Etude : voyager loin en train en Europe depuis Paris reste compliqué

Le Réseau Action Climat fait des préconisations après avoir comparé les principales dessertes aériennes au départ de France et leurs équivalences en train.
Le Réseau Action Climat dévoile les résultats de son étude intitulée Voyager en train, un casse-tête pour les passagers
Le Réseau Action Climat dévoile les résultats de son étude intitulée Voyager en train, un casse-tête pour les passagers

Dans son dernier rapport intitulé Voyager en train, un casse-tête pour les passagers, le Réseau Action Climat a mis en perspective la trentaine de dessertes aériennes qui dépassent le million de passagers par an entre la France et des villes européennes et leur accessibilité similaire en train. L’objectif est de montrer le retard dans la constitution d’un réseau de dessertes ferroviaires européennes alors que le train permet de réduire sensiblement les émissions carbone comparé à l’aérien.

Ainsi sur les 31 liaisons aériennes étudiées, 4 ne peuvent être effectuées en train en une journée (dont Paris-Lisbonne qui nécessite 4 correspondances), 18 impliquent un changement (comme Paris-Rome via Milan, Paris-Madrid via Barcelone) et seulement 9 disposent d’un train direct (Londres, Berlin, Amsterdam, Francfort…). Et sur certaines de ces liaisons directes, l’offre ferroviaire est nettement inférieure à celle de l’avion. Ainsi, sur le Paris-Barcelone, les compagnies aériennes proposent 8 fois plus de sièges que la SNCF et ses deux rotations quotidiennes.

Vers la constitution de hubs ferroviaires européens

Avec des préoccupations écologiques de plus en plus fortes et la disparition des trains de nuit reliant des villes européennes éloignées (Venise, Vienne…), les voyageurs sont désormais prêts à accomplir de jour des trajets longs en trains à grande vitesse. Ainsi le succès du Paris-Berlin en 8h20 qui affiche un taux de remplissage de 90%. A quand un Paris-Madrid direct demande le Réseau Action Climat ? Le manque de trajets longue distance vers l’Europe depuis Paris et d’autres villes françaises a entrainé la constitution de hubs ferroviaires européens plutôt bien desservis depuis la capitale qui permettent de poursuivre le voyage vers un ou plusieurs pays. Et de citer Londres, Stuttgart, Francfort, Zurich, Turin, Milan et Barcelone. Berlin, Hambourg et Munich pourraient demain décrocher ce statut de hubs européens si ces trois villes allemandes parvenaient à être mieux desservis depuis Paris.

SNCF Connect à nouveau critiquée

Le rapport pointe ensuite les difficultés à trouver ces trajets avec correspondance. Et ce dès la réservation car pour faire un Paris-Rome, SNCF Connect ne commercialise pas le tronçon Milan-Rome opéré par Trenitalia ou Italo. De même pour faire un Paris-Madrid en TGV, SNCF Connect de vend pas le Barcelone-Madrid pourtant effectué par sa filiale Ouigo Espagne. A noter également l’impossibilité de réserver un voyage en correspondance au-delà de Londres « alors même que des liaisons comme Paris-Manchester, Paris-Edimbourg, Paris-Bristol et Paris-Birmingham sont particulièrement empruntées en avion », souligne le document.

Réseau Action Climat
Source : Réseau Action Climat

Les rédacteurs critiquent ensuite les différences de tarifs pour un même billet vendu en France et en Allemagne. Ainsi un Paris-Francfort peut s’afficher à partir de 79€ sur la plateforme de réservation de la SNCF contre 40€ sur celle de la DB ou du distributeur indépendant Trainline. Cette dernière plateforme est ainsi jugée « plus efficace pour vendre les liaisons longue-distance en Europe ». Enfin, le rapport souligne l’absence de protection des passagers si le voyageur loupe sa correspondance en raison du retard du premier train.

En conclusion, le Réseau Action Climat demande aux pouvoirs publics d’obliger SNCF Connect à commercialiser les principales liaisons ferroviaires européennes au départ de France y compris celles incluant une correspondance. Les compagnies ferroviaires européennes seraient ainsi distribuées « dans des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires », et avec « toute leur gamme tarifaire ». Pour faire préférer le train face à l’avion, les voyageurs doivent ainsi avoir un accès facile aux informations sur les différents trajets possibles et aux tarifs les plus attractifs. Il est à noter que les Sénateurs viennent de voter le fait que SNCF Connect commercialise à partir du 1er janvier 2028 les autres compagnies ferroviaires présentes en France (Trenitalia, Renfe…). Réseau Action Climat souhaite ensuite que les droits des passagers soient étendus aux liaisons européennes comprenant une correspondance afin que les voyageurs soient assurés de poursuivre leur trajet en cas de retard du premier train, avec un hébergement à la clé si nécessaire. Le passager évitera de racheter un second billet au prix fort voire de se payer une nuit d’hôtel sur le parcours. « Le gouvernement français et la Commission européenne doivent mettre fin à cette situation », conclut le rapport.