Hôtellerie : 2020, une année noire en chiffres

L'hôtellerie française a enregistré en 2020 une chute sans précédent de son activité, cependant moins marquée que dans les autres pays européens selon le cabinet MKG Consulting.
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Hôtel Plaza Athénée © Paris Tourist Office - Photographe : Daniel Thierry

« Quand on se regarde, on se désole. Quand on se compare, on se console. » Les hôteliers français pourront toujours méditer la maxime de Talleyrand en analysant les indicateurs de l’activité présentés par le cabinet MKG. L’année 2020 restera évidemment comme une des pires de leur histoire avec une baisse inédite de -61,3 % du revenu par chambre. Et pourtant, dans le fracas généralisé des confinements successifs et des frontières fermées, la France s’est montrée la plus résiliente parmi les pays européens.

Recul de plus de 70 % du RevPAR au Royaume-Uni, baisses comprises entre -75 % et – 80 % en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce, et ce, jusqu’au record de -83,3% atteint en République Tchèque : le panorama est encore plus sombre dans la plupart des pays du continent. Reste l’Allemagne qui, avec -63,8 %, résiste comme la France ; tant bien que mal. Deux pays qui, à la différence de leurs voisins dépendants de la clientèle touristique internationale, peuvent compter sur la taille de leur marché intérieur et une hôtellerie économique développée pour limiter la casse.

En France, la saison estivale, favorable aux destinations loisirs, a permis à l’hôtellerie d’afficher une baisse de « seulement  » 35,3 % du revenu par chambre au mois d’août. « Le littoral Ouest, de la façade Atlantique à la Bretagne, ressort clairement comme l’ancre d’une hôtellerie française qui a traversé la tempête en 2020, avec des taux d’occupation revenus au-dessus des 80% dès le mois d’août et qui étaient encore supérieurs à 50% au mois d’octobre« , note le cabinet MKG.

Si les agglomérations secondaires, moins exposées à la demande internationale, ont plutôt mieux résisté sur l’ensemble de l’année, les grandes métropoles, particulièrement sensibles aux fluctuations de la demande affaires, ont connu des replis très importants de l’activité. « En raison de la nature de leur clientèle, de l’impact du recul du trafic aérien et de l’annulation des congrès et salons, les grandes métropoles ont vu leur RevPAR fortement chuter en 2020« , souligne MKG Consulting. Paris (-73,1%), Nice/Cannes (-68,4%), Strasbourg (-69,4%) : toutes ces villes affichent des baisses supérieures à la moyenne nationale.

En plus du recours massif au télétravail, et de son impact sur les déplacements professionnels, la capitale française a vu s’évaporer la clientèle internationale long-courrier en raison des restrictions de voyage et de l’annulation de la plupart des grands congrès. Autant d’éléments qui ont joué en défaveur de son hôtellerie haut de gamme, traditionnelle locomotive de son activité. A l’échelle nationale, la fréquentation des hôtels 4* et 5 * est à peine supérieure à 20 %, contre 72,8% en 2019. « Près d’un cinquième du parc n’a même jamais rouvert dans l’année, faute d’activité« , constate le cabinet MKG.

Paris, première destination de congrès à l’échelle mondiale, n’est pas un cas unique en Europe, puisque les 20 premières villes du continent au classement ICCA en 2019 ont vu leur chiffre d’affaires chuter de 79,4 % en moyenne sur l’année 2020.

Qu’attendre de 2021, alors que l’année a redémarré sur des bases identiques à 2020, entre couvre-feu et confinement ? Il est encore un peu tôt pour parier sur une année aussi noire que la précédente. « C’est plutôt la période de mars à octobre qui est importante pour les professionnels hôteliers, a commenté Vanguélis Panayotis, CEO de MKG Consulting. Il ne faut pas perdre de vue que les fondamentaux de moyen et long terme restent solidement ancrés, et offrent au secteur des espoirs de reprise. D’ailleurs, l’activité hôtelière a toujours montré sa capacité à rebondir rapidement après des interruptions brutales de son activité. » Acceptons en l’augure.