Bernard Murat : voyager et décrocher

Bernard Murat, l’un des metteurs en scène très en vue du théâtre français, s’apprête, en septembre, à présenter la pièce de Sacha Guitry “Faisons un rêve”. Un programme qui le propulse loin, très loin de ses voyages autour du monde.

« Marcher dans une ville, comme ses habitants, en s’arrêtant devant les échoppes, les magasins, les vitrines… C’est ma façon de visiter, un rythme qui me plaît. Et quel plaisir quand, après cinq ou six heures de déambulation, je reviens à l’hôtel, épuisé, pour finalement m’endormir et ne me réveiller qu’à l’heure du dîner… À Siem Reap, au Cambodge, je me souviens d’un restaurant de rue : des nappes en papier, des enfants, une ambiance… presque l’Afrique du Nord d’où je suis originaire !

Puis je retourne à l’hôtel. Je n’aime pas le luxe ostentatoire, le marbre, tout ça… j’apprécie bien plus l’espace qu’offre une chambre, et surtout le charme d’un hôtel ! À Koh Samed, une petite île thaïlandaise peu fréquentée, l’hôtel Paradee est formidable : des petites maisons blanches avec piscine privée, plantées au bord d’une plage de sable fin de 800 mètres de long, la mer à 32°… un paradis, reconstitué, mais un paradis quand même. Car hors de l’enceinte de l’hôtel, le cadre est bien différent.

En France, quand je quitte Paris pour prendre du repos, je vais à Ramatuelle, chez moi, au milieu de la forêt. Je suis très attaché à tout ce qui est français : c’est mon point d’ancrage, il en faut toujours un ! J’estime avoir une chance folle d’être tombé sur ce pays-là, avec son histoire, sa qualité de vie, ses paysages… Quand on voit Bangkok, par exemple, brouillée par tant de pollution !

Il y a aussi des merveilles en Asie ; le Cambodge, entre autres, que j’ai découvert assez récemment et qui m’a enchanté ! Même si je ne suis pas spécialement attiré par les cultures de cette région, le site d’Angkor m’a profondément touché : il y a dans l’air une telle spiritualité… même pour un agnostique ! La nature à la fois sauvage et douce doit certainement avoir sa part dans cette atmosphère si particulière.

Ces ambiances exotiques m’incitent à la réflexion quant aux civilisations. Je suis fasciné par leur survivance : Angkor m’a interpellé sur ce sujet ; et tant qu’à faire aussi, sur la fin des sociétés humaines. Il y a là-bas de telles traces laissées par les anciens habitants ! Aujourd’hui, même si le peuple a l’air heureux, on sent la persistance d’une sorte de chape de plomb. L’épisode des Khmers rouges n’est pas vraiment clos. Terrifiant.

Voyager m’enthousiasme, bien sûr. Mais je me demande s’il ne s’agit pas plutôt du simple fait de partir. On se dit que l’on va échapper, un temps au moins, à la tristesse, la dureté, la rugosité de certains moments de la vie… Cela me permet d’apporter une sorte d’aération dans un univers – que j’adore ! – fait d’un rapport au verbe, à la littérature, au théâtre et que je trouve par ailleurs essentiel. En partant, je ”décroche”, comme on dit, et honnêtement, c’est très agréable de quitter quelque chose que l’on chérit, précisément parce que l’on sait qu’on reviendra… »

Cinq dates

1941 C’est à Oran que je suis né, en Algérie.

1955 Mon père décède ; j’ai 12 ans.

1968 La première grande manifestation du mois de mai me bouleverse.

1971 Je rencontre ma femme actuelle.

1985 Ma première mise en scène (Tailleur pour dames) au théâtre des Bouffes parisiens remporte un vrai succès.