Les leaders de l’hôtellerie repassent dans le vert en 2021

Que ce soit Accor, Hilton, IHG ou Marriott, les leaders de l'hôtellerie mondiale ont présenté des résultats positifs sur l'exercice 2021, en particulier grâce à un rebond de l'activité en deuxième partie d'année.
Skybar du Pullman Paris Montparnasse, rouvert par Accor en fin d'année 2021.
Skybar du Pullman Paris Montparnasse, rouvert par Accor en fin d'année 2021.

Le monde hôtelier ne peut que s’en réjouir après deux années de fortes turbulences liées à une pandémie qui n’aura épargné aucune région dans le monde. La cascade de résultats annoncés par les leaders du secteur pour l’année écoulée montre le retour dans le vert de la plupart d’entre eux. Marriott, premier groupe mondial avec près de 8000 hôtels et 1,5 milliard de chambres dans le monde, a ainsi annoncé un bénéfice net supérieur au milliard de dollars pour l’année 2021, contre une perte de 267 millions en 2020. De son côté, le Britannique IHG affiche un résultat opérationnel de 494 millions de dollars sur l’ensemble de l’année, contre des pertes de 153 millions en 2020, tandis que Hilton a enregistré un bénéfice net sensiblement équivalent, à 407 millions de dollars.

En revanche, avec son offre plus positionnée sur le haut de gamme, le groupe Hyatt subit les difficultés rencontrées par les destinations plus sensibles aux restrictions de déplacement de la clientèle internationale. Ainsi, sur l’ensemble de l’année, les pertes s’élèvent à 222 millions, contre 703 millions en 2020, mais qui se sont atténuées au fil des mois, le groupe enregistrant au dernier trimestre des pertes limitées à 22 millions d’euros.

A l’inverse, Accor note un « rebond significatif de l’activité » qui a permis au groupe de sortir du rouge, avec un résultat net positif de 85 millions d’euros et un excédent brut d’exploitation (EBE) de 22 millions d’euros pour l’année 2021. Un redressement très net comparé à la perte de près de deux milliards d’euros (-1 988 M€) et un EBE de -391 millions enregistrés en 2020. « Après un début d’année encore perturbé par les contraintes sanitaires, 2021 a été marquée dès le printemps par une amélioration sensible de notre activité et une dynamique toujours plus forte mois après mois jusqu’en décembre« , a déclaré Sébastien Bazin, PDG de Accor. En effet, le RevPAR – le revenu par chambre, l’indicateur clé de l’hôtellerie faisant la conjonction entre le prix moyen et la fréquentation – du groupe français affiche un repli limité à -27,2% au dernier trimestre par rapport à 2019, contre une baisse de -46% sur l’ensemble de l’année.

De la même manière, sur le seul dernier trimestre 2021 et comparé cette fois à l’année 2020, le groupe Hilton a enregistré une progression du revenu par chambre de 104,2 %, contre une hausse de 60,4 % sur l’ensemble des douze mois. « Nous sommes heureux de constater une reprise continue tout au long de l’année 2021, notre quatrième trimestre affichant des résultats solides par rapport à 2019« , a déclaré Christopher J. Nassetta, PDG de Hilton. Sensible à partir de l’été, la reprise s’est accélérée au fil des mois pour se rapprocher des niveaux de 2019 en fin d’année. Au quatrième trimestre, le RevPAR mondial était, chez Marriott, inférieur de 19 % aux niveaux pré-covid, de 17% chez IHG et même de 13,5 % du côté de Hilton.

Un horizon que s’est dégagé au fil de l’année 2021

Avec des prix moyens ayant quasiment retrouvé leurs niveaux d’avant crise et une fréquentation en nette progression, l’horizon s’est progressivement dégagé. « La demande de loisirs a continué de briller au quatrième trimestre, avec une amélioration plus lente, mais continue, de la demande des voyageurs d’affaires et des groupes« , a constaté Anthony Capuano, PDG de Marriott. Dans ses analyses, le cabinet STR montre ce retour progressif de la clientèle business dans les principales métropoles européennes avec un mois de novembre globalement meilleur que celui de septembre. De la même façon, aux Etats-Unis, la demande en semaine, provenant essentiellement des voyageurs d’affaires, est revenue au dernier trimestre à 92% de ce qu’elle était en 2019, contre seulement 68% au premier trimestre et 82% au second.

Bien sûr, cette embellie de l’activité en deuxième partie d’année a été brusquement stoppée par la vague Omicron, mais sans être pour autant engloutie par celle-ci. Hyatt précise par exemple que, si le RevPAR est redescendu à 63% des niveaux de 2019 en janvier, il est remonté à 68% sur les deux premières semaines de février. Fait rassurant pour le secteur, le groupe constate aussi un volume de réservations toujours important pour les mois à venir, ce constat étant le même du côté de Marriott. « Alors qu’Omicron a provoqué un recul temporaire de la reprise de la demande au plan mondial, en particulier pour les groupes et les voyages d’affaires individuels, les nouvelles réservations ont rebondi dans tous les segments de clientèle pour retrouver les niveaux d’avant Omicron« , a constaté Anthony Capuano. Ce que laisse le patron de Marriott optimiste quant à une reprise « qui progressera de manière significative tout au long de 2022 à l’échelle mondiale« .

L’Europe en hausse, la Chine en berne

Quant à l’analyse des résultats région par région, ceux-ci montrent que les Etats-Unis tirent toujours la reprise au plan mondial, notamment grâce à l’importance de son marché domestique. Selon les chiffres annoncés par Marriott, le RevPAR du groupe américain revient progressivement sur les bases pré-covid avec un repli de 15,3% au dernier trimestre pour les Etats-Unis et le Canada par rapport à 2019, tandis les hôtels du groupe à l’international enregistrent un recul de -28,2% comparé à 2019. « Toutes les régions ont connu une reprise significative du RevPAR au quatrième trimestre par rapport au troisième trimestre, à l’exception de la région Grande Chine, où la reprise s’est arrêtée en raison de sa politique de zéro Covid« , a commenté Anthony Capuano. Les conséquences de cette politique stricte ont aussi été constatées par Accor, dont le RevPAR des hôtels en Chine se replie de -32% sur l’exercice 2021 par rapport à l’exercice 2019.

Les résultats dévoilés par le groupe français donnent d’ailleurs une idée assez précise des dynamiques en oeuvre de par la monde. La France, avec la bonne tenue de sa clientèle loisirs domestique et le redémarrage de l’activité séminaires des entreprises, tire la région Europe du Sud, dont le RevPAR général n’est plus en baisse que de -17% sur le quatrième trimestre par rapport à 2019, soit une évolution positive de +7 points entre le troisième et le quatrième trimestre. Comme la France, l’Espagne a connu un net redémarrage à partir de l’été et le Royaume-Uni suit une trajectoire similaire, Londres étant néanmoins plus pénalisée que Paris par la limitation des déplacements de la clientèle internationale (-63% sur l’année, contre -56% pour la capitale française). L’Allemagne pâtit de restrictions sanitaires plus fortes que dans les pays voisins avec un RevPAR en baisse de -66% sur l’ensemble de l’année par rapport à l’exercice 2019.

De son côté, l’Asie-Pacifique, avec le relâchement des restrictions sanitaires à partir de l’automne, notamment en Thaïlande et en Indonésie ou avec la réouverture progressive des frontières intérieures en Australie, est repartie de l’avant, son RevPAR s’étant amélioré de +9 points entre le troisième trimestre et le quatrième trimestre. Tiré par la tenue de l’exposition universelle à Dubaï, le rebond de l’activité entre le troisième et le quatrième trimestre est encore sensible dans la région Inde, Afrique, Moyen-Orient & Turquie avec une progression de +28 points d’un trimestre sur l’autre et un RevPAR supérieur au niveau de 2019 sur le dernier trimestre.