La SNCF enterre les trains de nuit Paris-Berlin/Vienne

La SNCF cessera les trains de nuit Paris-Berlin/Vienne en décembre, rejetant la faute de cet arrêt sur l’Etat qui a décidé de couper sa subvention annuelle.
Le train Nighjet de la ligne Paris-Berlin/Vienne. (C) S. Jaladis
Le train Nighjet de la ligne Paris-Berlin/Vienne. (C) S. Jaladis

Lancé en grande pompe le 11 décembre 2023 en gare de Paris-Est en présence du ministre des Transports de l’époque Clément Beaune, le train de nuit Paris-Berlin et son pendant le Paris-Vienne cesseront leurs dessertes le 14 décembre à l’occasion de la mise en place du service hiver de la SNCF. Soutenus par l’Etat qui souhaitait la création de dix lignes nocturnes nationales et internationales d’ici 2030, ces trains de nuit étaient alors vantés pour leur lenteur, leurs tarifs abordables sans oublier leur bilan carbone exemplaire.

Las, la SNCF justifie aujourd’hui dans un communiqué cet enterrement de 1ère classe par un manque de financement en provenance justement de l’Etat : « L’engagement de SNCF Voyageurs dans l’exploitation de cette liaison est conditionné à la subvention publique de l’Etat, indispensable pour assurer sa viabilité économique ». La faute aux dizaines de milliards d’économies imposées dans le projet de budget 2026 qui a obligé le ministère des Transports à multiplier les coupes et à privilégier « le maintien des lignes intérieures nationales ».

Le montant de la subvention allouée s’élevait à près de 8M€ par an, soit un financement d’environ 120€ par billet, afin de soutenir ce service et résister à la concurrence des compagnies aériennes low cost. Alors que Jean-Pierre Farandou, l’actuel Pdg de la SNCF, martelait à chaque conférence de presse « l’envie de train des Français » et des Européens, la compagnie n’a pas choisi de prendre à sa charge ce montant, malgré ses 1,5 milliard d’euros de bénéfice en 2024. Hasard du calendrier, il sera prochainement remplacé par Jean Castex qui, avec sa casquette de Premier ministre, fut un ardant défenseur de la relance des trains de nuit, militant pour la réouverture du Paris-Aurillac et passant même une nuit à bord du Paris-Nice lors de se sa remise en service en mai 2021.

Une exploitation délicate en raison des travaux

La ligne Paris-Berlin est loin d’avoir démérité avec quelque 66 000 passagers transportés par an et un taux de remplissage avoisinant les 70% en 2024. Une gageure quand on sait que ce train de nuit Paris-Berlin/Vienne n’est pas distribué sur le site SNCF Connect, ni par les autres canaux de la compagnie nationale, pourtant partenaire de son exploitation aux côtés d’ÖBB, de la Deutsche Bahn et la SNCB (pour le train de nuit partant de Bruxelles). Appartenant à la compagnie autrichienne, le train Nightjet se séparait en Allemagne pour desservir d’un côté Berlin et de l’autre Vienne.

Association militant pour la réouverture des trains de nuit lors de l’inauguration de la ligne fin 2023. (C) S. Jaladis

La ligne était toutefois soumise à de nombreux aléas. Le rythme quotidien, prévu à partir d’octobre 2024, n’a jamais été atteint, la desserte restant sur un rythme de 3 allers-retours hebdomadaires et subissant de nombreux retards et annulations en raison des incessants travaux effectués sur les voies, en Allemagne notamment. Ces derniers avaient d’ailleurs entrainé une suspension de la ligne pendant deux mois durant l’été 2024, une période pourtant cruciale en raison des déplacements de la clientèle loisirs.

« Compte tenu des travaux très importants sur le réseau en France et en Allemagne, le passage en circulations quotidiennes à compter de 2026, comme c’était l’objectif initial, n’était plus envisageable », a également justifié la SNCF. ÖBB a regretté la décision française, mais ne perd pas l’espoir de voir un jour redémarrer cette importante desserte de nuit. Avec demain l’appui de Jean Castex ?