
Quel est votre bilan pour le tourisme en Asie Pacifique en 2023, et comment envisagez-vous 2024 ?
Peter Semone – Les effets de la pandémie de Covid auront été plus longs en Asie Pacifique qu’ailleurs dans le monde. Notamment parce que nombre de pays d’Asie ne se sont réellement rouverts au tourisme extérieur qu’à la fin de 2022. Donc 2023 a marqué un fort rebond touristique dans la région, même s’il reste en deçà des performances de l’avant-Covid. PATA estime que les flux de voyageurs ont représenté 75% à 80% de ce qu’ils étaient avant 2020. Le véritable enjeu pour l’Asie aura été un tourisme moindre en provenance de Chine. Je pense que 2024 va permettre de poursuivre la convalescence du tourisme en Asie. Mais je crois que ce ne sera qu’en 2025 que le tourisme de la région va retrouver sa stabilité et sa rentabilité.
Pourquoi penser à 2025 plutôt que 2024 ?
Peter Semone – Il existe des paramètres spécifiques à l’Asie Pacifique qui continuent de déstabiliser le marché. Il y a d’abord la consommation chinoise. Cette dernière est en berne en raison de difficultés économiques. Combinée à des changements de comportement depuis la crise du Covid, elle a en fait favorisé le tourisme domestique. Les Chinois ont redécouvert que leur pays avait des attraits formidables ! On assiste donc à un véritable boom du tourisme domestique dans ce pays, au détriment de l’international. Et particulièrement des destinations intercontinentales.
On constate aussi une absence de capacités aériennes plus marquées qu’ailleurs et qui pèse sur le niveau des prix. Ce qui est un vrai handicap pour une reprise rapide du tourisme d’affaires. Enfin, la guerre entre la Russie et l’Ukraine affecte aussi les flux du tourisme, avec l’allongement des temps de vol de nombreuses compagnies aériennes interdites de survol de la Russie. Ce qui pèse également sur les prix. 2025 pourrait donc finalement voir une stabilisation nécessaire à une dynamique du tourisme.
Quels sont pour vous les facteurs de la croissance touristique en Asie Pacifique?
Peter Semone – Je pense que le tourisme doit se définir autour de 5 à 6 valeurs pour assurer sa croissance. Ce que je définirais en anglais par les « 6 P’s »: Populations, c’est à dire se soucier des communautés locales dans le développement du tourisme ; Planète, c’est à dire le respect des environnements, naturels ou culturels ; Protection de nos traditions, notre héritage; Partenariat car on ne peut agir seul ; Paix, un élément essentiel pour que le tourisme finalement atteigne la Prospérité – mon dernier critère d’un tourisme « vertueux ».
Comment va se définir la PATA sur l’année en cours ?
Peter Semone – La PATA reste une référence pour le tourisme en Asie-Pacifique même si je reconnais qu’il nous faut nous transformer profondément. La crise du Covid a eu des effets plus longs sur l’activité du tourisme en Asie Pacifique. Preuve en est, ces effets durent encore aujourd’hui comme je l’ai déjà mentionné. La rapide transformation numérique de notre industrie nous demande de créer une PATA 2.0 et même 3.0. La PATA doit désormais démontrer qu’elle reste une institution essentielle pour le secteur du tourisme dans la région.
En 2024, nous devons devenir une organisation de connaissances qui identifie les tendances du tourisme. Nous devons travailler avec des partenaires stratégiques pour collecter et agréger des données provenant de sources multiples. La PATA doit s’exprimer sur les opportunités, les menaces et les défis en s’engageant auprès des médias. Nous devons produire des documents de synthèse pour stimuler le débat et l’action des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Je pense qu’avec ces éléments, la PATA peut retrouver son autorité en tant que voix de l’industrie touristique de la région Asie-Pacifique.




















