Vietnam : l’Indochine, forcément…

Le temple de la littérature et ses stèles gravées

Pour former une classe de hauts fonctionnaires, l’empereur Lê Thanh Tong fait construire en 1070 un bâtiment dédié à Confucius. Très bien conservé, ce temple de la Littérature avec ses cinq vastes cours en enfilade dégage une délicate sérénité. Agrémenté de jardins, pavillons et bassins, le sanctuaire, privatisable depuis peu, constitue un havre de paix dans le tumulte d’Hanoï. La troisième cour est parsemée de stèles à la mémoire des “grands lettrés”. La plus ancienne énonce le principe politique fondateur du régime : “Les sages et les savants sont les racines de l’État”. Une maxime rédigée par l’Empereur, que notre siècle gagnerait probablement à méditer !

Hanoi, une capitale investie par les deux-roues

Six heures du matin, les Hanoiens pratiquent leur tai-chi dans les couloirs de bus encore peu fréquentés. Le flot ininterrompu des deux-roues surprend, les voitures sont en minorité dans la capitale du pays, 4 millions d’habitants. Les premiers klaxons résonnent. Le cliché d’un Hanoï provincial alangui derrière ses maisons coloniales a vécu. La skyline de la ville se pique de buildings, et au vu de la myriade de travaux, le chantier ne fait que commencer. Dans la vieille ville néanmoins, on retrouve les racines de la cité, sa noria d’artisans et de commerçants aux échoppes compressées les unes contre les autres. Baptisé “les 36 rues”, ce secteur d’origine médiévale dont l’extrême densité engendre une impression de chaos urbain est néanmoins organisé, chaque voie, ruelle et venelle étant dédiée à une activité : ferronniers, herboristes, bijoutiers, ex-voto…

Hommage à Hô Chi Minh

Ce n’est pas le mausolée abritant la momie, un panthéon de béton gris dans la tradition soviétique, qui mérite la visite, mais les deux maisons qu’habita Hô Chi Minh et qui sont toutes proches, dans le jardin botanique de la cité. La première est un simple pavillon de jardinier, deux pièces au confort spartiate où le fondateur de la République se sentait très bien, mais qui fut jugé indigne de son rang. La seconde, surplombant un étang, est un joli bâtiment construit sur pilotis à la demande de ses camarades et qu’Ho Chi Minh utilisa essentiellement comme cabinet de travail. Le lieu est émouvant, tant pour les Vietnamiens qui vénèrent l’oncle Hô comme aux premiers jours de la lutte pour l’indépendance du pays que pour les étrangers qui constatent combien l’homme était peu soucieux d’apparat.

Musée ethnologique

Le meilleur endroit à visiter pour comprendre la culture vietnamienne, riche de 54 ethnies. Didactique et ludique, le parcours alterne la représentation de scènes de la vie quotidienne avec l’exposition d’objets usuels ou rituels, des costumes aux instruments de musique traditionnels. On y apprend par exemple la fabrication du fameux “chapeau chinois”, cône réalisé en feuilles de latanier et bambou dont l’usage réservé aux femmes est multiple : il protège du soleil ou de la pluie, mais fait aussi office de siège de fortune et de récipient pour puiser l’eau.

La partie extérieure du musée présente sept habitations de différentes ethnies. Celle des peuplades des hauts plateaux du Centre est étonnante : la maison commune des Bahnar au toit de chaume de 20 mètres de haut, symbole de puissance.

Alternative
Tam Coc

Surnommée “la baie d’Halong terrestre”, la région de Tam Coc présente en effet le même type de paysage parsemé de pitons karstiques, mais immergé au beau milieu des rizières. Le site se découvre en petite barque, en compagnie des femmes du village, canoteuses hors pair très amusées d’impressionner les étrangers en ramant avec leurs pieds.

L’embarcation glisse lentement dans une nature fabuleuse, une carte postale de sérénité relevée par les rires des rameuses, fières de faire partager leur coin de paradis. Le dépaysement est absolu.

La baie d’Halong

Composé de quelque 3 000 îles et îlots calcaires sculptés avec extravagance par l’érosion karstique, le joyau du Vietnam plonge le visiteur dans un univers féerique de buttes torturées et de pitons escarpés surgissant d’une mer d’huile.

Étendu sur 1500 km2, le site restitue l’image d’un autre monde, né il y a 250 millions d’années lorsque les plaines furent submergées. Que certains de ces rochers si profondément excavés à leur base, creusés de grottes, soient toujours debout paraît surnaturel, alors l’imagination vagabonde… Nul besoin de vider une bouteille d’alcool de riz pour discerner des formes humaines ou animales dans ces concrétions. La légende attribue ces caprices géologiques au plongeon d’un dragon.

Au début XXe siècle, une flottille de bateaux à aube croisaient en baie d’Halong pour le plus grand plaisir de l’élite vietnamienne et de la frange la plus fortunée des colons. Réplique de l’un de ces bâtiments, l’Émeraude propose aujourd’hui des croisières de deux jours et une nuit dans le dédale des îlots de la baie.

Les prestations de l’Émeraude sont haut de gamme. Ce steamer de 55 mètres, avec 39 cabines dont une suite, réinterprète le charme de l’ambiance coloniale. Chaque cabine bénéficie d’un décor personnalisé, d’une douche, de l’air conditionné et d’une ouverture sur l’un des deux ponts.

Le parcours ménage quelques escales pour visiter une grotte, découvrir un village de pêcheurs ou une plage et effectuer quelques brasses dans l’eau à 27 ° de la baie.

Privatisable en partie ou en totalité, l’Émeraude a une capacité d’hébergement de 78 personnes.

Une gastronomie issue des traditions impériales

Le Vietnam est un pays de gourmets. Issue des traditions impériales, la gastronomie de Hué est sophistiquée, avec de nombreux plats de farcis ou raviolis (banh) ainsi que des crêpes succulentes dressées avec élégance. Il revient à Hanoï le mérite d’avoir fait découvrir son phot, bouillon de pot-au-feu parfumé, enrichi de pâtes de riz et de fines tranches de bœuf, au monde entier. Sa cuisine légère, inventive et bon marché s’illustre par une impressionnante palette de spécialités et autant de saveurs. Plat local entre tous, le cha ca se compose de morceaux de poissons grillés servis sur un réchaud. Il s’accompagne de vermicelles, d’une sauce crevette et d’herbes.

Hue, la ville des pagodes

Hue, siège de la dynastie des Nguyen, est la cité abritant les monuments parmi les plus beaux du pays. Largement détruite par les Français en 1885, puis par les Américains en 1968, Hue vit depuis une dizaine d’années au rythme des rénovations. Ce qui fut la capitale impériale de 1802 à 1945 recèle dans l’enceinte de sa citadelle des trésors que les fonds de l’Unesco permettent de réhabiliter à l’identique pour témoigner d’une culture et d’un artisanat des plus raffinés. Bas-reliefs et plafonds à caissons en bois polychrome, colonnes de bois laquées, toitures festonnées de dragons, cloisons rehaussées de nacre, balustrades ornées de céramiques… tout ici est symboles et allégories.

Mais au-delà des chefs-d’œuvre, c’est le site de Hue lui-même qui séduit, parsemé de pagodes du XVIIe au XIXe siècles. Le lieu, enchanteur, romantique, fut longtemps le point de ralliement des artistes, des poètes et des érudits.

Hoi An, la cité préservée

À 30 km de Danang, la ville inspire la rêverie en bordure de la rivière Thu Bon. Jadis, étape importante des routes maritimes de la soie, le port prospère à partir du XVe siècle avec l’installation de nombreux comptoirs marchands. Aujourd’hui, ce sont les maisons de ces commerçants qui teintent la cité d’une ambiance unique, des bâtisses d’inspiration chinoise, japonaise ou française dont les façades colorées miroitent dans le fleuve. Plus de 800 de ces bâtiments sont répertoriés par l’Unesco, dont l’un des plus beaux ponts du pays, un ouvrage japonais, couvert de tuiles, édifié en 1593.

Provoqué par l’ensablement du port au XIXe siècle, le déclin de Hoi An a laissé la cité quasi intacte depuis cette époque. D’où l’atmosphère apaisée du lieu qui se prête à de jolies balades à bicyclette.

Saïgon la tumultueuse

Agitée, ô combien tumultueuse, Saïgon renvoie à tous niveaux l’image la plus occidentalisée du Vietnam, bénéfices et dommages inclus.

Plus d’argent, plus de buildings, plus de commerces, une circulation plus dense que partout ailleurs, mais aussi plus de pollution et de pauvreté, davantage de prostitution et d’insécurité. La cité rebaptisée Hô Chi Minh ville en 1975 constitue avec ses sept millions d’habitants l’agglomération la plus peuplée du pays.

Les traditions marquent le pas dans cette métropole affairiste où chacun nourrit à son échelle l’espoir de faire fortune, résolu à tirer profit de l’économie de marché.

Pour les Français, un tour de la ville ne saurait éviter la myriade de bâtiments rappelant son passé de capitale de Cochinchine : la Poste, l’hôtel de ville, et la cathédrale Notre- Dame, balise néoromane de la rue Catinat, aujourd’hui Dong Khoi, élevée jadis au grade de Champs-Élysées d’Asie.

Et puis il y a le quartier chinois, ville dans la ville abritant près d’un million d’habitants, les grands maîtres du commerce local. Cholon et son immense marché, ses temples dont celui dédié à Thien Hau, la déesse de la Mer omniprésente, en signe de gratitude pour son rôle protecteur lors la première expédition maritime des Chinois dans la région, en 1680.