
Quel est votre ressenti quant à l’évolution de la situation dans le secteur aérien ?
Sergio Colella – L’envie de reprendre les voyages est là. Je reviens de deux ou trois voyages en Europe et pour la première fois j’ai vu des files d’attente dans les aéroports. Je dois dire que cela fait assez plaisir de voir un appétit des passagers pour aller dans un aéroport, embarquer à nouveau dans des avions, et reprendre une vie à peu près normale, ce qui passe par le fait de se déplacer, à la fois pour des objectifs professionnels et touristiques.
Les files d’attentes traduisent peut-être aussi une gestion difficile des formalités administratives...
Quel est votre ressenti quant à l’évolution de la situation dans le secteur aérien ?
Sergio Colella – L’envie de reprendre les voyages est là. Je reviens de deux ou trois voyages en Europe et pour la première fois j’ai vu des files d’attente dans les aéroports. Je dois dire que cela fait assez plaisir de voir un appétit des passagers pour aller dans un aéroport, embarquer à nouveau dans des avions, et reprendre une vie à peu près normale, ce qui passe par le fait de se déplacer, à la fois pour des objectifs professionnels et touristiques.
Les files d’attentes traduisent peut-être aussi une gestion difficile des formalités administratives liées au Covid…
Sergio Colella – Certainement. On voit que la gestion du parcours passager est plus complexe. Quelque part, je trouve qu’il y a des similitudes avec les changements qui ont été opérés suite aux attentats du 11 septembre. Le contrôle de sécurité anti-terroriste avait été rendu beaucoup plus strict. De la même manière, suite au Covid, les contrôles de sécurité sanitaire se sont durcis. Il faut que notre industrie s’adapte pour faire en sorte que ces contrôles, qui resteront dans le temps, puissent être réalisés dans de bonnes condition, en permettant à nouveau la croissance du trafic, en évitant les files d’attente, qui sont contraires à la distanciation sociale. Il s’agit aussi que le passager ressente qu’il peut se rendre dans un aéroport et prendre un avion de manière normale, en ayant un bon niveau de sécurité.
Quel est le rôle de SITA dans ce contexte inédit ?
Sergio Colella – SITA été créée il y a 70 ans pour servir le secteur aérien, mais ce que l’on ne sait peut-être pas assez c’est que nous travaillons avec les gouvernements, les polices aux frontières, depuis plus de 25 ans, pour la vérification des passeports, des identités, etc. Soit dit en passant, le Covid est un élément nouveau mais dans certains pays il y avait déjà des contrôles de sécurité sanitaire avant cette crise. La difficulté aujourd’hui, c’est que le phénomène est massif en termes de destinations concernées et de nombre de passagers.
Quel est le but du nouvel outil Aruba lancé par SITA ?
Sergio Colella – Il s’agit d’un projet pilote et multimodal, lancé sur la superbe île du même nom. Celle-ci nous a demandé de construire avec le département de la santé, et en partenariat avec Indicio un projet basé sur la blockchain. Il s’agit donc d’une technologie hautement sécurisée pour une totale préservation de l’anonymat. Cela nous permet de créer un pass de voyage multimodal. C’est à dire que dans l’ile d’Aruba, on peut à la fois le présenter au comptoir d’embarquement de l’aéroport, dans un hôtel, à l’entrée d’une discothèque, ou d’un bus, sans jamais divulguer les données privées du voyageur. Cet essai n’est qu’une première étape vers le développement par SITA d’une carte de voyage plus durable et plus sûre qui permettra de combiner les documents nécessaires au voyage, comme le passeport, le visa, ou d’autres informations médicales. Pour les autorités ou pour les gestionnaires d’infrastructures l’existence d’une seule et même carte rendra l’accueil des personnes et le passage des frontières automatisé et donc plus rapide et plus sûr.
En quoi est-ce unique par rapport aux autres solutions qui existent déjà ?
Sergio Colella – La carte développée par SITA fonctionne grâce à la décentralisation des données dans la blockchain. Donc aucun détail privé n’est visible par autrui. Ce qui est visible, c’est seulement l’attestation via un QR code qui est fourni pour prouver que le voyageur dispose de tous les documents nécessaires, que ce soit un test PCR négatif, un vaccin, ou autres informations sur la sécurité. Si cette personne a le Covid, cette documentation va indiquer que la personne doit être en quarantaine. En parallèle, nous travaillons sur le dossier Health protect, qui est un peu différent. Nous avons tous entendu parler des passeports vaccinaux, ou health pass, comme ceux de IATA ou d’AOK. Health protect n’est pas un passeport sanitaire. Notre solution est le liant qui permet de faire communiquer les gouvernements, les aéroports et les compagnies aériennes sur la documentation de santé en l’intégrant dans le PNR pour faire en sorte que l’on soit en ligne avec les procédures mises en place dans le pays d’arrivée et dans le pays de départ, pour les compagnies aériennes et pour les contrôles aux frontières. Cela permet de mettre en place un « advance passenger processing », c’est à dire que cela permet de rassurer le voyageur et la compagnie sur le fait que toutes les procédures de santé soient respectées. Quel que soit le health pass, nous allons intégrer ces données pour vérifier le respect des règles sanitaires. Tout cela doit permettre de gérer le rebond de l’activité attendu dans les semaines à venir. C’est juste une étape, il y en a beaucoup d’autres. Nous pensons notamment que la biométrie et l’automatisation doivent permettre de revenir à des niveaux de productivité et de gestion de passagers plus élevés. Mais cette partie de gestion de la santé est importante pour nous.
Quelle est la différence concrète avec les passeports sanitaires ?
Sergio Colella – Ils sont complémentaires. Une fois que vous avez la vérification par IATA ou autre, vous avez le document, mais vous n’avez pas l’intégration de ce document en fonction des réglementations locales, la mise à disposition de ce document pour l’aéroport en avance de phase, pour faire un boarding anticipé, la possibilité de vérifier ce document quand vous entrez dans l’avion. Ou de le mettre à disposition à l’aéroport d’arrivée pour le contrôle aux frontières.
Comment est-ce que votre outil va se présenter pour le voyageur au quotidien ?
Sergio Colella – C’est transparent pour le voyageur. Nous mettrons cette solution à disposition des aéroports, des compagnies aériennes, des gouvernements, pour qu’ils puissent faire l’intégration de cette nouvelle documentation sur tout le cycle de vie de l’expérience voyageur. Le voyageur ne le verra pas, mais ce sera en filigrane dans toutes les étapes. Ce n’est qu’une parcelle de ce qu’il faut remettre en marche de manière importante pour revenir à des niveaux d’activité acceptables. D’autres mesures seront mises en place prochainement.
Certaines choses qui semblaient impossible ou non acceptées sont devenus possibles et acceptables, par les autorités et par le passager
Vous avez évoqué tout à l’heure l’intégration du passeport. En sommes-nous donc à ce stade de digitalisation ?
Sergio Colella – Cela dépendra des réglementations en vigueur dans chaque pays. Nous travaillions déjà sur la dématérialisation du passeport avant le Covid dans certaines configurations, notamment à l’aéroport de Miami où l’on peut dématérialiser le passeport sur son téléphone. On enregistre tout simplement les données du passeport dans le téléphone, ainsi que son visage de manière sécurisée. Techniquement, c’est tout à fait faisable. Il faudra que chaque pays, en ordre plus ou moins dispersé, adopte de telles mesures. Mais la dématérialisation du passeport est l’un des éléments importants de l’automatisation du process. Ce sera du gagnant-gagnant pour 90% de voyageurs réguliers, avec une manière de procéder vraiment rapide et fluide. Et cela permet aux forces de sécurité de se focaliser sur les 5 à 10% où il y a potentiellement une question. C’est un élément d’automatisation et de digitalisation qui est fondamental. Paradoxalement cette crise a été un agent de digitalisation extrêmement puissant. On le voit dans notre vie de tous les jours. Certaines choses qui semblaient impossible ou non acceptées sont devenus possibles et acceptables, et ce à la fois par les autorités et par le passager. Les trois quarts des voyageurs interrogés par IATA sont tout à fait d’accord pour mettre leurs informations dans le cloud à partir du moment où le système est sécurisé.
Vos récentes initiatives indiquent que vous faites le pari d’un besoin à long terme concernant les contrôles sanitaires…
Sergio Colella – C’est la grande question effectivement. Je pense que cela aura un impact structurel. L’attention de tous va être beaucoup plus soutenue, que ce soit l’opinion publique, les Etats, les organisations de santé… Peut-être aurons-nous de nouvelles crises, moindres je l’espère, mais je pense que l’on aura un contrôle accru, structurel, sur la santé des personnes qui voyagent d’un pays à un autre. Le fait qu’il y ait des variants, que d’autres épidémies peuvent surgir, doit être contrôlé de manière proactive et nécessite un niveau de vigilance plus important.

Doit-on abandonner l’idée d’un parcours voyageur ininterrompu jusqu’à son siège en cabine grâce aux nouvelles technologies dont la biométrie ?
Sergio Colella – Non, il y aura un contrôle accru, mais une fois que vous avez votre passeport anti-Covid, la seule difficulté consiste à intégrer cette information dans toutes les étapes de contrôle qui ponctuent le parcours voyageur, à savoir six ou sept points, et ce de manière « seamless ». Grâce à la mise à jour des systèmes, au moment de passer les contrôles, on pourra identifier que le voyageur a bien fait son test anti-covid ou son vaccin, que ce n’est pas un terroriste, que son passeport est à jour, avec une certification sanitaire, et donc qu’il il peut voyager. On peut espérer arriver au même niveau de fluidité si l’on intègre cela de manière digitale. Il y aura toujours des exceptions, peut-être 10%, mais l’essentiel c’est que 90% du flux soit linéaire et seamless. Ce qui est très important, c’est qu’il faut préparer en anticipant toutes les étapes qui permettent de faire en sorte que le voyageur arrive à l’aéroport en étant sûr de pouvoir prendre son vol et d’être accepté à l’arrivée. Tout doit être anticipé.
La technologie est prête, c’est maintenant une question de volonté
La crise aura eu le mérite de pousser les aéroports à investir, notamment dans des technologies sans contact. Etes-vous aussi impliqués sur ce dossier ?
Sergio Colella – Oui tout à fait. Nous publions chaque année un « IT Survey » . Le dernier en date montre que l’investissement en aéroport reste élevé, car il permet la transformation. Il permet d’ailleurs aussi une meilleure productivité, ce qui est crucial aujourd’hui car il va falloir réussir à faire plus avec moins, étant donné les pertes colossales qui se sont accumulées… Nous sommes très impliqués dans tout ce qui est sans contact. Tout l’aéroport de Pékin a d’ailleurs été transformé par la biométrie et le « touchless ». Nous sommes en train de rendre tous les équipements sans contact, de créer un lien entre le smartphone et les kiosques ou les portes d’embarquement. Bien sûr cela présente aussi l’avantage d’être plus écoresponsable, en réduisant l’utilisation de papiers. La technologie est prête, c’est maintenant une question de volonté. C’est pour cela que la Covid a été un accélérateur.
A quel horizon peut-on espérer un parcours voyageur sans aucun point de blocage ?
Sergio Colella – La beauté de notre industrie repose aussi sur sa forte hétérogénéité, à la fois dans la typologie des passagers, dans les escales de départs et d’arrivées, dans les compagnies aériennes… Je pense que sur des aéroports qui montrent leur volonté d’investir, sur des trajets qui sont des colonnes vertébrales du trafic aérien, on verra cela assez rapidement, dès 2022-2023, parce que la technologie est là, et qu’elle offre des avantages majeurs à la fois dans l’expérience passagers et dans la réduction des coûts. Cela devrait aller d’autant plus vite que de nombreux blocages psychologiques ont sauté. Même moi, psychologiquement, je pensais impossible de parler à un client sur Teams ! Aujourd’hui, je veux retourner voir des clients, mais je sais que sur certains échanges je peux avoir une réunion de ce type. Cela aura d’ailleurs peut-être un impact sur le voyage d’affaires…Je pense que demain, on pourra dire que le smartphone est la télécommande de notre voyage, et notre visage deviendra notre carte d’embarquement et notre passeport. D’ici deux ans j’espère dans les escales, les situations les plus matures.
Il faut pouvoir redonner une expérience acceptable, fluide, au passager et optimiser les coûts d’opération. Surtout après avoir perdu 120 milliards de dollars…
Cette fluidité repose aussi sur des standards, une uniformisation, ou au moins une interopérabilité des systèmes. De telles mesures sont-elles en train d’être adoptées par le secteur aérien ?
Sergio Colella – C’est une question d’actualité… Je pense que l’aviation, il y a quelques décennies de cela, était en avance de phase grâce à cette position : « nous devons avoir des standards communs, pour reconnaître un client qu’il soit à Pékin ou à New York ». L’aviation a donc eu l’intelligence à l’époque de créer un écosystème commun. Il faut que l’on ait la même intelligence aujourd’hui. Et ces entités qui sont le socle de notre secteur, et dont SITA fait partie, doivent avoir le mandat pour créer cette standardisation. Nous espérons que cette crise va donner une impulsion nouvelle à cette nécessité de partage, de mises en commun de données, de procédures, de modes opératoires… Sinon, ce sont des coûts qui s’additionnent, sans valeur ajoutée, et de mauvaises expériences pour le passager. Cela va se faire naturellement, je suis optimiste. Cette pandémie a été un facteur de prise de conscience pour accélérer, et le besoin fera le reste. Il faut pouvoir redonner une expérience acceptable, fluide au passager et optimiser les coûts d’opération. Surtout après avoir perdu 120 milliards de dollars…

















