Interview : Rajeev Singh, Président de Concur

Rajeev Singh est le président de Concur, le spécialiste des solutions de travel and expense (T&E), qu’il a co-fondé il y a maintenant 21 ans. A l’aube de l’acquisition de Concur par SAP, ce spécialiste du voyage d'affaires évoque les évolutions à attendre au sein de l’entreprise et de ses offres, mais aussi et surtout à l’échelle du marché business travel. Entretien.
Rajeev Singh, Président de Concur (DR)

Que doit-on attendre de l’acquisition de Concur par SAP ?

Rajeev Singh – Il s’agit de tirer profit des incroyables infrastructures dont bénéficie SAP, pour proposer de meilleurs services, développer nos ressources, et acquérir davantage de clients. Bien sûr, c’est un évènement important. Mais nous envisageons finalement très peu de différences dans la façon dont nous accompagnons nos clients. Tous les salariés qui travaillaient avec Concur avant cette acquisition continueront d’ailleurs à travailler avec nous. 

Quelles sont les priorités de Concur pour les mois à venir ? 

R. S. – Nous allons continuer à être innovants dans nos solutions, en prônant les concepts de Perfect Trip et de plateforme ouverte. Personne dans ce secteur n’investit autant d’argent pour innover sur ces dossiers. Nous l’avons fait en tant qu’entreprise indépendante, avec nos propres moyens, et nous allons continuer à le faire en tant qu’entité du groupe SAP, en investissant davantage. Notre intention est de constituer une business unit au sein de SAP. 

L’annonce de cette acquisition a suscité certaines critiques, notamment chez KDS*… 

R. S. – Je suis dans l’industrie du software depuis 21 ans, et je n’y ai jamais rencontré un client qui apprécie que des fournisseurs se critiquent publiquement de la sorte. C’est de mauvais goût, c’est immature. Nous sommes vraiment focalisés sur notre mission. Peut-être que nous concurrents sont également focalisés sur ce que nous faisons… Nous allons donc simplement continuer à faire notre métier, et à prendre soin de nos clients. 

Quelles sont selon vous les grandes tendances qui orientent l’évolution du marché business travel ?

R. S. – La collaboration et la transparence sont des axes prioritaires. D’où la constitution d’une plateforme ouverte, qui est la seule aujourd’hui dans l’univers du voyage d’affaires, en s’appuyant sur différents partenaires. Les utilisateurs ne doivent pas nécessairement se limiter à une seule interface, leurs entreprises peuvent très bien opter pour deux fournisseurs de services door to door, l’un ayant un très bon contenu en Amérique du Nord, tandis que l’autre sera plus consistent pour les voyages d’affaires en Asie par exemple. Aucun acteur ne peut fournir un contenu exhaustif à l’échelle mondiale. C’est impossible. C’est pourquoi nous multiplions les partenariats, en intégrant de nouveaux outils comme Uber ou Airbnb, par exemple, qui génèrent des contenus auxquels les Travel Managers n’étaient pas confrontés auparavant. Nous développons notre écosytème. Nous ne souhaitons pas verrouiller l’utilisateur dans le carcan d’un système fermé. Nous préférons lui fournir une plateforme dans laquelle il a le choix. C’est dans cette logique que s’inscrivent les principaux investissements que nous avons fournis cette année. La deuxième priorité repose sur la continuité de nos investissements dans les applications mobiles. Dans les deux prochaines années, nous allons proposer de nouvelles solutions dédiées à des aspects problématiques du process business travel. Nous allons investir pour améliorer les fonctionnalités existantes et en développer de nouvelles pour les TMC, pour leur permettre de travailler avec nous sur des initiatives comme TripLink et autres. 

Concur est le premier poids lourd du voyage d’affaires à s’associer à Airbnb. Est-ce symptomatique de la philosophie Concur ?

R. S. – Nos clients nous disent clairement dans quelle direction ils sont tournés. Parfois, en nous passant un simple coup de téléphone. Mais le plus souvent, il suffit de regarder leurs dépenses voyages. Et quand on s’aperçoit qu’Airbnb prend une place croissante, il nous faut intégrer cette tendance. Et nous assurer que nous proposons la meilleure expérience possible à nos utilisateurs. Si ces derniers utilisent Airbnb, autant qu’ils le fassent avec fluidité, que l’entreprise bénéficie d’une gestion simplifiée de ces donnée, et qu’au passage Airbnb puisse estimer plus précisément la part de cette clientèle affaires pour adapter son offre en conséquence. Si c’est bon pour l’utilisateur, nous sommes très heureux d’être les premiers à le proposer, même si c’est parfois impopulaire. 

Peut-être parce que ce type de démarche se focalise davantage sur le voyageur que sur l’entreprise ?

R. S. – C’est une mauvaise interprétation… Il nous faut être focalisés sur le voyageur mais aussi sur le travel manager, bien sûr. C’est l’entreprise qui paye. Nous voudrions juste rendre l’expérience du voyage d’affaires plus fluide. Nous cherchons donc à apporter une valeur ajoutée aux deux camps. C’est le produit que nous construisons, le futur que nous façonnons. L’idée de TripLink consiste à capturer du contenu qui échappait jusqu’ici au système. Cela apporte donc une meilleure visibilité aux Travel Managers sur les dépenses voyages, et donc un meilleur contrôle, avec davantage de transparence. 

Comment envisagez-vous le voyage d’affaires de demain ?

R. S. – Il faut éliminer le papier, à la fois pour des raisons environnementales et pour le confort du voyageur. Mais cela demandera du temps, car il faut impliquer chaque pays, chaque gouvernement… Il me semble aussi nécessaire d’éliminer le nécessaire et systématique passage d’un système à un autre pour gérer les déplacements professionnels. C’est ce type de connectivité auquel j’aspire dans le monde du voyage. Il faut faire communiquer les différentes plateformes plus facilement, en s’appuyant sur les technologies qui le permettent. C’est comme ça que l’on produit de la valeur ajoutée. 

Etes-vous optimiste pour le futur du voyage d’affaires, et donc de Concur ?

R. S. – Oui, car ce marché doit évoluer. Et cette évolution, si elle est opérée de la bonne manière, sera très positive pour les voyageurs d’affaires, leurs travel managers, mais aussi pour les TMC, et pour l’ensemble de cet écosystème. La clé pour Concur sera de piloter ces changements. Il nous faut donc rester très concentrés sur notre métier.

*Dean Forbes, Pdg de KDS, avait alors ironisé « Lorsque deux éléphants s’accouplent on n’obtient pas un cheval de course » dans une tribune publiée le 1er octobre. 

Rajeev Singh, à l’occasion de la convention GBTA Europe, en novembre dernier (DR)