Athène : au-delà du Parthénon

Athènes ? La mythologie, la philosophie, la démocratie, le creuset de la culture européenne, rien que ça ! Et forcément de vieux souvenirs de collège… Le programme d’histoire de la classe de sixième tout entier consacré au “monde antique” qui organisait le défilé des grands hommes : Sophocle, le maître de la tragédie, Hippocrate, le père de la médecine… Et puis les cahiers d’écoliers de l’époque, ceux de la marque Héraclès à l’effigie du demi-dieu sculpté par Antoine Bourdelle, arc-bouté entre deux rochers, tous muscles bandés sur un arc gigantesque… Une posture impressionnante qui incitait même les plus distraits à prêter une oreille attentive à la Grèce, ce pays pas comme les autres, le berceau des héros.

On n’arrive jamais vierge à Athènes, mais accompagné de bons souvenirs de cours, de lectures, de théâtre ou de cinéma : un maelström d’images où se mêlent les classiques et les nanars, Antigone, Platon ou Homère, et la kyrielle de péplums fantaisistes qu’inspira Ulysse aux cinéastes italiens en particulier.

La chaotique Athènes qui pâtit longtemps d’une circulation aussi pléthorique qu’anarchique s’est aujourd’hui policée. L’immense chantier des J.O. ayant intégré la gestion des déplacements urbains, la cité tire au quotidien le bénéfice de ses aménagements lourds. La création de nouvelles voies, le développement et la modernisation des transports publics, un métro flambant neuf et une flotte de bus non polluants ont indéniablement contribué à délier le trafic. Pour le visiteur, ce nouveau métro propre et sûr, tout comme l’aménagement de nombreuses voies piétonnes participent largement au plaisir de découvrir la ville. C’est ainsi que l’ensemble des sites archéologiques se parcourt désormais à pied, du quartier du Céramique au théâtre antique de Dionysos.

Ce qui avec ses trois kilomètres est devenu la plus longue voie piétonne d’Europe est évidemment l’inévitable attraction de la cité puisqu’elle chemine vers l’Acropole, la “ville haute” située sur un plateau, les limbes d’Athènes. Au Ve siècle avant J. C., cette riche bourgade a affirmé sa suprématie sur ses rivales grâce à une flotte puissante qui lui assure les dividendes des échanges commerciaux. C’est alors que Périclès, son “stratège” (gouverneur militaire), entame une politique digne de cet âge d’or… dont l’érection d’un temple dédié à Athéna, patronne de la ville. On connaît la suite : le Parthénon, hissé depuis au rang de pièce maîtresse de l’Antiquité grecque classique, reçoit aujourd’hui quelque 1,5 million de visiteurs en provenance des quatre coins du monde.

“Il n’est pas possible de privatiser les temples, même les moins importants, regrette Despina Gyra (cf. interview), la fondatrice francophile de l’agence réceptive Pam Tours. Les archéologues grecs «restaurent» rarement un site, explique-t-elle, ils préfèrent le conserver au mieux, mais tel que, pour l’histoire et les générations futures. C’est une philosophie très différente des archéologues italiens, par exemple, plus enclins à aménager des vestiges afin de les valoriser d’un point du vue touristique.”

Romaine, Byzantine, Néoclassique, Ottomane…

Mais Athènes ne se résume pas à son Antiquité, loin de là. Il y a la ville romaine, la ville byzantine, la ville néoclassique… À proximité du Parlement, le quartier huppé de Kolonaki bordé du Jardin national, 16 hectares au cœur de la ville, abrite les plus majestueuses demeures néoclassiques, et parmi elles le musée Benaki dont les collections dressent un portrait exceptionnel de l’hellénisme, du néolithique au XXe siècle. “L’endroit est aisément privatisable, indique Françoise Deschamps, directrice de l’agence réceptive Profil voyages, et c’est l’occasion de découvrir en un même lieu 35 siècles d’histoire.” Cette Française installée en Grèce depuis une trentaine d’années concocte aussi des programmes où la culture byzantine est à l’honneur, valorisant l’immense patrimoine laissé par l’empire byzantin tant à Athènes que dans ses environs : un superbe musée, privatisable lui aussi, et une noria d’églises et de monastères comme celui de Kessariani (XIe siècle), remarquablement conservé au cœur d’une belle forêt à 5 km d’Athènes.

Quant à Athènes même, ce n’est pas le moindre charme de la capitale que d’être émaillée de petites églises dispersées dans les coins les plus inattendus. Au beau milieu de la voie publique, comme la Kapnikarea de la rue Ermou, ou carrément enchâssée entre deux portiques de béton d’un immeuble des années 1960 telle Aghia Dinamis (XVIe siècle), un minuscule bâtiment de 20 m2 où les fidèles vont brûler un cierge avant de rejoindre les bureaux de la rue Mitropoleos.

Ces édifices parsèment aussi Plaka, le vieux quartier qui s’étend en contrebas de l’Acropole, dédale de ruelles, de placettes et d’escaliers serpentant le long de la colline : une sorte de Montmartre local, tout aussi touristique, mais plus secret de par sa configuration labyrinthique.

Une portion de Cyclade dans la capitale

En rejoignant le plus haut du quartier, on débouche via une impasse de la rue Epicharmou dans un dédale de venelles chaulées, étroites, 50 cm à peine, sur lesquelles se compressent quelques grappes de maisons minuscules, blanches elles aussi, aux volets et encadrements bleus comme il se doit… Anafiotika, le quartier des maçons de l’île d’Anafi (à l’est de Santorin), venus ici à la fin du XIXe pour construire le Palais Royal, dégage l’atmosphère improbable d’une ambiance rurale en pleine ville : une portion de Cyclade égarée dans la métropole avec ses herbes folles, son silence et sa population de chats indolents.

“La ville dispense des ambiances très variées, une gastronomie et des traditions provenant de l’ensemble du territoire, des restaurants de mezze aux tavernes de poisson, mais aussi beaucoup de musique live, des chants, des danses, du bouzouki au tsifteteli, notre danse orientale”, souligne Alexandra Vassilopoulo, responsable des ventes corporate de la chaîne Classical Hotels. En effet, comment oublier de mentionner l’intense vie nocturne athénienne ? Au nord de Monastiraki, l’animation de Psiri se charge d’ailleurs de nous le rappeler. Dans ce Soho local, foisonnant de bars, de galeries, de discos ou de restaurants aménagés dans les ateliers de ce qui fut un quartier de tanneurs, les rues et terrasses sont combles jusqu’à 4 heures du matin. Et pour ceux qui seraient tentés de fêter l’aube sur la plage, inutile de pousser bien loin…

“Le centre historique est à moins d’une demi-heure de la mer”, rappelle Despina Gyra, qui organise fréquemment des activités sur la myriade de plages des environs, ou des agapes dans l’un des très bons restaurants de Mikrolimano. Dans ce petit port à 20 minutes d’Athènes, on peut dîner au bord de l’eau dans une ambiance paisible, hors saison du moins, comme dans tous les endroits prisés du pays. À deux kilomètres d’ici, c’est pourtant le Pirée, grouillant, fracassant et tissé d’immeubles pitoyables. Un bouquet crasseux, mais la porte des îles…

À Athènes, la vie insulaire commence après une demi-heure de bateau en débarquant sur Poros, une île injustement ignorée des touristes. Elle se révèle d’ailleurs plus importante qu’elle n’apparaît depuis son quai, comprenant, en fait, deux îles dont la plus étendue, Kalavria, peu construite, verdoyante et parsemée de petites criques de sable fin ou de galets. Édifiée autour de son port sur une trame d’amphithéâtre, la “capitale”, un lacis de ruelles, dégage une douce ambiance provinciale. Pourtant sa qualité architecturale, un patrimoine important de maisons néoclassiques, constitue peut-être ce qui a pu lui “nuire”. L’académisme de l’architecture ne cadrant sans doute pas avec l’idée que les visiteurs se font d’une île grecque, influencés par les images abondamment diffusées de l’habitat cycladique.

Hydra, l’île sans voitures

Encore une petite heure de bateau et voilà Hydra, une île dont les voies publiques sont toutes empierrées, une île qui ignore le goudron. Et pour cause, l’ensemble du site est piétonnier. Pas de voitures donc, ni de scooters, rien qui n’utilise le moteur à explosion ! Hydra, un monde à part où les rumeurs se résument aux bruissements des conversations et aux claquements des sabots des mulets, le seul moyen de transport. Sur le port en U, ils patientent donc sur le quai, à l’ombre si possible, en attendant les bateaux charriant d’Athènes tout le nécessaire à la vie locale, la nourriture et le reste, les matériaux de construction et tous ces biens constituant la société de consommation. Tandis que les réfrigérateurs ou les bouteilles de gaz sont pris en charge par les dockers qui manient leurs charrettes à bras avec une nonchalance de vendeur de beignets, les ânes, eux, se chargent du plus léger, souvent tout aussi volumineux, les colis, les matelas et le matériel de construction, sacs de sable et briques par lots de quarante.

Bouillon culturel

Mais on construit peu à Hydra, on ne fait que rénover, le site étant ultraprotégé. D’où l’unité de l’île constituée d’habitations du XVIIIe et XIXe siècles, imposantes demeures inspirées de l’architecture florentine, vénitienne ou génoise. Ce sont ces bâtiments qui dominent le port, de stricts volumes de pierres grises, dénués de toute ornementation. Une austérité compensée, à l’intérieur, par une profusion de plafonds peints et de moulures dorées, selon l’idée du confort que se faisaient leurs propriétaires, marchands et armateurs fortunés. Et puis, à mesure que l’on pénètre dans le village, des maisons de pêcheurs, de plus en plus petites, chaulées et tassées le long de traboules débouchant sur de petites places plantées de citronniers. Dans le tohu-bohu que génèrent parfois certaines îles touristiques, Hydra a tiré son épingle du jeu en misant sur la quiétude. Un pari réussi qui lui vaut une clientèle moins tapageuse, sensible à l’authenticité de ses petites unités d’hébergement comme à ses eaux limpides en raison de l’absence de sable.

Cette perle illustre bien la multiplicité des offres proposée par Athènes à un groupe séjournant ici trois ou quatre nuits : “La richesse et le bouillon culturels d’une métropole à proximité d’une ambiance insulaire totalement dépaysante”, résume Alexandra Vassilopoulo : “Imaginez Paris à une encablure d’un petit port méditerranéen avant le développement de l’automobile…”