la désorganisation sans précédent du trafic aérien au Moyen-Orient, les compagnies s'adaptent en temps réel. Mais la véritable issue reste suspendue à la réouverture des aéroports émiratis.
A Dubaï, la compagnie Emirates devrait proposer 60% de son réseau de lignes à partir du 7 mars.
A Dubaï, la compagnie Emirates devrait proposer 60% de son réseau de lignes à partir du 7 mars.

Réactualisé le jeudi 12 mars à 10h00

Comment sortir des affres de la guerre au Moyen-Orient ? Depuis le 28 février, le lancement des frappes américaines et israéliennes sur l’Iran le 28 février et les ripostes iraniennes qui ont suivi ont conduit dans les premiers jours à plus de 20 000 vols annulés selon Cirium, laissant les résidents et touristes pris au piège des tourments de la géopolitique mondiale.

Le Quai d’Orsay estimait ainsi à près de 400 000 le nombre de ressortissants français résidant ou de passage dans la douzaine de pays de la région touchés par le conflit, quand les autorités britanniques recensaient 141 000 Britanniques présents dans le Golfe, dont 112 000 aux Émirats arabes unis et que la BBC évoquait un nombre compris entre 500 000 et 1 million d’Américains. Et tous les gouvernements de ces pays, mais aussi d’Allemagne, d’Italie, de République Tchèque comme d’Inde, alors que près de 8,5 millions d’Indiens vivent dans le Golfe, d’organiser chacun à leur tour des vols de rapatriements pour leur venir en aide.

Le ministère des Affaires étrangères français évoquait avoir facilité le retour en France de 900 ressortissants et estimait à 7 500 le nombre de demandes d’assistance. En plus d’avions militaires, l’Etat s’est appuyé sur l’affrètement de vols auprès d’Air France pour leur venir en aide. « Quatre vols sont partis de l’Égypte, d’Oman et des Émirats arabes unis. Trois autres sont programmés et sont en cours d’affrêtement », déclarait Jean-Noël Barrot le 5 mars, quasiment au moment où un de ces vols, parti de Paris pour Dubaï après un arrêt au Caire, avait dû faire demi-tour « en raison de tirs de missiles dans la zone », précisait sur X le ministre des Transports Philippe Tabarot.

Avec la poursuite des échanges de missiles ou de drones et la fermeture des espaces aériens, la situation est effectivement compliquée. Les compagnies européennes ont en effet cessé de desservir la plupart des aéroports de la région, au moins jusqu’autour du 15 mars en ce qui concerne Air France, voire plus tard comme KLM qui a suspendu la desserte de Tel Aviv jusqu’à la fin de la saison hiver, le 29 mars.

Dès lors, quelles sont les portes de sortie offertes aux résidents et aux voyageurs bloqués ? Si rejoindre Amman par la route depuis Israël est une possibilité, seule la compagnie Royal Jordanian y a une activité normale, la plupart des compagnies européennes habituées à desservir l’aéroport jordanien – celles du groupe Lufthansa, mais aussi Ryanair, Wizzair et Turkish Airlines – ayant suspendu leurs opérations jusqu’à nouvel ordre.

Boeing 787-9 Dreamliner d'Oman Air (Photo: Oman Air)
Boeing 787-9 Dreamliner d’Oman Air (Photo : Oman Air)

Du côté des Émirats arabes unis, l’aéroport de Mascate à Oman est devenu le pivot des opérations pour faciliter les départs de Dubaï et d’Abou Dhabi. A quelques heures de route des deux métropoles, la capitale omanaise a vu se poser plusieurs vols spéciaux affrétés par les pays européens dès le début de la crise. Mais ce sont les vols commerciaux proposés par Oman Air qui y ont surtout connu une forte demande. De ce fait, avec l’annulation de ses vols vers la plupart des destinations de la région, Oman Air repositionne ses avions pour opérer de façon normale son réseau de lignes vers l’Europe, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique. En plus de cela, face à la forte demande, face à une forte demande et rajoutera des vols vers Paris, Milan, Rome, Munich, Amsterdam, Londres, Istanbul, Le Caire et Bangkok jusqu’au 15 mars.

Flambée du prix des billets

Bien évidemment, même en temps de crise, la loi de l’offre et de la demande joue à plein. Dans un mouvement inverse aux avions cloués au sol, les tarifs des billets se sont envolés, un article d’Al Jazeera du 6 mars évoquant des passagers s’étant vu proposer des billets à plus de 5000 dollars l’aller-simple vers le Royaume-Uni, la location d’un jet privé se négociant entre 100 000 et 200 000 dollars. Alors que les compagnies moyen-orientales se sont imposées comme des plaques tournantes pour les touristes ou les voyageurs d’affaires entre l’Europe et l’Asie, ces disruptions ont un effet boule de neige sur le tarif au départ de Singapour, Hong Kong ou Bangkok en Asie. L’absence des vols en correspondance à Dubaï ou Doha engendre ainsi des reports vers les vols de Singapore Airlines, Cathay Pacific ou Thai Airways.

De son côté, Air France accroît son offre en positionnant depuis le 4 mars des avions de plus grande capacité sur ses vols au départ de Bangkok, Singapour, Dehli, Mumbai, Shanghai, Tokyo et Phuket. En parallèle, Air France propose aussi des vols supplémentaires au départ de Bangkok, Singapour et Dehli.

(Photo: LC)
(Photo: LC)

Comment rentrer de Dubaï ?

Pour autant, ces initiatives ne compenseront qu’imparfaitement la suspension des vols en transit par les aéroports des Emirats. La reprise des vols depuis Dubaï, Abou Dhabi et Doha est, de fait, la seule porte de sortie à grande échelle pour la grande majorité des résidents et voyageurs de passage dans le Golfe.

Dans ce cadre, si les aéroports de Dubaï et d’Abu Dhabi ont rouverts, l’activité y est loin d’atteindre la normale. Etihad, qui avait annulé ses vols de et vers Abu Dhabi jusqu’au 6 mars au matin, les reprend progressivement, desservant plusieurs destinations clés entre le 6 et le 19 mars. Paris CDG est ainsi relié à l’émirat à raison d’un vol les 12 et 14 mars et deux vols les 13 et 15 mars. La compagnie d’Abou Dhabi propose également du 12 au 15 mars deux vols quotidiens vers de Londres, tout en desservant tous les jours Francfort, Dublin, Le Caire comme de nombreuses villes indiennes et d’Asie du Sud Est.

De son côté, Emirates entend revenir progressivement à son réseau de lignes habituel depuis le 7 mars, avec ce jour là 106 vols aller-retour quotidiens vers 83 destinations. Toutefois, la compagnie prévoit un retour à 100 % de son réseau dans les prochains jours, « sous réserve de la disponibilité de l’espace aérien et du respect de l’ensemble des exigences opérationnelles ». Toutes les grandes métropoles sont ainsi concernées par le nouveau programme de vols, dont Paris CDG et Nice, Lyon n’étant pas encore au programme.

A Doha, si les vols réguliers de Qatar Airways restent suspendus, la compagnie a reçu l’autorisation de l’Autorité de l’aviation civile, confirmant la sécurité du couloir aérien, pour reprendre un programme de vols limité. Qatar Airways prévoyait ainsi d’opérer le 12 mars des vols à destination de Francfort, Madrid et Londres. Entre le 13 et 16 mars, la compagnie proposera des vols vers Paris CDG les 13 et 15 mars et chaque jour vers Londres Heathrow. Amsterdam sera également desservie pendant cette période, de même que Milan, Rome, Madrid et Francfort, en plus d’autres grandes destinations dans le monde. En attendant, les voyageurs bloqués pourront toujours se satisfaire de relire La Fontaine : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ».