Lille : une ville “bankable” pour l’hôtellerie

Un hôtel Oceania dans une ancienne banque, un nouvel Hilton dans le quartier d'affaires, des rénovations passées et à venir : panorama de l'évolution de l'offre hôtelière à Lille.

Un investissement patrimonial à Lille. Le groupe Océania vient de convertir à l’hôtellerie haut de gamme l’ancien siège de la banque Scalbert-Dupont, honorable institution financière de la région, et ce jusqu’à sa nationalisation en 1981, puis son passage au sein du groupe CIC. Sa salle des coffres est toujours là au sous-sol, transformée en piscine ; pour une nouvelle histoire de liquidité. Les grandes verrières sont encore là également, et les ferronneries, et les escaliers magistraux, et les briques rouges en façade, typiques de la région.

En collaboration avec l’Architecte des Bâtiments de France et la mairie de la ville, à la fois pour la préservation du lieu et la dimension durable du chantier, cette métamorphose a découlé sur le premier hôtel estampillé « Lille bas carbone« , « un exercice d’autant plus difficile dans le cadre d’un bâtiment rénové« , souligne Rozenn Branellech Dumon. Sous la conduite de l’agence d’architecture A26, le bâtiment Art Déco, achevé en 1929, s’est ainsi donné une nouvelle vie tout en conservant son identité.

Situé rue du Molinel, à deux pas du Vieux Lille et des deux gares de la métropole, sur un emplacement qui, longtemps auparavant, accueillait le cloître d’un couvent, l’Oceania Lille Les Augustins se dévoile derrière les grandes portes de la banque. Passé le sas d’entrée, le lobby, entouré de petits coins cosy et d’un boudoir intimiste où prendre un verre au coin du feu, matérialise son accueil par un bar épousant la forme ovale de la verrière qui le surplombe. Sur le côté, l’hôtel met à disposition des voyageurs d’affaires de passage comme des professionnels locaux deux salons de coworking de six à huit personnes, équipés de machines à expresso et d’écrans et pouvant être privatisés. Le tout s’ajoutant, pour l’accueil d’événements d’entreprise, à deux salles de séminaire, l’une de grande taille et l’autre plus petite.

Le siège de la banque Scalbert-Dupont transformé en hôtel Oceania.
Le siège de la banque Scalbert-Dupont transformé en hôtel Oceania.

Avec ses 88 chambres, dont plusieurs suites à l’ambiance feutrée inspirée par l’univers de la banque et le style Art déco, cette nouvelle adresse entend se faire une place de choix sur un marché habitué à faire du neuf avec du vieux. En effet, avant le début du millénaire, la Société lilloise d’investissement hôtelier (SLIH) s’était déjà attelée à remonter le temps en transformant deux monuments historiques en hôtels de luxe. L’un, le Couvent des Minimes, datant du XVIIe siècle, a ouvert ses portes en 1990. L’autre, un ancien hospice fondé en 1462, est devenu depuis 2003 l’un des hôtels phares de la ville, l’Hermitage Gantois, point de chute des personnalités de passage jusqu’aux stars du basket américain qui ont privatisé le lieu lors des derniers Jeux Olympiques.

Rachetée en 2016 par Covivio, la SLIH a offert à l’investisseur immobilier une poids certain dans l’hôtellerie de la ville avec huit établissements au total. En plus de ceux précédemment cités, Covivio dispose aussi du Grand Hôtel Bellevue et de l’hôtel Art Deco, de trois établissements du groupe Accor – un Ibis Styles et deux Novotel – et, depuis peu, d’un hôtel Hilton. Un établissement qui n’est pas une nouveauté en soi puisqu’il faisait partie du portefeuille racheté à la SLIH, quand il s’appelait encore le Crowne Plaza Euralille, et ce jusqu’à l’été dernier.

Ouvert en 2004 dans le cadre de l’expansion du quartier d’affaires autour de la nouvelle gare TGV de Lille Europe, cet établissement n’avait que peu évolué depuis. Si les parties communes avaient été rénovées en 2021, comme les cinq salles de séminaires pouvant accueillir 220 personnes au total, Covivio a investi sept millions d’euros pour lui donner un nouvel élan. En plus de la rénovation de ses 124 chambres et d’une performance énergétique optimisée, l’hôtel a surtout été converti à la marque Hilton à l’issue du contrat de franchise avec la marque à dominante affaires d’IHG fin 2023.

« Quand on rénove un actif, c’est pour le relancer et changer de marque permet de le faire plus rapidement, explique Sébastien de Courtivron, DG adjoint hôtels de Covivio. Même si ça a coûté un peu plus cher de le redévelopper en Hilton, cette marque fanion a une notoriété plus forte que Crowne Plaza auprès des voyageurs d’affaires comme de loisirs« . « Sur une ville de la taille de Lille, cette enseigne faisait du sens, explique-t-il. Le retour sur investissement attendu est là« . D’un hôtel essentiellement fréquenté par une clientèle française – d’affaires en particulier puisque l’hôtel offre un point de chute pratique pour des réunions à la sortie du TGV -, le Hilton Lille a étendu son horizon à la clientèle internationale, américaine entre autres.

Mais, dans son programme de rénovation, Covivio ne s’est pas arrêté là, s’étant aussi penché sur l’offre du Grand Hotel Bellevue. Ouvert en 1913, hébergeant le siège du club de football du LOSC dans les années 30, l’établissement occupe une place à part dans le cœur des Lillois, non seulement pour son antériorité. En effet, avec ses fenêtres juste au-dessus de la célèbre librairie Le Furet du Nord, l’hôtel est le seul à donner directement sur la Grand Place. Une situation unique sur laquelle Covivio n’a pas hésité à jouer en créant un toit-terrasse, pour un bar qui offre aujourd’hui le plus beau panorama sur la ville.

Si ce rooftop sera sans nul doute un lieu couru le 5 juillet prochain pour sa vue plongeante sur le départ du Tour de France, l’évolution du Grand Hotel Bellevue se retrouve aussi dans ses étages, une partie des 70 chambres, dont six nouvellement ajoutées, ayant été réaménagées, de même que tout en bas, avec un rez-de-chaussée repensé. L’achat d’un commerce voisin a notamment permis de redescendre les espaces de restauration et de rendre plus accessible son nouveau bar, le Café Bellevue.

Parmi les hôtels détenus par Covivio, le tour du Couvent des Minimes viendra ensuite, à l’horizon 2026-2027, avant celui de l’Hermitage Gantois. Repenser ce dédale de chambres mansardées tendues de bois et d’autres héritées du temps où l’hospice était encore en fonction, jusqu’en 1995, est « un exercice plus difficile« , reconnaît Sébastien de Courtivron. Le charme de l’ancien, avec ses plus et ses moins.

En attendant, cet hôtel de 89 chambres et suites affilié à l’Autograph Collection du groupe Marriott s’impose toujours comme un des principaux pied-à-terre de luxe à Lille avec l’hôtel Barrière, un resort business de 142 chambres situé dans le quartier d’affaires, et le boutique-hôtel Clarance et sa table étoilée. Un hôtel où les rencontres professionnels peuvent appuyer leur prise de hauteur sur la profession de foi du lieu. La chapelle pour des réunions intimistes, la salle des hospices pour des événements de grande ampleur, la cour intérieure sous sa verrière pour des cocktails VIP : l’Hermitage Gantois compte au total sept salons de 20 à 200 m² pouvant accueillir de 10 à 300 personnes.

Le Club du OKKO Lille © Jérôme Galland
Le Club du OKKO Lille © Jérôme Galland

Acteur clé de l’hôtellerie lilloise, Covivio compte-t-il encore renforcer ses positions dans la ville ? « Nous allons déjà relancer les hôtels rénovés et finaliser le programme de travaux pour les autres. Nous verrons ensuite si de nouvelles opportunités d’investissement se présentent », Sébastien de Courtivron. D’autant qu’avec pas loin de 8000 chambres dans la métropole pour 110 hôtels au total, dont plus d’une cinquantaine intra muros, l’hôtellerie lilloise affiche un dynamisme certain. Selon le baromètre 2024 de l’hôtellerie d’affaires publié par CDS et MKG, la ville enregistre une fréquentation parmi les plus élevées parmi les métropoles françaises avec un taux d’occupation de 71% l’an dernier, en hausse de 2 points, pour un prix moyen de 140 euros, en croissance de 3%.

Ces résultats attractifs expliquent sans doute l’arrivée dans la ville de nouveaux hôtels, de nouvelles marques. Hier un Mama Shelter entre les deux gares, un hôtel Okko sur le site des anciennes Galeries Lafayette, au 31 rue de Béthune, ou l’apparition l’an dernier d’un appart-hôtel Edgar Suites au sein du complexe ShAKe, imaginé par l’architecte Philippe Chiambaretta dans le quartier d’affaires d’Euralille. Aujourd’hui, c’est au tour d’Oceania de faire son entrée dans la ville. Bientôt, ce sera celui de la marque long séjour Residence Inn by Marriott, attendue cette année dans les murs de l’ex Citadines, ou d’auberges de jeunesse de nouvelle génération Babel Community, ces projets étant portés par l’investisseur Extendam.

A plus lointain horizon, fin 2026, un hôtel Villa M est annoncée au sein du programme 51 Nationale, dans le cadre de la réhabilitation durable de l’ancien siège régional de la Société Générale en un complexe hôtelier 4 étoiles. Conçu par le cabinet Alzua+, cet hôtel offrira plus de 80 chambres et associera, fidèle à ce concept déjà apparu à Paris, bien-être, sport et santé.

Le quartier d’affaires Euralille © OTCL Lille / Laurent Ghesquière.
Le quartier d’affaires Euralille © OTCL Lille / Laurent Ghesquière.

Le patrimoine de la ville, plus récent que l’Hermitage Gantois ou le Couvent des Minimes, pourrait aussi être mis à contribution pour faire apparaître de nouveaux établissements, la reconversion à l’hospitalité du tribunal ou de la cité administrative étant entre autres évoquée. Une chose est sûre dans ce cadre : l’immeuble emblématique de son quartier d’affaires, la tour Euralille, va s’offrir un lifting pour intégrer, outre des bureaux de nouvelle génération, un hôtel trois étoiles de 185 chambres.

Présenté lors du dernier salon MIPIM à Cannes, ce projet est porté par la filiale de Bouygues Construction Linkcity et Christian de Portzamparc, l’architecte originel de ce bâtiment à la forme de botte reconnaissable par tous les voyageurs à leur arrivée à la gare de Lille Europe. Derniers standards de performance énergétique, certification Breeam niveau Excellent en vue : la tour phare d’Euralille va se donner une nouvelle orientation dans l’air du temps, mettant de la vie dans ses 19 étages. Avec tout en haut, perché à plus de 110 mètres, un restaurant panoramique de 100 places au dernier étage. Premières réservations attendues d’ici 2028.